‹ 1870 - SedanChapitre 15 sur 177 · HYPOTHÈSES ENVISAGÉES · texte numérisé non relu

HYPOTHÈSES ENVISAGÉES

l'ennemi, placé entre deux armées françaises, et ne disposant, en cas d'échec, d'aucune ligne de retraite assurée, deviendrait très critique. Si, au contraire, les F^ et IP armées continuaient à surveiller Metz, l'armée du prince de Saxe, isolée, essuierait inévitablement une défaite et se rejetterait sur les deux autres, forcées elles-mêmes de se retirer. Alors, a la jonction était faite entre les maréchaux de Mac-Mahon et Bazaine, qui se retourneraient ensuite contre la IIP armée » . Ainsi raisonnait le général de Palikao ; mais, comme il arrive presque toujours à la guerre, il n'avait pas tenu compte d'une troisième hypothèse, celle qui, précisément, se réalisera : Frédéric-Charles maintenant le blocus de Metz avec la majeure partie de ses forces et détachant, au soutien du prince de Saxe, deux corps d'armée qui permettraient à celui-ci de tenir tête dans de bonnes conditions à l'armée de Ghâlons.

Le mouvement de Mac-Mahon vers Metz ne devait souffrir d'ailleurs aucun retard, car, d'après des renseignements d'ailleurs inexacts parvenus au quartier impérial et à Paris, l'armée de Metz n'était plus pourvue de vivres et de munitions que pour un temps très court, et la rupture des communications avec l'intérieur empêchait de lui en faire parvenir (I).

(1) Enquête.. ., Dépositions du général de Palikao, I, 171; de M. Clément Duvernois, ministre du Commerce, ï, 227; de

Le plan Palikao avait été approuvé à la presque unanimité parle conseil des ministres (1) , mais il avait été combattu au comité de défense des fortifications de Paris (2), en particulier par les généraux de Ghabaud-Latour et Guiod (3) . La discussion s'y était renouvelée deux fois et avait duré plusieurs heures. D'après son témoig^nage, postérieur, il est vrai, aux événements, M. Thiers, nommé officiellement membre du comité le 26 août, aurait répété tous les soirs " que les Prussiens avaient eu le temps d'envelopper l'armée de Metz; qu'entre cette armée et Paris, il y avait un mur d'airain formé de 300 000 hommes et impossible à percer; que le seul résultat qu'on pût obtenir, c'était de perdre inutilement nos dernières forces organisées; que la défense de Paris se concevait avec une armée de secours campant et manœuvrant sous ses murs; que, sans une armée de ce genre, le siège de Paris serait une affreuse famine destinée à finir par une reddition sans merci et miséricorde; qu'on se priverait donc, inévitablement et fatalement, du seul moyen de rendre efficace la résistance de

M. Rouher, I, 239; Procès Bazaine, Dépositions du général de Palikao, 405, et du lieutenant-colonel Magnan, 324-326.

(1) Encjuête..., Déposition de M. Jérôme David, I, 150.

(2) Ce comité avait été créé par décret du 17 août 1870.

(3) Enquête..., Déposition de M. Thiers, I, 13; L'Empire et la défense de Paris^ Déposition du général de Ghabaud-Latour,

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