LE COINSEIL DES MINISTRES
Mac-Mahon avait envoyée à 10 h. 45 du matin. Elle était conçue clans les termes les plus pressants et les plus propres à ag^ir sur Tesprit du souverain : « Le sentiment unanime du Conseil, en présence des nouvelles du maréchal Bazaine, est plus énerg^ique que jamais. Les résolutions prises hier devraient être abandonnées. ISi décret, ni lettre, ni proclamation ne devraient être publiés. Un aide de camp du ministre de la Guerre part pour Reims avec toutes les instructions nécessaires. Ne pas secourir Bazaine aurait à Paris les plus déplorables conséquences. En présence de ce désastre, il faudrait craindre que la capitale ne se défendît pas. Votre dépêche à Timpératrice nous donne la conviction que notre opinion sera partagée (i) . Paris sera à même de se défendre contre Tarmée du prince royal de Prusse. Les travaux sont poussés très promptement. Une armée nouvelle se forme à Paris. Nous attendons une réponse par télégraphe. »
L'empereur ne communiqua pas cette dépêche au maréchal de Mac-Mahon dont il connaissait déjà la résolution de marcher sur Montmédy; il lui en indiqua seulement le sens à titre de renseignement (2) .
A 4 heures de l'après-midi. Napoléon 111 ré-
(i) Cette dr'pcche n'a pu être retrouvée. Peut-être s'agit-il de celle du 18 août. — Cf. supra, p. 53.
(2) Eiiffuéte..., Déposition du maréchal de Mac-Mahon, I, 32.
.8* DE GHÂLONS A REIMS
pondit au ministre de la Guerre que l'armée se mettrait en marche, le lendemain 23 août, vers Montmédy; il le priait, pour tromper Tennemi, de faire annoncer par la presse que le maréchal de Aiac-Mahon se dirigeait sur Saint-Dizier à la tête de 150 000 hommes (i).
Quatre nouveaux messag^es, expédiés de Metz le 20 août, parvinrent dans cette journée du 22 à Paris et à Reims. Ils présentaient dans l'ensemble un caractère plus pessimiste que celui reçu dans la matinée et auquel était dû le revirement de Mac-Mahon. Du premier le maréchal n'eut qu'en partie communication, et, suivant ses déclarations , il n'eut connaissance des trois autres qu'après la g^uerre.
Dans le premier messag^e, Bazaine mandait à l'empereur que ses troupes a occupaient toujours les mêmes positions » ; que l'ennemi paraissait établir des batteries qui devaient servir à appuyer son investissement et recevait constamment des renforts ; que le général Marguenat avait été tué à la bataille du 16, et qu'il y avait dans la place « plus de 16 000 blessés (2) ». Le maréchal de
(1) Papiers et correspondance de la famille impériale, I, 48.
(2) L'empereur reçut ce télégramme à 2 h. 12 de l'aprèsmidi.