‹ 1870 - SedanChapitre 71 sur 177 · FACHEUX MOUVEMENT DE RECUL · texte numérisé non relu

FACHEUX MOUVEMENT DE RECUL

plaintes contre l'incertitude des mouvements faits jusqu'alors (l) ».

La détermination prise par le maréchal de Mac-Mahon de se replier sur toute la ligne était en effet regrettable. Il ne pouvait plus espérer dérober sa marche à l'ennemi. Dès lors, il semblait judicieux de jeter vers le sud la plus grande partie de la cavalerie, et de lui ordonner de percer le rideau tendu par les escadrons allemands de façon à être renseigné sur la situation et la force des colonnes d'infanterie. La division de cuirassiers Bonnemains, qui était venue dans la matinée à Vouzlers, aurait pu, pour une opération de ce genre, appuyer les divisions de cavalerie des r'et 7** corps, mais on s'était empressé delà renvoyer à Attigny, sur les derrières de l'armée, dès que le combat n'avait plus paru imminent (2) .

En arrivant au Ghesne où a été transféré le grand quartier général, Mac-Mahon apprend «de différents côtés que, l'avant-veille, le maréchal Bazainc n'a pas encore quitté Metz (3) » . En particulier, un message très positif expédié par un des hommes les plus considérables de Sedan,

(1) Journal inédit du capitaine de Lanouvellc, de l'état-inajor du 5*^ corps.

(2) Journal de marche de la 2* division de cavalerie.

(3j Instruction relative au procès Bazaine, Deuxième déposition du maréchal de Mac-Mahon; le commandant de Montrnédv au maréchal de Mac-Mahon, D. T., 27 août, 2 h. 20 soir.

M, de Montagnac, lui affirme que, le 25 août, Bazaine se trouvait encore sou8 les murs de la place (1). Dès lors, les motifs mêmes du mouvemeat de Tarmée de Ghâlons vers Montmédy n'existent plus, et il importe de songer à sa propre sécurité.

De fait, les renseig^nements recueillis sur l'ennemi deviennent inquiétants. Des forces, évaluées à 50 000 hommes, sont établies, dit-on, sur la rive droite de la Meuse pour s'opposer directement à la marche de l'armée française vers Metz (2). On signale une colonne qui, le 26, se dirigeait de Stenay sur Mouzon; une autre, venant de l'est, semble voidoir gagner Dun-sur- Meuse (3) . Quanta Bazaine, il est immobilisé par « les F' et IV armées, plus de 200 000 hommes, qui bloquent Metz, principalement sur la rive gauche [de la Moselle] (4) » . Il faut donc s'attendre à une résistance sérieuse au passage de la Meuse.

Ce que l'on sait de l'armée du prince royal de Prusse est encore plus alarmant. Dans l'aprèsmidi du 27, l'empereur a appris qu'elle a cessé

(1) Enquête... Déposition du maréchal de Mac-Mahon, I, 33; P. DE LA GORCE, VIT, 255.

(2) Le maréchal de Mac-Mahon au ministre de la Guerre, D. T , le Chesne, 27 août, 8 h. 30 soir.

(3) Le procureur impérial de Gharleville au ministre de la Guerre, D. T., 27 août, 10 h. 25 matin; le sous-préfet de Sedan au maire du Chesne, D. T., 10 h. 5 matin.

(4) Le maréchal de Mac-Mahon au ministre de la Guerre, D. T., le Chesne, 27 août, 8 h. 30 soir.

LA Iir ARMEE MENAÇANTE 147

de marcher sur Paris pour se diriger vers le nord (1) : les troupes allemandes qui traversaient Vitry-Ie-François le 26 ont reçu contre-ordre et semblent se porter actuellement sur Sainte- Menehould (2) . On signale leurs coureurs au sud et à l'ouest de Monthois, à Somme-Py et aux portes mêmes de Reims (3). A la suite d'une reconnaissance faite dans la direction de Reims, le général Bonnemains envoie le rapport suivant : « L'armée du prince royal de Prusse a ses éclaireurs à quelques lieues; elle fait de nombreuses réquisitions et s'avance à marches forcées perpendiculairement à notre flanc (4). » Enfin, d'après une dépêche de source sûre expédiée de Vienne, le total des forces allemandes se dirigeant sur Paris s'élève à 250 000 hommes.

Les dangers de cette situation, qui ne pouvaient que s'aggraver de jour en jour, n'échappent point au maréchal de Mac-Mahon. Continuer le mouvement jusqu'à Metz, c'est probablement aller au-

(i) Prince Bibesco, loc. cit., 60.

(2) Le ministre de la Guerre au maréchal de Mac-Mahon, D. ï., 27 août, 2 h. 55 soir (renseignements du préfet de l'Aube et du sous-préfet de Nogent-sur-Seine).

(3) Le ministre de la Guerre au maréchal de Mac-Mahon, D. T., 27 août, 7 h. 20 soir; le procureur impérial de Reims au ministre de la Justice, D. T., 28 août, 3 h. 35 soir; le préfet des Ardennes au ministre de la Guerre, Mézières, D. T., 27 août, 5 h. 15 soir (d'après une dépêche du sous-préfet de Vouziers).

(4) Journal de marche de la division de cuirassiers Bonnemains.

devant d'un échec au passag^e de la Meuse, et peut-être d'un désastre, si le prince royal, marchant vers le nord, comme tout semble l'indiquer, parvient à intercepter les communications de l'armée. Si profond que soit le sentiment de la solidarité, la prudence ordonne de rétrog^rader. Témoin des perplexités de son chef, le g^énéral Ducrot écrit : « Notre pauvre maréchal en perd la tête (1). » Enfin, la sa^jesse l'emporte : Mac-Mahon prend le parti de reprendre la direction du nord, afin « de ne pas compromettre le sort de son armée et de la réserver pour la défense de Paris (2) ». A 3 h. 25 de l'après-midi, à la suite d'un long^ entretien avec l'empereur, il informe Bazaine de sa décision par le télég^ramme suivant que le commandant de la place de Sedan est chargée de lui faire parvenir " par tous les moyens possibles » :

a Le maréchal de Mac-Mahon prévient le maréchal Bazaine que l'arrivée du prince royal de Prusse à Ghâlons le force à opérer le 29 sa retraite sur Mézières et de là à l'ouest, s'il n'apprend pas que le mouvement de retraite du maréchal Bazaine soit commencé (3). »

L'intention du duc de Mag^enta est donc, à ce

(1) Vie militaire du général Ducrot, \\, 389 (lettre à Mme Ducrot, Voncq, 27 août).

(2) Journal de marche de l'Etat-major général.

(3) Ce télégramme ne semble pas être arrivé à destination.

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