ÉTAT MORAL DE 1/ ARMÉE
brements et des à -coups incessants, ressemblant même sur certains points à une déroute, avait exténué les troupes et atteint le moral des mieux trempés. A Theure où un effort suprême allait devenir nécessaire, où, plus que jamais, il fallait de la décision, de Ténerg^ie, de l'ordre, » le découra^jement se peignait sur tous les visag^es ; les généraux eux-mêmes ne cachaient plus leur abattement, et, loin de relever le moral par des mesures décisives, continuaient à se débattre dans une confusion que chaque minute augmentait (1) » .
Aux portes de Sedan, certaines unités sont venues s'entasser, parfois pêle-mêle, et, à défaut d'ordres, ont choisi leur camp au hasard. Dans les rues étroites de la ville, le désordre est extrême; personne ne se préoccupe d'y remédier et de faire refluer sur Mézières les voitures inutiles (2). Déjà la route qui conduit à cette ville par la rive droite de la Meuse est couverte d'isolés, de fourgons à vivres et à bagages. Le capitaine de Sesmaisons y trouve même une batterie d'artillerie et un détachement de 5 à 600 hommes du S'' de ligne, groupés scus les ordres de l'officier payeur. Tous s'efforcent de gagner la seule issue que l'ennemi ne tient point encore (li) .
(1) Capitaine Derrégagaix, la Guerre de 1870, 28''î.
(2) Général de Wimpffe.n, loc. cit., 149.
(3) Général Vmoy, loc. cit., 38, 40.
Dans la soirée, on lit dans les camps une proclamation de l'empereur : l'inquiétude perce sous les encouragements de commande, dont certes il eût mieux valu s'abstenir (1). Comment, avec ces causes multiples de dépression morale, s'étonner que certaines unités n'aient pas combattu le 1" septembre avec la même énergie qu'à Frœchswiller? A la division Lartigue, si solide le 6 août, il y aura « de bien nombreuses défaillances » , dès la traversée de Daigny (2). Ailleurs, des fractions constituées, des régiments entiers de cavalerie même, abandonneront le champ de bataille avant la fin de la lutte (3). Mais il y aura chez la plupart des combattants tant d'actes de bravoure, d'héroïsme et d'énergie dans le désespoir que les faiblesses d'un moment chez quelquesuns s'en trouveront amplement rachetées sinon effacées.
Le général Douay a parcouru dans la matinée les hauteurs qui bordent la rive gauche du ruis-
(1) Pour cette proclamation, voir : Des causes qui ont amené la capitulation de Sedan. — « C'est un véritable cri de détresse >» (Lieutenant-colonel Rousset, Histoire géne't'ale de la guérie de i570, 11,296).
(2) Journal du colonel d'Andigné. — Voir aussi : de Narcy, loc. cit., 304; De Frœschiuiller à Sedan, 86.
(3) Régiments des divisions de cavalerie des 1" et 5* corps.