FAIBLESSES DE NOTRE ARMEE
à la tête du là"" corps, était fort en crédit auprès du souverain. D'esprit distingué, mais assez superficiel, il était "peu connu des troupes et ayant peu rhabitude de les conduire » ; il eût été plus apte aux fonctions de chef d'état-major général qu'au commandement d'un corps d'armée aussi important et aussi hétérogène (1).
Sans doute, les événements de la première période de la campagne avaient apporté quelques enseignements tactiques (2) ; mais l'ensemble de l'armée n'avait pu en profiter, parce qu'à la guerre rien ne s'improvise : il est à peu près impossible en effet de modifier au cours des opérations l'instruction du temps de paix.
On ne sera donc pas surpris de retrouver à 1 armée de Ghàlons les mêmes causes qui avaient déterminé nos revers en Alsace, sur la Sarre et à Metz : infériorité du haut commandement ; absence de sûreté stratégique et tactique; manque d'initiative de la part des sous-ordres; importance exagéré attribuée au terrain auquel on accordait des vertus intrinsèques; croyance néfaste en la supériorité de la défensive sur l'offensive; erreurs dans l'organisation, la marche et le stationnement des colonnes; habitude fâcheuse de stationnement en camps non défilés aux vues; formations de combat vicieuses de l'infanterie;
(i) A. G., loc. cit., 18, 19.
(2) Voir notamment : ordre général du 12^ corps, 21 août.
48 DE CHAINONS A REIMS
méconnaissance du rôle de la cavalerie inapte d'ailleurs au service d'exploration et ne connaissant que la charge ; infériorité marquée du canon jointe à l'absence de toute tactique d'artillerie; ig^norance de l'emploi combiné des trois armes et de l'utilisation du terrain; mauvaise constitution des convois; désordre et irrégularité dans les distributions des vivres (1).
Il n'y avait aucune entente, aucune vue d'ensemble parmi les échelons du haut commandement. Les états-majors, composés en grande partie d'officiers du plus rare mérite, étaient très mal préparés à leur service de guerre : les travaux de chancellerie les absorbaient à peu près complètement en temps de paix. On les utilisa d'ailleurs, en général, non comme des auxiliaires du commandement, mais comme « scribes et courriers (2) » .
Presque partout régnaient l'incurie et le laisseraller : « Il était écrit que les préceptes les plus élémentaires du service et de la marche des troupes en campagne seraient toujours négligés et remplacés toujours par un principe facile qui démet le commandement de toute responsabilité
(1) Il serait trop long de citer les nombreux documents qui permettent d'émettre ces appréciations. Les événements euxmêmes en montreront le bien-fondé.
(2) Journal officiel du 12 février 1873. — Cf. Papiers du général L'Hériller; Capitaine Derrécagaix, Guerre de 1870 (Spectateur militaire i871), 70-71.