UN MESSAGE INTERCEPTE
Rabasse et par M. de Bazelaire, télégramme qui contenait une réserve si importante quant à la reprise de la marche de Bazaine vers Fouest. Ce messag^e ne parvint pas au maréchal : « Je ne me rappelle point avoir reçu cette dépêche, dit-il plus tard, et il me semble impossible qu'elle m'ait échappé, puisqu'elle m'aurait permis d'arrêter le mouvement vers Test, si les circonstances m'avaient paru l'exig^er (1). » Et, de fait, le 27 août, il écrivait au ministre : " Depuis le 19, je n'ai aucune nouvelle de Bazaine (2). »
M. Amiot, directeur du service télég^raphique du quartier impérial, déclara plus tard qu'il pouvait affirmer avec certitude avoir reçu les deux expéditions de ce télégramme et les avoir transmises au maréchal de Mac-Mahon (3). Il existe du reste une preuve irréfutable de l'arrivée du message : les inspecteurs de la sûreté avaient en effet terminé l'expédition du télégramme par cette demande : « Faut-il rentrer? » ; et à cette demande il leur avait été répondu le jour même, 22 août, à 9 h. 30 du soir, par l'ordre de rejoindre le quartier impériale Bétheniville (4). C'est le 25
(1) Instruction relative au procès Bazaine. — On observera que l'expédition de la dépêche à Mac-Mahon, transmise par de Bazelaire au ministre, ne parvint pas plus au maréchal que celle qui passa par l'entremise de Stoffel.
(2) Le maréchal de Mac-Mahon au ministre de la Guerre, D. T., le Chesne, 27 août.
(3) Pi-ocès Bazaine, 380.
(V) Ibid.
seulement que Miès et Rabasse rejoignirent l'armée à Rethel où ils remirent les originaux des pièces au colonel Stoffel. Gchii-ci ne les communiqua point au maréchal de Mac-Mahon; il ne put d'ailleurs les restituer plus tard et ne fournit sur leur disparition que des explications insuffisantes et contradictoires (1) .
D'après ses dires, le télégramme serait bien parvenu le 22 août au quartier général de Mac- Mahon à Gourcelles, mais aurait été remis à un officier de l'état-major qui l'aurait déchiffré et communiqué au maréchal. A l'en croire, le colonel Stoffel en aurait trouvé une traduction complète sur sa table de travail et serait resté convaincu que le maréchal en avait eu connaissance. Tel aurait été également le motif pour lequel il ne lui remit pas les originaux qu'apportèrent Miès et Rabasse à Rethel (2). En réalité, il fut impossible de retrouver l'officier d'état-major qui, suivant le colonel Stoffel, aurait reçu et déchiffré le télégramme. Au procès Bazaine, le général de Rivières, rapporteur, ayant accusé le colonel Stoffel d'avoir intercepté au moins deux fois le message adressé au maréchal de Mac- Mahon (3) , le colonel demanda à comparaître devant un conseil de guerre. Le 13 juillet 1874,
(1) Procès Bazaine, 380.
(2) Ibid., 389; colonel Stoffel, La Dépèche du 20 août, 32.
(3) Ibid., Rapport 27.