‹ 1870 - SedanChapitre 7 sur 177 · LES MOBILES DE LA SEINE · texte numérisé non relu

LES MOBILES DE LA SEINE

à l'employer à des opérations en rase campagne ; mais, convenablement exercée, elle pourrait rendre d'utiles services derrière des remparts, il proposa en conséquence de l'envoyer tenir g^arnison dans les places du Nord (l). L'empereur se rangea à cet avis, déclarant toutefois qu'il valait mieux ramener la garde mobile à Paris, a où elle pourrait défendre ses foyers (2) » . Puis le débat s'élargit. Le général Schmitz, qui avait été officier d'ordonnance de l'empereur, aborda en ces termes des questions plus graves : « Je crois qu'il faut dire toute la vérité à Votre Majesté. Nous sommes dans une situation déplorable ; il y a à Metz une armée dont nous ne connaissons pas le sort, mais qui pourra toujours opérer sa retraite par le Nord. » Montrant ensuite en quelques mots les faiblesses des troupes de l'armée de Cbâlons, il ajouta : a Je crois devoir assurer à l'empereur qu'à cette date, 17 août, le salut, selon moi, est dans Paris que je viens de traverser. On prétend que vous n'avez pas employé le général Trochu parce qu'on lui attribuait des sentiments d'opposition (3); eb bien! Sire, il faut rentrera

(i) L'Empire et la défense de Paris devant le jury de la Seine (1872), Dépositions du général Berihaut, 133, et du général Schmitz, 141.

(2) Ibid. , OEuvres posthumes de Napoléon III, le Livre de l'empereur, 106.

(3) Le général Trochu était l'un des plus anciens généraux de l'armée. Aux Tuileries, on le considérait comme un orléaniste.

6 DE GHALONS A REIMS

Paris dont le général Trochu serait nommé {gouverneur. La situation que vous vous faites ne peut durer; vous n'êtes pas sur votre trône. — Oui, j'ai l'air d'avoir abdiqué » , répondit l'empereur avec un ton de profonde tristesse (I).

Le prince î^apoléon exprima à son tour ses craintes d'une révolution ou d'un mouvement à Paris et affirma que le général Trochu, par ses antécédents et par les avertissements qu'il avait donnés (2), était le seul homme qui fût en état de faire face à de tels dangers (3) . Cette opinion parut surprendre l'empereur. « Sire, ajouta le prince avec une certaine véhémence, vous avez naguère abdiqué le gouvernement à Paris, vous venez d'abdiquer le commandement à Metz; à moins de passer en Belgique, vous n'êtes plus rien. Il faut que vous rentriez à Paris, quel qu'en soit le péril, et que, d'une main sûre, vous repreniez le gouvernement. Si nous devons tomber, du moins tombons comme des hommes (4) . v

(1) L'Empire et la défense de Paris, 142. — Le général Schmitz n'avait pas voulu dire toute sa pensée, qui était celle-ci, de son propre aveu : « Trochu vous couvrira de sa popularité auprès des Parisiens. » (Ibid.J

(2) Le général Trochu avait signalé les défectuosités de l'armée française, dans une brochure qui avait fait grand bruit (L'armée française en 1867).

(3) LJEmpire et la défense de Paiis, Déposition du maréchal de Mac-Mahon, 113.

[k) Lbid., Réponse du général Trochu, 415. « Je cite textuellement, dit le général Trochu; cette scène est aussi présente à mon esprit que le premier jour. »

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