‹ 1870 - SedanChapitre 154 sur 177 · POSITIONS DO 7^ CORPS · texte numérisé non relu

POSITIONS DO 7^ CORPS

u qu'il y a là toute une armée (I) » . Des officiers de Tétat-major du 7*^ corps ont pu distinguer en effet des colonnes prussiennes en marche sur ce point par les hauteurs de la rive g^auche de la Meuse. Le maréchal de Mac-Mahon ne Tig^nore pas, car, de Tobservatoire installé à la citadelle, on a également discerné ce mouvement (2). Cette constatation a déterminé le général Douay à faire lever aussitôt ses camps établis sur le plateau de l'Algérie et à les transférer sur les collines à l'est du ruisseau d'Illy, sur des positions qu'il pressent devoir être attaquées le lendemain et qu'il renforce par quelques tranchées. Très judicieusement, et pour le même motif, le commandant du 7^ corps a fait occu[)er le bois du Hattoy par deux bataillons.

Le général Douay rappelle encore au maréchal que la division Conseil Dumesnil étant fort réduite depuis la bataille de Beaumont, le 7* corps va avoir à occu|)er une étendue de terrain trop considérable pour son effectif (3). Sans s'arrêter davantage à cette objection, le maréchal prescrit que le 7' corps défendra tout le secteur de Floing à lllv. Fuis, à la réflexion, il demande au général de VVimpffen, dont le corps d'armée doit rester en réserve au Vieux

(1) Rapport du {jénéral Douay.

(2) iSotcs du général de V^aulgrenant.

(3) Prince Biresco, loc. cit., 127.

Camp, s'il ne peut donner quelques renforts au général Douay. Wimpffen déclare, avec un optimisme peu fondé, qu'il a trouvé les troupes du 5^ corps « dans un bien meilleur état moral qu'il ne l'avait supposé, et qu'elles présentent une masse de 25 000 hommes en état de combattre (1) " . Le maréchal lui recommande en conséquence de reconnaître l'intervalle dépourvu de troupes qui, d'après le rapport de Douay, existe entre l'aile droite du 7^ corps et l'aile gauche du l", et de le combler avec la fraction qu'il jugera nécessaire. Wimpffen doit conserver toutefois une division entière en réserve.

A l'issue de cette conférence, il semble que le maréchal, changeant encore de résolution, ait abandonné le dessein d'accepter la bataille sur les positions qu'occupait l'armée et soit revenu à l'idée de reprendre son mouvement. Mais, manquant de renseignements suffisants sur l'effectif et les mouvements de l'armée allemande, il hésite sur la direction à suivre : Metz ou Mézières (2). La veille, à Mouzon, il n'a pu reconnaître l'importance des forces qui ont livré combat au 5^ corps. Dans la journée du 31, sur la rive droite de la Meuse, le service de découverte ayant été à peu près nul, on n'a aperçu que

(1) Maréchal de Mac-Malfon, Souvenirs inédits.

(2) Enquête .., Déposition du maréchal de Mac-Mahon, I, 38.

L'EMNEMI A DOISGHERY 331

de la cavalerie ennemie. Sur la rive g^auche, le général Lebrun n'a vu que des batteries appuyées par quelques troupes d'infanterie, celles-ci marchant dans la direction de l'ouest. Toutefois les observateurs établis dans la citadelle apprennent au inaréchal que Ton distingue sans cesse des nuages de poussière indiquant la marche de troupes nombreuses sur Donchery, ce qui lui fait penser que leur projet est de franchir la Meuse et d'intercepter à l'armée sa ligne de retraite sur Mézières. Ce rensei.'jnement confirme celui qui est parvenu au général Douay.

Le maréchal en conclut que si réellement la plus grande partie des forces adverses devait s'établir sur la rive droite de la Meuse, entre Sedan et Mézières, il lui serait plus avantageux de renoncer à la ligne de retraite vers l'ouest " pour prendre celle de l'est du côté de Carignan (I) » . Mais, dans ce cas, que deviendrait l'armée entre les colonnes qui la menaçaient actuellement sur ses derrières, vers Donchery, et les corps de l'armée de la Meuse et du prince Krédéric-Charles qui la contiendraient de front? Le maréchal ne semble [)as s'être arrêté à cette objection.

Bien qu'on ait constaté la présence de troupes bavaroises aux combats des 30 et 31 août, le maréchal reste toujours persuadé qu'il n'a devant

(1) Marf'chal de Mac-Maho.n, Souvenirs inédits.

lui que les corps du prince de Saxe et, de son propre aveu, il n'est » point inquiet »> , convaincu que sa supériorité numérique lui permettrait de passer « dans Tune quelconque des deux directions (l) » . A en juger d'ailleurs par un ordre en date du 31 au soir, il semble que le maréchal n'ait pas voulu commencer le mouvement le lendemain. Il pre;>crit en effet de mettre à profit la journée du 1" septembre u pour se compléter en cartouches et se ravitailler en vivres à la gare (2) » . Avant de se décider sur la direction qu'il suivrait, le maréchal cherche à se procurer des renseignements plus précis (3) . Il recommande

(1) Maréchal de Mac-Mahon, Souvenirs inédits. — Dans ces Souvenirs, le maréchal commet quelques erreurs dues à des défauts de mémoire, mais sa sincérité est manifeste. Au lieutenantcolonel Broyé, qui se montrait inquiet, le maréchal répondit que les troupes étaient exténuées, qu'elles avaient besoin de se refaire, « qu'il verrait le lendemain » (Le général Broyé au général de Vaulgrenant 6 novembre 1903, Papiers du général Broyé).

Certains généraux semblent avoir prévu la catastrophe prochaine. D'après le prince Bibesco, le général Douay dem^inde dans la soirée au général Doutrelaine, commandant le génie du 7® corps, ce qu'il pense de la situation : « Je pense, mon général, que nous sommes perdus », déclare Doutrelaine, qui expose ses arguments. Après l'avoir écouté attentivement, Douay répond : « C'est aussi mon opinion » , et il ajoute : « 11 ne nous reste donc plus, mon cher Doutrelaine, qu'à faire de notre mieux avant de succomber » (Prince BiiiKSco, loc. cit., 132). Le général Ducrot, désespéré de l'aveuglement du maréchal, aurait eu des pressentiments analogues (Docteur Sàrazin, loc. cit., 115). — Cf. Général Ganokge, Histoire et art militaires, II, 297.

(2) Ordre de l'armée du 31 août.

(3) Notes du général de Vaulgrenant.

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