‹ 1870 - SedanChapitre 17 sur 177 · OBJECTIONS AU PLAN PALIKAO · texte numérisé non relu

OBJECTIONS AU PLAN PALIKAO

pour que la manœuvre réussît, que l'adversaire fût aussi peu informé et peu perspicace qu'il s'était montré jusque-là bien renseigné et vig^ilant. Gomment une masse de 1 30 000 hommes pourrait-elle, sans être éventée par la cavalerie prussienne, se mouvoir pendant cinq jours, du 21 au 26 août, parallèlement à la IIP armée et en sens inverse? La colonne de droite devait suivre d'ailleurs, selon les projets de Palikao, la route de Châlons à Sainte- Menehould, à une trentaine de kilomètres seulement de l'ennemi. Afin de dissimuler le mouvement et d'attirer le prince royal sur Paris tout en observant sa marche, il eût été au moins nécessaire de lui opposer un corps mixte comprenant les trois armes, une très forte proportion de cavalerie surtout, dette précaution ne fut pas prise. Il fallait, en outre, g^arder le secret le plus absolu. Or, dès le 2 1 , le ministre de la Guerre s'ouvrit de ses intentions à trois députés; le lendemain, le Figaro les relatait, et le 23, le Temps donnait des renseignements encore plus explicites dont l'ennemi ne devait pas tardera avoir connaissance (1) . A supposer, du reste, que l'on eût la chance inespérée de passer inaperçu à si faible distance de l'aile droite des colonnes du prince royal de Prusse, le général de Palikao ne tenait pas compte des éléments d'information que fournirait l'armée

(1) Jules Favue, Gouvernement de la Défense nationale, I, 51; Figaro du 22 août; Temps du 23 août.

du prince de Saxe. Que celle-ci fût en marche des environs d'Étain sur Verdun et Sainte-Menehould, ou qu'elle n'eût au contraire qu'une mission d'observation sur la rive droite de la Meuse, comme le ministre semblait le croire, sa cavalerie l'éclairait vraisemblablement à une journée de marche au moins en avant de son front, et ses reconnaissances d'officiers, lancées au delà de l'Arg^onne, exploreraient la vallée de l'Aisne dès le 23. A cette même date, d'après le projet Palikao, les trois colonnes de l'armée de Châlons devaient atteindre Clermont-en-Argonne, Sainte-Menehould, Grand-Pré, et il y avait tout lieu d'ad mettre que leur présence serait connue du prince de Saxe. Le télég^raphe transmettrait aussitôt la nouvelle au prince royal qui, dès le 24 au soir, suspendrait sa marche vers l'ouest et se dirig^erait le 25 au matin vers le nord. Or le ministre avait admis dans ses calculs que le prince royal atteindrait Vitry-le- François le 26. Il devait donc supposer qu'il serait à Bar-le-Duc le 24. Gomme il y a trois marches de Bar-le-Duc à Étain, le prince royal pourrait, le 27 au soir, faire sa jonction avec le prince de Saxe près d'Étain. Les 130 000 hommes du maré<îhal de Mac-Mahon se fussent trouvés le 28 en présence de 150 000 Allemands au bas mot (1), d'une valeur militaire au moins

(1) Effectifs le 22 août : IIP armée, 137 000 combattants environ; armée de la Meuse, 86 000. — Cf. infret, p. 123.

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