MESSAGES DE BAZAINE
zaine; qu'il était décidé qu'il n'y eût qu'un commandant en chef le jour où les deux armées se rejoindraient ; mais que les troupes qu'il avait au camp de Ghâlons étaient loin d'être en de bonnes conditions pour une semblable entreprise; que d'ailleurs il quittait le camp de Ghâlons, qui n'était pas une bonne position militaire, et que, si nous sortions de Metz, nous le retrouverions sur la hauteur entre Reims et Soissons. Pour appuyer son impression sur l'état de son armée, il me montra en effet un bataillon qui allait à la cible pour la première fois (1). »
Pour les opérations de l'armée de Ghâlons, Bazaine entendait laisser une entière liberté d'action à Mac-Mahon. A la demande d'instructions que celui-ci lui avait adressée la veille, il répondait le 18 à midi : « Je présume que le ministre vous aura donné des ordres, vos opérations étant tout à fait en dehors de ma zone d'action pour le moment, et je craindrais de vous indiquer une fausse direction (2) . »
D'autres communications du maréchal Bazaine parvinrent au quartier impérial dans cette journée du 18 août, la journée de Saint-Privat. D'après un télégramme expédié dans l'après-midi,
(1) Mémoire inédit du commandant Magnan sur sa mission.
(2) Ce télégramme était adressé au maréchal de Mac-Mahon à Bar-sur-Aube. Au procès, le président du conseil de guerre interrogea Bazaine sur cette anomalie, sans obtenir une explication satisfaisante (Pi'ocès Bazaine, 173).
l'ennemi montrait de fortes masses qui paraissaient se diriger sur Briey pour attaquer vraisemblablement le 6' corps à Saint-Privat-la-Montagne : « Nous sommes donc de nouveau sur la défensive, ajoutait le maréchal Bazaine, jusqu'à ce que je sache la véritable direction des troupes qui sont devant nous et surtout celle de l'armée de réserve que l'on dit être à Pange, sur la rive droite de la Moselle, sous les ordres du roi [de Prusse], dont le quartier [g^énéral] serait au château d'Aubig^ny (1). »
A 4 heures de l'après-midi, le maréchal mandait à l'empereur qu'une attaque conduite par le roi de Prusse en personne avec des forces considérables se produisait sur tout son front, que les troupes ne cédaient pas, mais que plusieurs batteries avaient été obligfées de cesser le feu (2) .
Un dernier télégramme, expédié à 8 h. 20 du soir, disait : « L'attaque a été vive. En ce moment, 7 heures, le feu a cessé; nos troupes sont cons-
(1) Le télégramme porte 4 h, 5 du soir, mais il semble que la situation à laquelle il fait allusion soit antérieure. Le général de Rivières, rapporteur du procès Bazaine, indique 2 heures. (Rapport, 21). D'autre part, un télégramme de Bazaine à l'empereur, expédié à 4 heures du soir, mentionne une « attaque conduite par le roi de Prusse en personne, avec des forces considérables... », et le télégramme de 4 h. 5 ne parle pas d'attaque. Cette dernière heure semble donc inexacte. A l'instruction relative au procès Bazaine, le maréchal de Mac-Mahon a d'abord déclaré qu'il ne croyait pas que cette dépêche lui eût été communiquée, puis il a été moins affirmatif (n"' 2 et 81).
(2) Voir 1870, la Guerre en Lorraine, II, 281.