MESSAGE PRESSAIS! DE PALIKAO
Le ministre envisag^eait ces deux lig^nes d'opérations parce que, si l'on en croit son témoig^nage postérieur, le bruit courait « que le prince royal devait abandonner la direction de la Marne sur Paris, et descendre de Bar-le-Duc, par Vassy, sur la lifjne de l'Aube que les armées alliées avaient suivie en 1814 (1) ». Le général de Palikao croyait ces rumeurs fondées, sans se demander quel intérêt stratégique pouvaient avoir les Allemands à renoncer ainsi à la marche directe sur Paris par la vallée de la Marne. C'était, de sa part, faire [)reuve d'une réelle insuffisance technique. Gomment pouvait-il admettre en effet que, par simple respect des traditions venues des alliés, et pour suivre des sentiers battus, le prince royal de Prusse s'imposerait une perte de temps aussi considérable?
Le télégramme de la matinée laissait donc encore quelque liberté au maréchal de Mac-Mahon : à peine le ministre avait-il indiqué ses préférences pour le mouvement sur Montmédy (2). Dans l'après-midi, Palikao devint beaucoup plus impératif : " Je considère comme indispensable, mandait-il à Mac-Mahon, que votre armée aille dégager Bazaine. Songez à l'effet moral que produirait toute apparence d'abaudon de cette armée, qui a héroïquement combattu et qui est
(1) Général de Paukao, loc. cit. y 96.
(2) Enquête... , I, 171, Déposition du général de Palikao.
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formée d'excellentes troupes. Faites-mol connaître votre intention. » Le ministre ajoutait que des convois de vivres et de munitions étaient échelonnés par ses soins sur la route de Montmédy à Thionville, et que l'armée de Metz manquait u totalement » d'approvisionnements (1). Ainsi, dans la soirée du 21 août, le maréchal de Mac-Mahon allait être sollicité à la lois par le ministre de la Guerre et par M. Rouher de marcher vers Metz au secours de Bazaine. L'avantveille, un sentiment de solidarité lui avait fait adopter un instant ce parti; mais le 21, effrayé par la témérité de l'entreprise et manquant totalement de nouvelles de son collègue, il avait repris le projet de se replier sur Paris, et il était bien résolu, en se rendant chez l'empereur, à ne pas revenir sur sa décision (2) .
Vers "i heures du soir, le maréchal de Mac- Mahon, accompagné du général Faure, son chef d'état-major, fut introduit auprès de l'empereur, qui conférait depuis un certain temps avec M. Rouher. La question des mouvements ultérieurs de l'armée de Ghàlons, soit vers Paris, soit
(1) Le ministre de la Guerre au maréchal de Mac-Mahon, D. T. Gh., 21 août, 5 heures soir.
(2) En(/uéte..., I, 30, Déposition du maréchal de Mac-Mahon.
CONFÉBENCE DE COURCELLES 69
vers Test, afin de porter secours au maréchal Bazaine, se posa immédiatement. M. Rouher se déclara partisan de la seconde solution.
A son avis, rien dans la situation militaire n'exig^eait que le maréchal se repliât sur la capitale; l'abandon de Metz serait des plus fâcheux et « aurait, à Paris, les plus graves inconvéuients « ; le conseil des ministres et l'impératrice partageaient cette manière de voir. Sans doute, le prince royal était en marche sur Paris, mais il n'y arriverait pas avant huit jours et, pendant ce temps, Mac-Mahon ne pouvait-il faire sa jonction avec Bazaine et « revenir sur le prince royal » ? Ainsi la capitale serait protégée "dans des conditions de victoire » et <• tous les intérêts sauvegardés (1)» . Le maréchal de Mac-Mahon se montra « très opposé à ces idées " . Il ne se crovait pas en état de risquer de se trouver « au milieu des armées prussiennes » , dont les derniers renseignements précisaient la situation : Bazaine était entouré à Metz par 200 000 homm.es; à Touest de la place, dans la direction de Verdun, était signalée l'armée lu prince de Saxe évaluée à 80 000 hommes; le )rince royal de Prusse allait atteindre Vitry-le- ''rançois à la tête de 150 000 hommes. En marhant vers l'est, on pouvait donc se trouver dans la position la plus difficile» et éprouver un
(l) Encjuète..., Déposition de M. Rouher^ I, 239.
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désastre. L'armée de Metz, ajouta Mac-Mahon, serait peut-être battue : en conséquence, il était « de la plus haute importance de conserver à la France Tarmée de Chàlons, qui, bien que composée en partie de régiments de marche, avait néanmoins assez d'anciens cadres pour servir à réorg^aniser une armée de 250 000 à 300 000 hommes (1) » .
Telles furent les objections que développa le maréchal de Mac-Mahon, si l'on s'en rapporte à son témoig^nng^e postérieur aux événements. M. Rouher, sans entrer dans ces détails, lui attribue seulement cette réponse : « C'est impossible d'aller secourir Bazaine. Bazaine n'a pas de munitions, n'a pas de vivres et sera obligée de capituler, et nous arriverons trop tard (2). »
Quoi qu'il en soit, l'opposition du maréchal futî formelle. Le g^énéral Faure, consulté, jugea que la marche vers Metz était « impossible " et que la seule détermination rationnelle était » de revenir sur Paris (3) » .
Dans le cours de Fentretien, l'empereur ne fit
(1) Enrjuèle.. ., Déposition du maréchal de Mac-Mahon, I, 30-31.
(2) Enquête..., Déposition de M. Rouher, I, 239. — L'empereur n'a reproduit que cette seule ol^jection (OEuvres posthumes le Livre de l empereur, 109). Peut-être ne l'a-t-il formulée qu( d'après le témoignage de M. Ilouher; dans cette hypothèse, le! assertions de ce dernier ne se trouveraient pas confirmées.
(3) Enquête..., Déposition de M. Rouher, I, 239.