INSUFFISANCE DE VIVRES
nément à toutes sortes d'excès. Il faut rintervention d'une troupe en armes pour faire cesser ces scènes scandaleuses (1) .
Le maréchal de Mac-Mahon vient d'arriver à son quartier g^énéral à Bétheniville, quand les généraux Lebrun et de Failly lui rendent compte d'un fait grave : leurs troupes n'ont plus de vivres pour le lendemain (2). Avant le départ de Reims, le maréchal a donné l'ordre de pourvoir l'armée d'approvisionnements pour quatre jours; aussi est-il d'abord incrédule, puis surpris et irrité de l'inexécution de ses prescriptions. Les généraux de Failly et Lebrun lui expliquent « qu'ils avaient bien transmis l'ordre de toucher les vivres au point et à l'heure indiqués par l'État-major général, mais que, n'ayant point trouvé les sousintendants qui devaient signer les bons de vivres, les corvées avaient du rentrer au camp peu de temps avant le départ, sans que les distributions eussent été faites. Ils rejetaient la faute sur leurs intendants qui n'étaient arrivés que le 22, sans agents, et ne connaissant pas même les lieux de distribution (3) » .
Déjà étaient envoyés les ordres qui devaient amener l'armée le lendemain sur le front Ardeuil,
(i) Souvenirs du capitaine Peloux ; Journal de marche du 5* corps ; P. DE LA GoRCE, loc. cit., VII, 2.38; général Lebruw, loc. cit., 42-45.
(2) Enquête..., Déposition du maréchal de Mac-Mahon, I, 37.
(3) Maréchal de Mac-Màhox, Souvenirs inédits.
Contreuve. Les nécessités du ravitaillement déterminent le maréchal à modifier la direction de sa marche et à remonter vers le nord pour se rapprocher, vers Rethel, de la voie ferrée Reims- Mézières (1). Le détour eût été fâcheux et la perte de temps très regrettable, s'il s'était agi d'aller jusqu'à Metz. Mais comme telle n'était pas l'intention du maréchal de Mac-Mahon qui se proposait seulement de se porter au-devant de Bazaine qu'il croyait en route ou sur le point de partir, le crochet vers le nord offrait moins d'inconvénients, tout en retardant vraisemblablement la jonction projetée.
Le 24 août, les 5^ et 12^ corps bivouaquent au sud de Rethel, sur la rive gauche de l'Aisne; le r' corps s'établit à Juniville, le 7® à Contreuve; la division Margueritte séjourne à Monthois, la division Bonnemains se rend à Pont-Faverger, sur les derrières de l'armée. L'irrégularité des distributions provoque de nouvelles scènes de désordre et d'indiscipline « dans des proportions vraiment inquiétantes » : des officiers sont insultés, des habitants pillés. Le général Ducrot autorise l'emploi " des derniers moyens de rigueur » pour la répression de ces excès (2) . Le général de Failly prescrit de traduire en con-
(i) Ordre de mouvement du 24 août; Ordre modifiant la marche indiquée pour la journée du 24 août. (2) Ordre du i*' corps, Juniville, 24 août.