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la bataille : « Une armée française qui a quitté Ghâlons s'est retirée sur Reims, écrit Roon ; mais elle n'y tiendra pas, et sa retraite sur Paris est très vraisemblable. Qu'arrivera-t-il alors? Une bataille sous les murs de la capitale, et après laquelle les Français vaincus pourront toujours se placer sous la protection de leurs ouvrages (1). »> Déjà Moltke a fait rédiger la minute d'un ordre aux termes duquel les armées allemandes, se reposant le 26 ou le 27, doivent atteindre le 28 la ligne Suippe, Ghâlons, Coole, puis obliquer sur Reims ou continuer leur marche sur Paris suivant les circonstances (2) . Mais ces instructions ne sont pas expédiées. Le 24, à II heures du soir, Moltke a reçu une série d'informations qui modifient dans une certaine mesure les appréciations de la matinée, et donnent plus de crédit à l'hypothèse d'un mouvement de l'armée de Ghâlons vers Metz (3). Parmi ces nouvelles, l'une d'elles surtout est de première valeur : c'est un télégramme expédié de Paris le 23 au soir et reçu par la voie de Londres : « L'armée de Mac-Mahon se concentre à Reims. L'empereur Napoléon et le
(1) Denkwûrdiçjheiten ans dem Leben des Gênerais Grafen von Roon, III, 197.
(2) Correspondance militaire du maréchal de MoltliC, I, n-^ 203.
(3) Historique du grand Etat-major prussien, VII, 938; Ileercsbewccjungen im Kriege 1870-187 1, herausgegeben voni grossen Generalslabe, 24.
prince sont avec elle. Mac-Mahon cherche à faire sa jonction avec Bazaine (l). »
En dépit (le cette information très positive cette fois, cette marche vers Metz, dont l'eFFet est de découvrir Paris et de lon^oer la frontière hel(je, parait si hasardée, si aventureuse, que le quartier général hésite à y ajouter foi (i2) . On examine pourtant les mesures qui s'imposeraient si elle se produisait réellement. Il faudrait surseoir au mouvement des armées allemandes sur Paris, les orienter vers le nord, en partie à travers la rég^ion difficile de TArgonne, assigner une nouvelle direction aux ravitaillements de toute nature dont le transport est déjà réglé vers Touest, et prévoir de ce chef des retards sérieux. Ces considérations, ]ointe3 aux inconvénients qu'entraîne toujours l'abandon d'un plan en voie d'exécution, engagent Moltke à ne pas modifier le sens de la marche avant de s'être procuré des renseignements plus précis sur les opérations de l'adversaire. N'agir qu'à bon escient, en pleine connaissance de cause, mais tout préparer pour une conversion vers le nord, tel est le programme du grand quartier général allemand. Pour le moment, on se contentera d'appuyer un peu plus au nord-ouest, c'est-à-dire vers Reims, en redoublant de vigilance sur le flanc droit. La cavalerie
(i) Historique du grand État-major prussien, VII, 937. (2) Moltke, La Guerre de 1870, traduction Jaeglé, 90.