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LES PERPLEXITÉS DE MAC-MAHON

Le maréchal de Mac-Mahon se décide à prendre position à Reims.

— Napoléon III demeure à l'armée. — Mission du commandant Magnan. — Son rapport pessimiste. — Bazaine s'abstient de donner des instructions à Mac-Mahon. — Ses télégrammes relatifs à la bataille de Sainl-Privat. — Indécision de Mac- Mahon. — Interruption des communications télégraphiques avec Metz. — La marche sur Reims, le 21 août. — Palikao presse Mac-Mahon de se porter sur Metz. — Conférence de Courcelles. — Opposition de Mac-Mahon au projet de Palikao.

— La retraite sur Paris décidée.

Au lendemain de son arrivée au camp de Ghâlons, le maréchal de Mac-Mahon attendait avec anxiété des instructions de Bazaine. La situation était assez critique. A supposer que l'armée de Metz fût en marche, elle ne pouvait atteindre Mourmelon « avant quelques jours » , et il était à craindre que le prince royal ne la devançât. Le duc de Magenta ne se dissimulait pas que, même après l'arrivée des 5"^ et 7' corps, il ne serait point » en état de combattre dans les plaines du camp... (1) " . Aussi résolut-il, dans la matinée

(1) Maréchal de Mac-Mauo5, Souvenirs inédits.

du 18 août, si l'ennemi se présentait « en forces » , de prendre en temps utile « la position la plus rapprochée de Mourmelon » , la droite vers Épernay, la gauche » dans la direction de Reims, à peu près parallèlement au canal de la Marne » . Il chercherait à se relier à Bazaine (l). Celui-ci fut prévenu dès 8 h. 30 du matin : " Si Tarmée du prince royal arrive en forces sur moi, mandait Mac-Mahon, je prendrai position entre Épernay et Reims, de manière à me rallier à vous ou à marcher sur Paris, si les circonstances me forcent à le faire (2) . »

Mais, au cours d'une reconnaissance qu'il entreprit dans la journée, le maréchal de Mac- Mahon ne trouva « aucune position favorable à proximité du camp » . Celle de Reims lui parut « la seule convenable » . Elle répondait dans son esprit à toutes les conditions : elle permettait de livrer combat avec l'avantage du terrain, de soutenir éventuellement le maréchal Bazaine, enfin d'opérer la retraite sur Paris décidée à la conférence de la veille. Dans la soirée, il rendit compte au ministre de la Guerre de sa nouvelle détermination, en le prévenant qu'il quitterait le camp de Châlons le 21 août (3).

(1) Le maréchal de Mao-Mahon au ministre de la Guerre, D. T., 18 août, 7 h. 30 matin.

(2) Le maréchal de Mac-Mahon au maréchal Bazaine, D. T., 18 août, 8 h. 30 matin.

(3) Le maréchal de Mac-Mahon au ministre de la Guerre,

LE COMMANDAiNT MAGINAN 53

L'empereur n'avait pas adhéré immédiatement au projet du ministre de la Guerre, consistant à employer l'armée de Ghâlons à « une [)uissante diversion contre les corps prussiens... ». » Je crains, lui télég^raphiait-il le 18 au matin, qu'on ne se fasse des illusions (1). » Il semblait à ce moment décidé à regagner Paris. Il annonça même son départ à Mac-Mahon (2) ; puis il changea subitement d'avis. Vers 9 heures, il prévint le ministre qu'il se rendait à son opinion et à celle de l'impératrice, en d'autres termes qu'il restait à l'armée (3) .

A ce moment, arriva au quartier impérial le commandant Magnan, aide de camp du maréchal Bazaine, parti de Metz dans la nuit du 17 au 18, par la seule voie ferrée qui fut libre, celle de Thionville. Le rapport qu'il remit à l'empereur rendait compte d'une « bataille acharnée » qui avait eu lieu le 16 août et à la suite de laquelle l'armée était restée sur « ses positions conquises >' . Le maréchal Bazaine mandait qu'il ferait tous ses efforts pour reprendre dans deux jours, si possible, sa marche sur Verdun, en appuyant vers le nord

D. T., 18 août, 7 heures soir; Maréchal de Mac-Mauo::*, Souvenirs inédits. — Dans sa déposition à Y Enquête, Mac-Mahon attribue par erreur à ce projet la date du 19 août(I, 30).

(1) L'empereur au ministre de la Guerre, D. T., 18 août, 7 h. 55 matin.

(2) Enr/uéte..., Déposition du maréchal de Mac-Mahon, I, 29

(3) Papiers et correspondance de la famille impériale, \, 412.

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à partir de Briey. Il ne perdrait point de temps, affirmait-il, à moins que de nouveaux combats ne vinssent déjouer ses combinaisons. La difficulté était « dans le manque de munitions et de vivres (1) '^ . Les renseignements verbaux du commandant Mag^nan étaient peu rassurants : la bataille du 16, quoique très honorable, n'avait pas permis de reconquérir le plateau ; certains rég^iments étaient désagrég^és; il fallait avant tout reconstituer les unités, se ravitailler en munitions, réunir trois ou quatre jours de vivres, évacuer les nombreux blessés (2). Le commandant Magnan remit en outre au souverain une note du général Soleille indiquant le peu de ressources qu'offrait la place de Metz en munitions d'artillerie et d'infanterie. L'empereur, approuvant le détour par le nord, indiqua au commandant Magnan, comme direction générale pour l'armée de Bazaine, la ligne de Thionville à Mézières plutôt que la région de Verdun « trop fortement occupée par les armées prussiennes (3) » .

Le commandant Magnan eut ensuite un entretien avec le maréchal de Mac-Mahon : » M. le maréchal voulut bien me dire qu'il se considérait comme le premier lieutenant du maréchal Ba-

(1) Procès Bazaine, audience du 14 octobre 1873. — Voir 1870, la Guerre en Lorraine, II, 162.

(2) Pj'ocès Bazaine, Déposition Magnan, audience du 29 octobre 1873.

(3) Mémoire inédit du commandant Magnan sur sa mission.

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