‹ 1870 - SedanChapitre 76 sur 177 · OBSERVATIONS DE NAPOLEON · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS DE NAPOLEON

une obéissance passive. A" Un ordre militaire même n'exigée une obéissance passive que lorsqu'il est donné par un supérieur qui, se trouvant présent au moment où il le donne, a connaissance de l'état des choses, peut écouter les objections et donner les explications à celui qui doit exécuter l'ordre (l). »

Convaincu de l'impossibilité absolue du succès et entrevoyant même le désastre auquel il s'exposait en persistant dans le projet primitif, le maréchal aurait dû rester sourd aux conseils, aux invitations, aux sommations même qu'il recevait, et persister d'une manière inébranlable dans sa décision de battre en retraite sur Mézières. « Si quelques hommes, plus dévoués à la dynastie qu'à la France, voulaient risquer de perdre l'armée sous prétexte de sauver l'empire » , il appartenait au g^énéral en chef de se retirer et de " leur laisser supporter tout le poids de leur coupable entreprise (2) » . D'ailleurs, devant une

(1) Cnrresp. {OEuvres de Sainte-Hélène — Observations sur les campagnes de 1796-1797), XXIX, 328-330. — Dans une lettre adressée au ministre de la guerre le 29 pluviôse an VII, Jourdan concluait justement : « Vous, citoyen nunistre, qui avez commandé en chef, vous penserez sans doute comme moi qu'il serait à désirer que le Gouvernement, après avoir indiqué les bases générales de la campagne et le but qu'il veut atteindre, laissât agir librement le général à qui il a accordé sa confiance. » — Cf. Bonaparte au Directoire, 25 floréal an IV (Cor/espondance de Napoléon, n" 420).

(2) A. G., lac. cit., 50.

opposition formelle du maréchal, le Conseil de régence se serait sans doute incliné. Enfin, même en se plaçant au point de vue dynastique, si Mac- Mahon avait conscience d'aller à une catastrophe, il devait pressentir en même temps que la révolution n'en éclaterait alors que plus terrible. Mieux valait donc, à tous ég^ards, n'obéir qu'aux considérations militaires et se retirer sur Paris, où l'émeute, si elle s'était produite, serait promptement réprimée (1). Malheureusement, le maréchal crut devoir céder. « Il sacrifiait ainsi l'armée à l'empereur, les intérêts du pays à ceux de la dynastie. Voilà jusqu'à quel point le régime de l'empire avait éteint, chez ceux qui le servaient, même dans les âmes les plus pures, les consciences les plus honnêtes, les notions les plus élémentaires du droit et du devoir (2) . »

Quelque périlleuse que fût l'opération dont on le chargeait, Mac-Mahon consentit à l'exécuter, partageant ainsi, avec Palikao, la res[)onsabilité du désastre (3). Si les arguments stratégiques du ministre lui en imposèrent peut-être, il ne se méprit point sur les dangers que présentait la continuation de la marche vers Metz; d'après le témoignage du général Broyé, alors son aide de

(1) Colonel Deriécagaix, Cours de l'École supérieure de Guerre.

(2) La campagne de 1870 jusqu'au i*"" septembre, par un oftieier d'état-major de l'armée du Rhin, 89.

(3) A. G., loc. cit , 50.

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