LES PREMIERS INDICES
Cil premier indice est fourni par une lettre interceptée par les troupes d'investissement de Metz, et dans laquelle « un officier français de haut g^rade, appartenant à l'armée bloquée, exprime son ferme espoir d'être bientôt secouru par l'armée de Châlons (l) " . Tout d'abord, on ne tient pas (jrand compte de cette opinion. Le grand quartier général incline plutôt à croire que les Français couvriront Paris, peut-être par une position de flanc, vers Ueims ou Laon (2) . Néanmoins, on communique au prince de Saxe toutes les informations recueillies; on le charge de surveiller la direction de Reims et la voie ferrée de cette ville à Mézières et Thionville, et on lui prescrit de couper celle-ci en plusieurs points (3) . Enfin , le prince royal de l*russe est invité à rapprocher le VP corps qui forme son aile gauche (4).
En se rendant le 24 août de Gommercy à Bar-le- Duc, le grand quartier général s'arrête à Lignyen-Barrois pour s'entretenir avec le prince royal
(ij Historique du grand Ktat-major prussien, 924. — Le prince de Hohcnlohc dit à ce sujet qu'en 1870 le prince de Wiirteinbcrg, qui commandait la Garde, « avait formellement interdit aux militaires sous ses ordres, sous peine de passation au conseil de guerre, de parler dans leurs lettres à leur famille ou à leurs amis de choses concernant l'année » (Lettres sur la stratégie, II, 87)
(2j Tagehûcher. . Blumentlial, 85; Vkrdy du Ver:;<ois, lin grossen IJaupt^uailier, 118.
(3) Correspondance militaire du maréchal de Moltke, I, n" 199.
{k)Ibid., n" 196.
de la situation. C'est à cette conférence que le quartier-maître général von Pocibielski émet le premier Tavis » qu'une tentative des Français pour se porter de Reims au secours de Bazaine, si elle était difHcilement admissible en raison des objections qu'elle soulevait au point de vue militaire, pouvait cependant s'expliquer par des considérations politiques (L) " . Il préconise en conséquence, dans la continuation de la marche en avant, le resserrement de la IIP armée vers sa droite de façon à faciliter un chang^ement de direction éventuel.
La proposition a peu de succès. On n'imagine pas que Mac-Mahon renonce à couvrir Paris soit directement, soit par une position de flanc. On a appris dans la matinée qu'il se trouve à Reims (2) ; mais cette ville, observe-t-on, est plus éloignée de Metz que ne l'est le camp de Ghàlons. Moltke décide donc que les armées allemandes continueront le mouvement suivant la direction générale adoptée, c'est-à-dire vers l'ouest, mais qu'elles l'accéléreront le plus possible de façon à engager dans le plus bref délai la lutte avec le maréchal de Mac-Mahon, et à le couper à la fois de Paris et de Metz (3) . On ne croit pas d'ailleurs qu'il accepte
(1) Historù/ue du grand État-major prussien, VII, 925.
(2) Correspondance militaire du maréchal de Moltke, I, n°' 199, 200.
(3) Von Hahnke, loc. cit., 115.