DECLARATIONS DE THIERS
Paris, et que, si l'armée de Sedan ne périssait pas, le moins qu'il put lui arriver serait d'être bloquée comme celle de Metz » . a Vous avez un maréchal bloqué, aurait ajouté M. Thiers, vous en aurez deux (1) » .
Dans cette incertitude, et si Ton en croit le g^énéral de Palikao, deux membres du comité, le maréchal Vaillant et M. Jérôme David, posèrent nettement la question. Quelqu'un, demandèrentils, voudrait-il laisser le maréchal Bazaine dans la position critique où il se trouvait? Personne ne prit la parole « pour soutenir qu'il fallait l'abandonner (2) » . Sans en vouloir venir à cette extrémité, les opposants discernaient tous les dangers
(1) Enquête..., Déposition de M. Thiers, I, 13. — Le général Ségrétain, alors lieutenant-colonel et secrétaire du Comité, assure au contraire, dans ses Souvenirs inédits, que M. Thiers était partisan du mouvement de l'armée de Châlons sur Metz. Peut-être les deux opinions de M. Thiers correspondent-elles à deux moments différents. Favorable au plan Palikao vers le 21 août, M. Thiers a pu changer d'avis le 26 ou le 27 quand la conversion vers le nord de la III® armée lui fut connue. Quoi qu'il en soit, il n'est pas possible d'approuver ses idées sur le rôle de l'armée de Châlons. Celle-ci, « campant et manœuvrant » sous les murs de Paris, eût retardé sans doute l'investissement, mais eût été rejetée finalement dans la place. Il lui appartenait de manœuvrer en rase campagne dans la région de la Loire moyenne et non de rester liée à la défense de Paris.
(2) Enciuête..., Déposition du général de Palikao, I, 172. — M. Jérôme David était-il réellement partisan du mouvement vers Metz? Il semble qu'il y fut opposé, du moins d'après le témoignage de Darimon : « Nous étions désespérés, m'a dit bien souvent M. Jérôme David, de la marche sur Sedan, et nous avons tout fait pour l'empêcher» (Dàrimox, loc. cit., 255),
du plan du ministre de la Guerre et eussent préféré sans doute une autre combinaison. L'empereur, lui aussi, à en juger par une lettre écrite en captivité, comprenait ou devinait tous les périls auxquels allait être exposé le maréchal de Mac- Mahon : a Revenu à Ghâlons, écrivait-il après la campagne, j'ai voulu conduire à Paris la dernière armée qui nous restait, mais là encore des considérations politiques nous ont forcés à faire la marche la plus imprudente et la moins stratégique qui a fini par le désastre de Sedan (1). »
De nombreuses et graves objections pouvaient être faites au plan Palikao.
Son succès dépendait presque exclusivement du fait que le prince royal, ignorant le mouvement de l'armée de Ghâlons vers Metz, continuerait sa marche vers Paris. Or le moyen employé pour le tromper, la fausse dépêche ordonnant au maréchal de Mac-Mahon de se replier sur la capitale, était d'une efficacité très douteuse. 11 fallait,
(1) Napoléon III à Sir John Burgoyne, qui avait été le chef d'état-major général de l'armée anglaise en Crimée, 29 octobre 1870 [{Enguéte..., Rapport de M. Saint-Marc Girardin, Rapports, II, 140, note 1)]. — On peut rapprocher cette lettre de celle-ci, adressée le 2 septembre par l'empereur à l'impératrice : « Nous avons fait une marche contraire à tous les principes et au sens commun. Cela devait amener une catastrophe. »