MESSAGE ADRESSE AU MINISTRE
moment, de ne mettre son projet à exécution que le 29 août, si, à cette date, il n'a pas appris que Bazaine a quitté Metz. Mais, dans la soirée, les renseignements reçus au Ghesne sur les mouvements de la IIP armée deviennent plus inquiétants et font ressortir, inexactement il est vrai, sa proximité (l) . Le maréchal de Mac-Mahon décide alors de se diriger sur Mézières dès le lendemain 28 août, et, dans la soirée, en prévient le ministre de la Guerre :
« Les r^'et ir armées, plus de 200 000 hommes, bloquent Metz, principalement sur la rive gauche. Une force évaluée à 50 000 hommes serait établie sur la rive droite de la Meuse pour gêner ma marche sur Metz. Des renseignements annoncent que Tarmée du prince royal de Prusse se dirige aujourd'hui sur les Ardennes avec I 50 000 hommes ; elle serait déjà à Ardeuil. Je suis au Ghesne avec impeu plus de 100 000 hommes,
a Depuis le 19, je n'ai aucune nouvelle de Bazaine. Si je me porte à sa rencontre, je serai attaqué de front par une partie de la V et de la IP armée qui, à la faveur des bois, peuvent dérober une force supérieure à la mienne; en même temps, par l'armée du prince royal de Prusse me coupant toute ligne de retraite. Je me rapproche demain de Mézières, d'où je conti-
(Ij Journal de marche du 5* corp».
nuerai ma retraite, selon les événements, vers l'ouest (1) . »
L'empereur approuve pleinement cette détermination (2) .
Mac-Mahon vient de dicter ce télégramme quand, suivant le colonel Stoffel, le général Faure, chef d'état-major général, suggère : « Ne pensez-vous pas, monsieur le maréchal, que vous avez tort d'envoyer cette dépêche au ministre? On vous répondra de Paris de telle façon que vous serez peut-être empêché de mettre vos nouveaux projets à exécution. Vous pourriez ne l'expédier que demain, lorsque nous serons déjà en route sur Mézières. » Le maréchal relit la dépêche avec attention; puis, sans s'arrêtera cette observation prophétique, prescrit au colonel Stoffel de la faire partir sans retard (3) .
Déjà les ordres ont été adressés aux troupes pour la retraite vers le nord : le 1" corps doit se porter de Voncq sur Mazerny; le 7% de Vouziers vers Omont; le 12% du Chesne à Vendresse; le 5%
(1) Le maréchal de Mac-Mahon au ministre de la Guerre, D. T., le Chesne-Populeux, 27 août, 8 h. 30 soir.
(2) «Ce 8oir-là, après diner. Napoléon III, non moins attristé, mais plus communicatif que d'habitude, ne nous cacha pas combien il lui coûtait iFahandonner Bazaine, mais que Mac-Mahon et lui n'avaient pas le droit d'exposer à une défaite presque certaine les dernières troupes régulières pouvant opérer une diversion précieuse contre l'investissemejit de la capitale » (Ph. de Massa, loc. cit., 308).
(3) Colonel Stoffel, loc. cit., 81.
ORDRES POUR LA RETRAITE j51
de Ghâtillon à Poix. La divisionde cuirassiers Bonnemains se repliera d'Attig^ny sur Launois; la division Margueritte, restant à Sommauthe, a pour mission d' « assurer les derrières de rarmée (1) » . Les voitures à baguages, les parcs et convois se mettent en mouvement dans la nuit même afin de débarrasser les routes de marche du lendemain. La détermination prise par le maréchal de Mac-Mahon dans l'après-midi du 27 août pouvait sauver l'armée. Si les considérations d'ordre militaire avaient prévalu, si l'on avait admis à Paris que les commandants d'armée en campag^ne étaient seuls en état d'apprécier la situation et de prendre les mesures qu'elle exigée, la catastrophe de Sedan ne se serait pas produite. Selon le mot du maréchal, on en était arrivé « au moment décisif de la campagne (2) » . Le 28, l'armée se serait trouvée dans une bonne situation, couverte par le canal des Ardennes et à proximité des voies ferrées qui se croisent à Mézières. En réalité, pour se soustraire à l'adversaire, il n'eût même pas été nécessaire de se porter vers le nord : il suffisait, en se couvrant au sud, de suivre la vallée de l'Aisne jusqu'à Rethel et de revenir ensuite sur Paris par celle de l'Oise (3) .
(l) Ordre de mouvemenl pour le 28 août.
(2j Instruction relative au procès Bazaine, Déposition du maréchal de Mac-Mahon.
(3) Capitaine Deebécagaix, loc. cit., 272; A. G., loc. cit., 43.
A Paris, le général de Palikao, bien qu'irrité de ce qu'il appelait les lenteurs de Mac-Mahon, gardait la même confiance inébranlable dans le plan qu'il avait conçu. « C'est notre seule chance de salut » , disait-il au général Susane, un de ses collaborateurs (1). Quand ses collègues, dans leur anxiété, exprimaient leurs inquiétudes, il répondait que, malgré le temps perdu, Mac- Mahon et Bazaine effectueraient leur jonction, que l'armée de Ghâlons conservait une avance sur l'ennemi; il avait, affirmait-il, ses espions dont les rapports ne le trompaient point (2) . Telles étaient ses dispositions d'esprit, quand lui parvint, dans la nuit du 27 au 28 août, le message de Mac-Mahon annonçant la retraite sur Mézières La réponse fut immédiate. Expédiée à 11 heures du soir, elle était adressée, non au commandant en chef, mais à l'empereur. A côté d'affirmations téméraires, elle groupait toutes les nouvelles propres à émouvoir le souverain et le maréchal : « Si vous abandonnez Bazaine, la révolution est dans Paris, et vous serez attaqué par toutes
(i) Général Thoumas, Paris, Tours, Bordemix, 29.
(2) Le ministère de l'Intérieur du J 1 août au 4 septembre, Relation inédite de M. Chevreau (citée par Pierre dk la Gorce, loc cit., VII, 258).