DEPECHE DE BAZAINE
Bazaine allait se mettre en mouvement à bref délai et que l'armée de Ghàlons pourrait le joindre aux environs de Montmédy (1). Peut-être même pensa-t-il que Bazaine » était, en ce moment, en marche sur Montmédy (2) » . Bien qu'il eût conscience, en préconisant la retraite sur Paris, de s'inspirer avant tout des véritables intérêts de la France, le maréchal éprouvait un réel chagrin d'être obligée d'abandonner son collèg^ue. Ce sentiment (jénéreux et le messag^e qu'il venait de recevoir, quoique daté de trois jours auparavant, provoquèrent un revirement dans son esprit.
Que le départ de Metz fût un fait accompli ou sur le point de se réaliser, Mac-Mahon jug^ea qu'il ne pouvait laisser Bazaine, avec ses seules forces, déjà affaiblies par plusieurs batailles, se heurter aux armées allemandes très supérieures en nombre. D'ailleurs « tout ce qui ressemblait à un sacrifice pour le bien public allait à son âme élevée (3) » et la pensée de venir en aide à l'armée de Metz (ut pour le duc de Ma^jenta » un véritable soulag^ement (4) » . Plusieurs g^énéraux, parmi lesquels Ducrot, exprimèrent leur satis-
(1) Enquête..., Déposition du maréchal de Mac-Mahon, I, 31.
(2) Maréchal de Mac-Maqon, Souvenirs inédits.
(3) Des causes qui ont amené la capitulation de Sedan (ouvrage attribué à Napoléon III), 14.
(4) Note de M. le général Broyé, alors aide de camp du maréchal de Mac-Mahon.
78 DE CHALONS A HEIMS
faction en apprenant qu'on n'abandonnait pas Bazaine (l) .
Sans plus hésiter désormais, le maréchal de Mac-Mahon annula les instructions qu'il venait de donner pour la retraite sur Paris, et prit ses dispositions pour se dirig^er sur Montmédy où il espérait faire sa jonction avec Bazaine.
En quittant Reims pour se porter vers le nordest, Mac-Mahon, sur la foi du dernier télé{jramme qu'il avait reçu de Bazaine, croyait son collègue sur le point de sortir ou déjà sorti de Metz et en marche vers Montmédy. Son intention n'était nullement d'aller jusqu'à Metz — il n'avait pas cessé de rejeter l'entreprise comme trop téméraire — mais seulement de dégag^er Bazaine, de faire une diversion en sa faveur, en un mot, de faciliter sa retraite vers l'ouest (2). Le g^énéral Ducrot, qui fut à maintes reprises le confident du maréchal, écrivait le 24 août : «Nous nous avançons vers le nord-est avec l'espoir de donner la main à Bazaine dans la vallée de la Meuse (3). » Relatant dans ses Souvenirs les causes de sa nouvelle détermination, le maréchal ajoute : « Ce fut cette persuasion, et cette persuasion seule, qui me fit prendre cette résolution. » Il a voulu rappeler par là qu'aucune influence extérieure n'est
(1) Vie militaire du ge'ne'ral Ducrot^ II, 387.
(2) Enquête... i Déposition du maréchal de Mac-Mahon, I, 30.
(3) Vie militaire du général Ducrot, II, 388.