NOUVELLE DÉPÊCHE DE PALIKAO
Mac-Mahon fait répondre qu'il a « mûrement réfléchi » et qu'il lui est impossible désormais de contremander les ordres qu'il vient de donner (l). Il envoie trois nouveaux émissaires à Bazaine pour le prévenir qu'il marche à sa rencontre; puis, à midi trente, il expédie de Stonne, où a été transféré le (jrand quartier {jénéral, le télégramme suivant au ministre de la Guerre :
« Je marche sur Montmédy; tenterai demain de forcer le passade de la Meuse à Stenay, dont je crains que l'ennemi ait déjà fait sauter les ponts. »
Ce message se croise avec une nouvelle dépêche de Palikao, dont le but est manifestement de peser plus encore sur les décisions de Mac-Mahon, en faisant intervenir deux nouvelles autorités :
« Au nom du Conseil des ministres et du Conseil privé, je vous demande de porter secours à Bazaine en profitant des trente-six heures d'avance que vous avez sur le prince royal de Prusse. Je fais porter le corps \ inoy sur Eieims (:2) . »
Ce second télé^jramme était inutile : le premier avait suffi pour modifier les intentions pourtant très sag^es du commandant en chef. Mac-Mahon s'est-il laissé surtout persuader [)ar les arg^uments
— Cf. Ph. HE Massa, loc. cit , 308; Ohluvres poslinancs fie Napoléon III, loc. cit , liV.
(1) Maréchal dk MaoMaiion, Souvenirs inédits
(2) D. T., 28 août,l h. 30 soir (l'apiers et correspondance de l<i famille impériale, I, 416j.
d'ordre stratég^ique du ministre, ou a-t-il repris le mouvement vers Metz contre son g^ré, pour des motifs d'ordre politique et dynastique? Dans la première hypothèse, on observera qu'en déférant à la sommation du ministre, le maréchal de Mac- Mahon a sensiblement accru la responsabilité qui lui incombe dans la catastrophe. Son erreur « est même moins excusable " que celle de Palikao, qui se trouvait loin du théâtre des opérations; comme commandant de l'armée il était évidemment mieux informé des dang^ers qu'il allait affronter (1). Dans le second cas, on peut dire avec Napoléon : « Un g^énéral en chef n'est pas à couvert par un ordre d'un ministre ou d'un prince éloigné d'un champ d'opérations et connaissant mal ou ne connaissant pas le dernier état des choses. 1" Tout g^énéral en chef qui, en conséquence d'ordres supérieurs, se charge d'exécuter un plan qu'il trouve mauvais ou désastreux est criminel ; il doit représenter, insister pour qu'il soit changé, enfin donner sa démission plutôt que d'être l'instrument de la ruine des siens... 2"" Un général en chef est le premier olficier de la hiérarchie militaire. Le ministre, le prince donnent des instructions auxquelles il doit se conformer en âme et conscience; mais ces instructions ne sont jamais des ordres militaires, et n'exigent pas
(1) A. G., loc. cit., 49.