RÉSISTANCE DE MAC-MAHON
qu'une seule observation. Influencé peut-être par les raisons du maréchal, et envisageant Thypothèse d'une défaite de l'armée de Ghâlons, il déclara que « ce serait très grave » . « Que deviendrions-nous? » demanda-t-il. Et M. Rouher de répondre sans hésiter : « Votre Majesté n'aurait alors qu'une seule chose à faire : se jeter au milieu de l'ennemi et se faire tuer (1) . »
Mac-Mahon appelé à conclure, déclara qu'il éprouvait « une douleur réelle d'abandonner le maréchal Bazaine» ; il savait, disait-il, que si son collègue venait à succomber, lui-même serait <i hautement accusé de lâcheté pour ne pas lui être venu en aide » ; néanmoins, il croyait conforme à l'intérêt du pays de rétrograder sur Paris (2). Il se proposait de mettre ce projet à exécution dès le surlendemain 23 août, à moins que les instructions qu'il avait demandées à Bazaine ne lui fussent parvenues dans l'intervalle (3). Même, si l'on en croit Rouher, le maréchal n'aurait fait aucune réserve (4), ce qui paraît vraisemblable si l'on se souvient que, le 18 août, Bazaine avait télégraphié qu'il appartenait au ministre de donner des instructions à Mac-Mahon.
(1) Maréchal de MA(>MAUO:^, Souvenirs inédits.
(2) Ibid.
(3) Eiif/uéU'..., Déposition du maréchal de Mac-Mahon, I, 31.
(4) Ibid., Déposition de M. Rouher, I, 239.
Voyant son interlocuteur inébranlable, M. Rou her n'insista pas. L'empereur n'émit aucune opinion ni dans un sens ni dans l'autre (1) ; il demanda seulement au président du Sénat son avis sur la situation, étant admis que l'on renonçait à aller secourir Bazaine. M. Rouher proposa de nommer le maréchal de Mac-Mahon commandant en cheF de toutes les forces réunies à Reims et à Paris, avec mission de préparer la défense de la capitale. Au point de vue militaire, cette désignation, qui subordonnait Trocliu à Mac- Mahon, était absolument log^ique, puisque l'armée de Ghâlons devenait « l'armée de secours de Paris w . M. Rouher, qui connaissait les sentiments de défiance du ministre et de Timpératrice à l'ég^ard du général Trochu, était guidé par un autre mobile : le désir de restreindre l'autorité du nouveau gouverneur de Paris et de le mettre sous la surveillance du maréchal de Mac-Mahon dont le loyalisme ne faisait point de doute (2) . Le président du Sénat conseilla aussi à l'empereur de revenir à Paris avec l'armée : « Votre Majesté, assurait-il, ne peut retourner isolée; il faut qu'elle revienne au milieu de ses soldats (3). »
(1) Enquête..., Déposition du maréchal de Mac-Mahon, I,
(2) IbicJ., Déposition- de M. Rouher, I, 242.
(3) IbUL, 239.