‹ 1870 - SedanChapitre 19 sur 177 · IDEE D'UNE DIVERSION · texte numérisé non relu

IDEE D'UNE DIVERSION

en traversant le Rhin (1) » ; après avoir jeté l'épouvante dans cette rég^ion, cette armée devait se replier sur Belfort (2). Exposant à l'empereur cette nouvelle combinaison, le général de Palikao déclarait avoir l'assurance que son exécution ne rencontrerait « aucun obstacle sérieux (3) » . Le souverain désapprouva le projet qui, suivant Palikao, fut considéré « comme une aventure, comme si la g^uerre elle-même, ajoute le ministre, n'était pas une succession d'aventures plus ou moins combinées (4) » . 11 n'y fut donc pas donné suite.

Une expédition de ce genre eût certainement produit une grande impression dans le duché de Bade, mais il est douteux qu'elle eût exercé une grande influence sur la marche et les opérations des armées allemandes. Or, tel était le but final que l'on devait se proposer. A supposer que l'on eût voulu exécuter une diversion, il eût été préférable, semble-t-il, de renoncer à la satisfaction surtout morale de prendre pied sur le territoire allemand. Le seul moyen efficace, au point où en étaient les choses, eût consisté à agir sur les communications de l'envahisseur. A cet effet, l'armée de Châlons, ramenée sous les murs de Paris, en

(i) Le général de Palikao à l'empereur, D. T., Paris, 25 août. (2) Général de Palikao, /oc. cit., 124.

(3j Le ministre de la Guerre à l'empereur, D. T., Paris, 25 août.

(4) Général de Palikao, loc. cit., 123.

34 DE GHALONS A REIMS

eût d'abord retardé rinvestissement en disputant le passa(jc de la Seine, sans rester liée à la place. Une fois le fleuve franchi par les allemands, elle se serait repliée sur Orléans où elle aurait solidement encadré toutes les nouvelles levées qui constituèrent plus tard la première armée de la Loire. Les forces réunies du prince royal et du prince de Saxe auraient-elles pu, dans ces conditions, entreprendre et maintenir le blocus de Paris? La question est au moins douteuse.

Plus tard, on aurait pu mettre à exécution le plan du gouvernement de la Défense nationale : transporter par voies ferrées une partie de l'armée de Mac-Mahon dans la région de l'Est; opérer sur les communications des armées allemandes, par les hautes vallées de la Moselle et de la Meuse, et chercher à dégager le maréchal Bazaine s'il tenait encore à Metz. Sans doute, en adoptant cette solution, on abandonnait l'armée de Lorraine qui, croyait-on, succomberait à bref délai. Toutefois cette éventualité, si fâcheuse fùtelle, ne devait pas faire oublier toute prudence ni conduire à adopter un plan téméraire dont l'échec pouvait entraîner la perte de deux armées au lieu d'une et ouvrir par surcroît à l'ennemi le chemin de la capitale.

Page 1