‹ 1870 - SedanChapitre 151 sur 177 · ÉTAT MORAL DE L'ARMÉE · texte numérisé non relu

ÉTAT MORAL DE L'ARMÉE

A défaut d'informations certaines sur Tennemi, qui auraient révélé au maréchal tous les dang^ers de sa situation, l'état moral et matériel de l'armée est des plus inquiétants, et le commandant en chefadûenfaire la douloureuse constatation.

Manquant déjà de consistance et d'homog^énéité à leur départ de Reims, les troupes ont été durement éprouvées par les privations, le mauvais temps, les fatig^ues sans utilité, les alertes continuelles et peut-être plus encore par le manque de confiance dans le commandement qu'elles sentaient indécis, flottant dans ses desseins et visiblement inférieur à sa tâche. L'irrégularité des distributions avait fait naître la maraude et développé l'indiscipline (1). Toutes ces causes de faiblesse s'étaient accrues de par les fautes du commandement : « Il n'était que trop vrai, dit un témoin, qu'à force d'indécision et d'heures perdues, nous étions devenus une armée qui marchait pour ne pas se battre...; chaque jour ces troupes, loin de s'aguerrir..., s'amoindrissaient au régime dissolvant de la fuite périodique (2). »

Gomme les soldats français de toutes les époques, ceux de l'armée de Ghâlons eussent été capables des plus héroïques efforts sous des chefs

(1) Xoir suprà, p. 210

(2^ Histoire de l'armée de Châlons, par un volontaire de l'arraée du Rhin, 114.

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énergiques, résolus et compétents. Ce qui les avait démoralisés, comme toujours, c'étaient le piétinement sur place, l'incohérence des ordres et des contre-ordres, des marches et des contremarches sans but, les déploiements sans raison, devant quelques cavaliers ennemis.

Suivant le g^énéral Vinoy, le maréchal de Mac- Mahon, douloureusement affecté par la défaite de Beaumont, aurait, le 31 août, accusé les troupes « de faiblesse et d'imprév^oyance » . Les soldats qu'il avait commandés directement avaient montré, affirmait-il au capitaine de Sesmaisons, plus de résistance et de solidité. « Il compara, en quelques mots, cette triste et pénible affaire de Beaumont à l'héroïque journée de Frœschwiller, qui, malgré ses funestes résultats, n'en avait pas moins été une lutte honorable et une défaite presque glorieuse (1). »

Les faits et les appréciations étaient exacts; mais la responsabilité de l'état moral des troupes du 5" corps incombait au général de Failly qui, trop insouciant, s'était laissé surprendre, et au commandant en chef, dont les hésitations s'étaient traduites dans l'armée par la lassitude et le mécontentement.

La marche de nuit du 30 au 31 août, peu justifiée, mal réglée, interrompue par des encoin-

(1) Général Vinoy, loc. cit., 36.

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