PROJETS DE MOLTKE
même des deux corps bavarois. Abstraction faite des difficultés du mouvement, il en serait résulté une accumulation excessive de troupes dans la zone étroite comprise entre l'Aire et la Meuse et une profondeur d'échelonnement qui eût rendu impossible le déploiement de toutes les forces pour la bataille. On n'aurait pu songer à une manœuvre quelconque pour ces corps : il eût fallu les eng^ager de front. Si, au contraire, on leur faisait continuer encore un jour le mouvement vers l'ouest, et si on leur faisait exécuter ensuite une conversion pour les orienter vers le nord, ils se présenteraient en un dispositif échelonné à g^auche, qui permettrait de les diriger facilement sur la ligne de retraite de l'adversaire. Telles furent, d'après les considérations que le grand quartier général examina et discuta, les conclusions qui furent adoptées (1).
Dans la soirée du 25 août, la situation se précise. De nouvelles informations, émanant sans doute du service d'espionnage (2), permettent de considérer comme vraisemblable un mouvement
(1) Hiatorifjue du grand État-major prussien, VII^ 931-934; Heeresheweçfunçjen im Krieye 1870-1871, 25-27.
(2j La relation officielle prussienne ne parle que rarement de c«tte source d'informations.
de l'armée française de Reims sur Vouziers. A l'un des bulletins de renseignements est joint un journal français contenant un article emprunté à un quotidien belg^e, et dont il ressort « qu'un général français ne saurait abandonner ses compagnons d'armes sans encourir la malédiction du pays (1) » . Entin, un nouveau télégramme de Londres annonce, d'après le Temps, que Mac- Mahon « s'était subitement décidé à courir à Taide de Bazaine, bien qu'en découvrant la route de Paris il compromît la sécurité de la France; que toute l'armée de Gbâlons avait déjà quitté les environs de Reims, mais que, cependant, les nouvelles reçues de Montmédy ne faisaient pas encore mention de l'arrivée de troupes françaises dans ces parages (2) » . Un peu plus tard,
(1) Histori(iue du grand Ktat-mnjor pinssien, VII, 934. — Parmi les renseignements reçus, cet llistori(jue relate ceux « d'autres feuilles de Paris », contenant « les discours prononcés au Corps législatif pour signaler la honte qui rejaillirait sur le peuple français si l'armée du Rhin n'était pas secourue » . Les discours prononcés au Corps législatif du 16 au 22 août ne contiennent rien de semblable.
(2) Ibid. — \a' Historicjiie fait allusion sans doute aux nouvelles suivantes publiées par le Temps : « Correspondance datée de Reims, 23 août : Aujourd'hui Mac-Mahon a commencé son mouvement. « Je joue le salut de la France, aurait dit le maréchal, en laissant ouverte la route de Paris, mais comment abandonner le noyau de nos forces^ et quelle responsabilité ceux qui me jugent capable d'envie ne feraient-ils pas peser sur moi si je n'allais pas secourir le maréchal Bazaine! » {Temps du 25 août). — On observera que le Public avait déjà annoncé cette nouvelle; on la trouve reproduite par le Temps du 24 août : On lit dans le
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on apprend qu'elles ont déjà dépassé Rethel (1). Si concordantes que soient ces informations, on ju(>^e, au g^rand quartier général allemand, qu'elles ne suffisent point à « élucider complètement la question » , et l'on se lient en garde contre les renseignements d'une « presse toujours sujette à caution » et chargée de répandre de fausses nouvelles (2). Asupposerque ces informations soient exactes, il v a encore à considérer riiy()()thèse d'une feinte de Mac-Mahon destinée à faire abandonner aux armées allemandes leur marclie sur Paris, à leur causer tout au moins une perte de teiujjs, à les fatiguer inutilement par un crochet vers le nord. Toutefois, on considère qu'il est de plus en plus plausible, « eu égard à la situation particulière de la France » , que les exigences politiques puissent l'avoir emporté sur toute considération militaire (3) » . Moltke et Podbielski se rendent donc chez le roi, le mettent au courant de la situation et lui font approuver
Public : « -Mac-Mahon a pris la direction de Melz avec une rapidité qui doublera le mérite de ce mouvement. » Le Temps du même jour relatait l'information suivante : On lit dans la J.ihcrlc : u Nous savons de source certaine que les maréchaux Kazaine et Mac-Mahon sont à la veille de se joindre. »
(1) Vkrdy dv Vkr.nois, toc. cit., 231. — Verdy du Vernois ne spécihe pas la source de ce renseignement. l/Historicjue du gi-and Ktal-major pjussien ne mentionne par cette information pourtant précieuse.
(2j Historifiiic du c/rund Ktat-inajor prussien, VII^ 934.
(3) Ihid.
le projet de conversion vers le nord de l'armée de la Meuse et des deux corps bavarois.
Dans la nuit même, toutes les dispositions sont prises pour infléchir ces unités sur leurs nouvelles directions de marche si les renseignements de la cavalerie, lancée sur Vouziers et Buzancy, confirment le mouvement de Tarmée française vers Metz (1). De Dombasie et de Jubécourt, le XIP corps doit se porter sur Varennes; de Triaucourt, la Garde atteindra la route de Varennes à Verdun; de Laheycourt, le IV^ corps gagnera cette même chaussée. Partant de Revigny et de Gharmont, les deux corps bavarois suivront les colonnes de l'armée de la Meuse Le lieutenantcolonel Verdy du Vernois est envoyé de Bar-le- Duc à Fleury-sur-Aire pour conférer avec le prince de Saxe et lui faire connaître les projets du grand quartier général (2). Le changement de direction peut être différé jusqu'au 26 à midi, si on le juge nécessaire; mais si on n'a reçu à ce moment aucun renseignement positif contradictoire, il doit être strictement exécuté (3).
Tous calculs faits, le prince de Saxe estime, non sans raison, que sa cavalerie ne pourra lui fournir des informations sur les mouvements des
(1) Coriesponclance militaire du maréchal de Moltke, n"» 209, 2]0.
(2) Vkpdy du Vernois, loc. cit.. 24.
(3) Historique du grand Etat-major prussien, VII, 937.