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DIRECTIVE DE MOLTKE

Dans la soirée du 30 août, on ignore encore à Buzancy, au g^rand quartier général allemand, les emplacements exacts des divers corps d'armée (I) . Mais les événements de la journée et les renseignements reçus « ne laissaient aucun doute sur l'opportunité de la continuation immédiate d'une offensive concentrique contre un adversaire qui pliait sur toute la ligne (2) » , En conséquence, vers I 1 heures du soir, Moltke expédie des ordres dans ce sens, pour la journée du 31. «... La marche reprendra demain dès l'aube. Partout où l'on trouvera l'adversaire à l'ouest de la Meuse, on l'attaquera vigoureusement en cherchant à l'acculer dans un espace aussi restreint que possible entre cette rivière et la frontière belge. » La IV armée, ou armée de la Meuse, est spécialement cliargée d'empêcher l'aile gauche fran-

(1) Ces eniplaceinents étaient :

III" armée : quartier général, Saint- Pierremont; I" corps bavarois, Raucourt; V*" corps, la Besace; XP corps, Stonne; division wurtcnibcrgeoise, Verrières; II" corps bavarois, Souirnauthe; VI*^ corps, Vouziers; 4'^ division de cavalerie, sud de lîaucourt; 2" division de cavalerie, Oches.

Ar7née fie la Meuse : quartier général, Beaumont; IV*^ corps, au sud et à l'ouest de Mouzon; XIP corps, Létanne; Garde, Beaumont; 5" division de cavalerie, Tourteron ; 6^ division de cavalerie, le Chesne.

(2) Historique du grand Etat-viajor prussien, VII, 1056.

çaise de se dérober dans la direction de l'est : le prince royal de Saxe doit à cet effet jeter deux corps sur la rive droite de la Meuse et aborder les Français en flanc et à revers s'ils viennent à prendre position à l'est de Mouzon. La IIP armée ferait face au front et au flanc droit de l'adversaire. L'artillerie, sur la rive g^auche delà Meuse, en des positions aussi fortes que possible, inquiéterait la marche et le bivouac de colonnes dans la plaine de la rive droite, en aval de Mouzon. " Dans le cas où l'ennemi passerait sur le territoire belg^e et ne serait pas immédiatement désarmé, on l'y suivrait sans attendre de nouveaux ordres... (1). '>

Ces instructions laissent aux exécutants le choix des moyens ; Moltke s'abstiendra de toute nouvelle directive, et les commandants d'armée n'auront pas d'autre guide pour le l" septembre. La bataille de Sedan s'engagera donc presque sans aucune intervention de la direction suprême De fait, l'armée française est dans une situation extrêmement critique : elle ne peut échapper à une catastrophe que si le maréchal de Mac-Mahon ne perd pas un instant pour se replier sur Mézières.

Déjà le grand quartier général allemand envisage l'hypothèse où l'adversaire , demeurant inerte le 31, pourrait être acculé à la Belgique le

(1) Coî-respondance militaire du maréchal de Moltke, I, n« 238.

l'armée de la MEUSE 301

jour suivant (1). Dans Taprès-midi du 30, le comte de Bismarck adressait un télégramme au ministre de la Confédération de TAllemagne du Nord près la cour de Bruxelles pour le prévenir qu'il était possible que des troupes françaises franchissent la frontière et pour lui exprimer l'espoir qu'elles seraient, sur-le-champ, désarmées (2).

Conformément aux instructions du g^rand quartier général, les colonnes de la IV® armée franchissent la Meuse vers 9 heures du matin à Pouilly et à Létanne (3), précédées des divisions de cavalerie de la Garde et saxonne. Provisoirement, le IV corps, fortement engagé la veille, reste rassemblé à Touest de Mouzon. Des rapports parvenus dans la matinée, le prince royal de Saxe conclut que l'armée française ne résiste plus sur la rive gauche de la Chiers. Il prescrit, en conséquence, à ses troupes de prendre leurs cantonnements : le XIP corps à l'est de la route de Mouzon à Douzy, la Garde à Sachy et

(i) Tagebûchei des GeneralfeldmarschaUs Graf von Blumenthal, 91 ; VON Hau>ke, Opérations de la IIl'^ armée, 197. — h Historique du grand État-major prussien déclare même qu'il était M hors de doute, selon toute vraisemblance » , qu'une continuation du mouvement des armées allemandes vers le nord produirait ce résultat (VII, 1056j. Or, le maréchal de Mac- MahoD pouvait encore échapper à la catastrophe.

(2) historique du grand Etat-major prussien, VII, 1056.

(3) La 1" compagnie de pionniers de la Garde a jeté un pont à Létanne.

Escombres avec une avant-g^arde à Pouru-Saint- Remy, le IV corps à l'ouest et au sud de Mouzon. L'armée de la Meuse intercepte donc efficacement l'étroit couloir de six kilomètres de largue à hauteur de Brévilly, compris entre la Ghiers et la frontière belg^e. Pensant que la IIP armée franchira, le lendemain seulement, la Meuse en aval de Sedan, afin de couper aux Français leur retraite vers l'ouest, le prince royal de Saxe craint d'agir à l'encontre des vues du grand quartier général, s'il continue immédiatement à refouler l'adversaire : il donne donc à ses troupes un repos pour la journée du V septembre, mais en leur recommandant de se tenir prêtes à partir dès 7 heures du matin (I).

A la IIP armée, la 4^ division de cavalerie continuerait la poursuite vers le nord dès 5 heures du matin. Les corps de première ligne doivent s'ébranler une heure après et se diriger : le I" bavarois par Raucourt sur Remilly, le XP par Ghémery sur Donchery, la division vv^urtembergeoise par Vendresse sur Boutancourt. Il leur est prescrit de prendre position sur les hauteurs de la rive gauche de la Meuse de façon à battre la vallée et les communications de la rive opposée, enfin de se préparer à jeter des ponts. En

(1) Historique du grand État-major prussien, VII, 1066-1067. — On observe que l'ordre du 30 août n'indiquait nullement quelle serait la manœuvre de la IIP armée le 1®"^ septembre.

LA IIP ARMEE 303

seconde lig^ne, à 8 heures, le V corps et la 2" division de cavalerie se porteraient sur Ghemery, le IP corps bavarois sur Raucourt, où ils attendraient des instructions. Le VP corps s'établirait au nord-est d'Attig^ny, tandis que la 6^ division de cavalerie s'avancerait sur Mézières, la 5^ restant sur ses emplacements du 30 et éclairant vers Reims (1) .

Le P"" corps bavarois n'ayant reçu l'ordre de mouvement qu'à 6 heures et demie du matin, son avant-g^arde ne se met en marche qu'à 8 heures dans la direction de Remilly. Le IP corps bavarois établit ses bivouacs à Raucourt à 2 heures de l'après-midi. Le XP corps part des environs de Stonne en deux colonnes et se porte vers Gheveug^es et Donchery. Les officiers d'étatmajor prennent les devants pour reconnaître des positions d'artillerie sur la rive (jauche de la Meuse et des points de passage favorables. A leur g^rande surprise, ils trouvent intact le pont de Donchery. Dès l'arrivée de l'avant-garde , on détruit la voie ferrée et le télégraphe, et l'on jette un deuxième pont un peu en aval, sous la protection de détachements poussés sur la rive droite. Le gros du corps d'armée bivouaque à Gheveuges. Le V corps s'établit derrière lui vers Chehéry; la 2'' division de cavalerie à Ghémery.

(i) Vo> Hahnke, loc. cit., 200-201.

A Taile gauche de la IIP armée, la division wurtemberg^eoise a, vers Flize, un engagement avec un détachement du 13" corps venu de Mézières. Elle cantonne à Boutancourt et Flize, après avoir fait les préparatifs nécessaires pour jeter un pont à Dom-le-Mesnil. La 6' division de cavalerie, après avoir coupé à Poix le chemin de fer de Reims, canonne prèsd'Yvernaumont un autre détachement du 13^ corps et stationne pour la nuit à Poix et au sud (1) .

Le prince royal de Prusse se rend le 31 de Saint-Pierremont à Ghémery. De son côté, le roi se porte, dans la matinée, de Buzancy sur les hauteurs au sud de Sommauthe et continue ensuite sur Vendresse en passant par Beaumont, Raucourt et Ghémery. Une courte conférence a lieu, dans cette dernière localité, entre Moltke, Podbielski et Blumenthal « relativement à la situation générale de la campagne et aux plus prochaines mesures à prendre (2) » .

Pendant ce temps. Pavant-garde du l" corps

(1) Historique du grand État-major prussien, Yll, 1076-1078; VON HA.HNKE, loc. cit., 104-205; Rapport sur l'ensemble des opérations exécutées aux environs de Mézières par la 3' division du 13® corps.

(2) Historique du grand État-major prussien, VII, 1079. — Si l'on en croit Blumenthal, Moltke se serait frotté les mains avec un rire sarcastique, et aurait dit : « Nous les tenons donc pourtant dans la souricière » (^Tagebûcher, 91). Satisfaction prématurée, si le fait est authentique, car l'armée de Châlons pouvait encore se soustraire à l'enveloppement.

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