TROGHU GOUVERNEUR DE PARIS
L'empereur, qui se défiait du loyalisme du g^énéral Trocbu, ne répondit pas immédiatement. Prenant à part le maréchal de Mac-Mahon, il lui demanda son opinion. Le duc de Mag^enta affirma que Trochu « était un homme de cœur, un homme d'honneur, et que l'empereur pouvait avoir confiance en lui (1) ». Le souverain pressentit alors Trochu au sujet de cette nomination : « Sire, répondit le général, dans la situation pleine de périls où est le pays, une révolution le précipiterait dans l'abîme. Tout ce qui pourra être fait pour éviter une révolution, je le ferai. Vous me demandez d'aller à Paris, de vous y annoncer, de prendre le commandement en chef, je ferai tout cela; mais il est bien entendu que l'armée du maréchal de Mac-Mahon va devenir l'armée de secours de Paris, car nous allons à un sièg^e (2) . »
L'empereur acquiesça ainsi que le maréchal de Mac-Mahon. Les résultats de la conférence, close à onze heures et demie, furent en somme : la nomination du g^énéral Trochu comme g^ouverneur de Paris, — il devait se rendre immédiatement à son poste; — celle du maréchal de Mac-Mahon comme commandant en chef de l'armée de Ghâ-
(1) VEmpire et la défense de Paris, Déposition du maréchal (le Mac-Mahon, 114.
(2) Discours du général Trochu du 13 juin 1871 (Jouinal officiel du 14 juin).
Ions; celle du maréchal Bazaine comme généralissime; la décision de ramener sous les murs de Paris toutes les troupes réunies ou appelées au camp; la résolution du souverain de revenir dans la capitale dès qu'il se serait entendu à ce sujet avec le gouvernement de la régence (1). Le général Lebrun devait remplacer le général Trochu à la tête du 12® corps. Craignant peut-être un changement d'avis, le prince Napoléon se hâta de rédiger toutes les pièces qui seraient soumises à la signature du souverain (2). Deux heures plus tard, Trochu se rendait en voiture à Ghâlons d'où un train le ramènerait à Paris. Il y était précédé du capitaine de frégate Duperré, officier d'ordonnance de l'empereur, chargé d'instruire le ministre de la Guerre et l'impératrice des mesures arrêtées dans la matinée. (3) . En plus de ce message, Napoléon III leur adressa un télégramme destiné à les préparer à la grande nouvelle (4) .
(1) OEuvres posthumes de Napoléon III, loc. cit., 107; Discours du général Trochu, du 13 juin 1871.
(2) Le prince Napoléon, causant un peu plus tard avec des officiers de l'état-major de Trochu, insista sur la nécessité du retour de l'empereur à Paris : « Figurez-vous, aurait-il dit, le sort d'un général en chef pour qui toutes les responsabilités du commandement se compliquent d'une autre responsabilité, celle d'assurer le sort du souverain. Autant vaut aller au combat en portant sur la tête une soupière pleine, et avec la défense d'en répandre une seule goutte » (P. de la Gorge, Histoire du Second Empire, VII, 166(.
(3) Papiers et correspondance de la famille impériale, I, 419. {k)Ibid., I, 433-434.