L'ALERTE DE GRAND-PRE
mouvement de ce dernier est ralenti par le croisement des convois du 5^ corps et des équipag^es de l'empereur (1). La division Bonnemains, toujours reléguée en arrière, s'établit au sud d'Attigny. La division Margueritte se porte à Tannay, détachant à Saint-Pierremont le 6" chasseurs, qui pousse lui-même un escadron à Sommauthe et un autre à Stonne (2). Elle tente également de transmettre des dépêches à Bazaine dont la situation est toujours incertaine (3) .
Dans la soirée du 26, de graves nouvelles parviennent au maréchal de Mac-Mahon. De Vouziers, le général Douay, commandant le 7^ corps, a détaché sur sa droite, à Grand-Pré, la brigade d'infanterie Bordas avec une batterie. Le 4'' hussards, qui occupe cette localité depuis la veille, a eu dans la journée une escarmouche avec un escadron de uhlans, et cet incident, joint aux déclarations des maires de plusieurs villages voisins, fait croire au général Bordas qu'il a devant
(1) Certaines unités n'arrivent au bivouac qu'à la nuit. Ce furent les convois du 5* corps qui ralentirent surtout la marche du 12*, car les équipages de l'empereur ne comprenaient que 75 chevaux, 15 voitures, 57 serviteurs (Ph. de Massa, Souvenirs et impressions, 278 j.
(2) Journal de marche de l'État-major général.
(3) Procès Bazaine, 351.
lui des forces considérables. Sans même attendre Tattaque ou au moins des informations plus complètes, il transmet ce renseignement inexact au général Douay, ajoutant qu'il est forcé de battre en retraite (1). Douay, à son tour, communique ces nouvelles au maréchal de Mac-Mahon et se prépare à tenir tête à l'ennemi en attendant que le reste de l'armée vienne le soutenir. Il fait prendre les armes à toutes ses troupes et les établit avant la nuit à l'est de Vouziers, sur les hauteurs de la rive droite de l'Aisne, entre Ghestre et Falaise. Voitures à baguages, convoi de vivres et parc du g^énie refluent sur le Ghesne par Quatre-Ghamps. Enfin, une brigade d'infanterie est envoyée sur Grand-Pré avec mission de recueillir le général Bordas (2). Tout le 1^ corps passe la nuit sur ses positions de combat, constamment en alerte, et sous une pluie battante. Vers 2 heures du matin seulement, un avis non suspect montre qu'il n'y a aucune attaque imminente à redouter. La sûreté était si mal entendue dans l'armée française qu'il avait suffi de quelques patrouilles de cavalerie ennemie pour donner l'alarme à tout un corps d'armée et lui faire supporter des fatigues inutiles (3) . L'incident
(1) Prince Bibesco, loc cit., 55. — Le prince Bibesco a assisté à la campagne en qualité d'aide de camp du général Douay.
(2) Le général Douay au maréchal de Mac-Mahon, D. T., 26 août, sans indication d'heure et de lieu.
(3) Prince Bibesco, loc. cit., 56 sqq.