UN MESSAGE INTERCEPTÉ
sur la proposition du gouverneur de Paris, il bénéficia d'une ordonnance de non-lieu (1).
Quelle influence la réception de ce télégramme aurait-elle exercée sur les décisions du maréchal de Mac-Mahon? Il est difficile de se prononcer, le destinataire ayant varié lui-même dans ses appréciations.
" Vous me demandez, déposait-il à l'instruction relative au procès Bazaine, si, Tayant reçu, j'aurais continué mon mouvement vers l'est. Cette question est délicate. Je vous répondrai cependant consciencieusement qu'il est probable que, même après sa réception, j'aurais continué ma marche vers la Meuse, sauf à voir ce qu'il y avait à faire, y étant arrivé (2) . »
(1) Le Journal officiel du 19 octobre 1874 publia, au sujet du colonel Stoffel, la note suivante : « Dans une brochure intitulée La Dépèche du 20 août 1870, M. le baron Stoffel, colonel en retraite, a cru devoir discuter des lémoigna{j;es entendus dans le procès de M. Bazaino, en renouvelant contre le magistrat rapporteur de ce procès des attaques dont les tribunaux ont déjà fait justice.
« A l'appui de ses allégations, M. le baron Stoffel invoque l'instruction et le rapport qui ont précédé l'ordonnance de nonlieu, rendue par M. le ministre de la Guerre, le 13 juillet 1874, et prétend reproduire, quant au fond, sinon dans la forme, les dépositions des témoins entendus dans l'instruction,
« Or, il n'est aucune de ces dépositions qui n'ait été dénaturée par l'analyse qu'il en donne... Quant aux conséquences que M. le baron Stoffel entend tirer de l'ordonnance de non-lieu, il sufHt, pour démontrer combien elles sont peu justifiées, de rappeler que cette ordonnance est motivée sur ce considérant que les faits relevés à la charge de M. Stoffel ne tombaient pas sous le coup d'un texte précis de la loi. >
(2) Instruction relative au procès Bazaine.
Dans ses Souvenirs inédits, au contraire, le maréchal a été plus affirmatif : « Cette dépêche avait une importance capitale. Dans les dispositions d'esprit où je me trouvais, elle m'aurait probablement décidé, soit dans ce moment, soit un peu plus tard sur la Meuse, à abandonner ma marche sur Metz pour me reporter sur Paris (1) . »
Le général de Rivières paraissant penser que le souverain avait peut-être retenu cette dépêche de crainte que sa divulg^ation ne fît abandonner le projet de secourir Bazaine, le maréchal de Mac- Mahon rejeta cette hypothèse : « Ma conviction intime est que l'empereur n'est pour rien dans cette affaire. A Reims, comme quelques jours plus tard, au Ghesne-Populeux, l'empereur désirait rentrer à Paris avec l'armée de Ghàlons... Je pense que le moment décisif de la campagne a été non à Reims, mais au Ghesne-Populeux (2) . »
En tout état de cause, il semble acquis que des influences se sont exercées au quartier impérial, le 22 août, pour dissimuler au maréchal de Mac- Mahon les nouvelles de Bazaine postérieures au télégramme du 19 août, nouvelles qui, parleur caractère pessimiste, auraient pu décider le commandant de l'armée de Châlons à prendre le parti définitif — le plus sage d'ailleurs — de rétrograder sur Paris.
(1) Maréchal de Mag-Mahon, Souvenirs inédits.
(2) Instruction relative au procès Bazaine.