INSTRUCTIONS A DE FAILLY
répond qu'il lui est impossible d'appuyer le 5' corps (l). Siug^ulière conception de la camaraderie de combat!
Vers 2 heures de l'après-midi, le g^énéral de Failly reçoit du maréchal les instructions suivantes : « Jl est de la plus haute importance que nous traversions la Meuse le plus tôt possible. Poussez donc, dés ce soir, dans la direction de Stenay, aussi loin que vous le pourrez. Le g^énéral Douay, qui vous suit, a été invité à marcher derrière votre dernière colonne; il campera au delà de Bar. Si l'ennemi vous force à quitter momentanément la grand'route, faites-le connaître au général Douay, pour que sa tête de colonne prenne la même direction. Nous marchons sur Montmédy pour délivrer le maréchal Bazaine. Attendez-vous à rencontrer demain une vive résistance pour enlever Stenay. Faites interrog^er tous les gens qui viennent de ce côté, pour savoir si l'ennemi n'a pas fait sauter les ponts. Dans le cas où il les aurait fait sauter, faites-le-moi connaître. Je pars pour Stonne. . . (2) "
L'intention du maréchal est donc, à ce moment, de franchir la Meuse à Stenay; mais, malgré l'ordre formel qu'il a reçu, de Failly, au lieu
(1) Général de Failly, Opérations et marches du 5® corps, 40.
(2) Général de Failly, loc. cit., 29. — L'expression c déli- Trer « est employée pour la première fois par le maréchal qui, jusqu'alors, parlait d'aller « à la rencontre » de Bazaine.
de marcher droit sur Buzancy, décide de « tourner cette position « , en faisant un détour vers le nord, de regagner à Nouart la route de Stenay, et de s'établir ensuite à Beaufort et Beauclair (l). Concevoir une telle manœuvre, n'est-ce pas admettre, contre toute vraisemblance, que l'ennemi signalé vers Buzancy restera immobile? Le mouvement commencé vers 5 heures du soir, après l'arrivée de la brigade Maussion rappelée de Briquenay par Bar, ne se termine à Belval, Bois-des- Dames qu'à une heure très avancée de la nuit. Aucune distribution n'a pu être faite, la fatigue est générale, et les soldats, dont les vêtements sont trempés, se couchent dans la boue, sans pouvoir allumer de feux (2) .
Le 7^ corps, parti de Vouziers à une heure du matin, passe par Quatre-Ghamps et, constamment observé par les patrouilles de cavalerie ennemie, vient camper à BouIt-aux-Bois, Belleville et Quatre-Ghamps (3). " En définitive, dit un témoin, c'est une mauvaise journée pour notre armée que celle du 28 août. Elle n'a point livré de combat, pas éprouvé de pertes, et cependant un grand malaise plane sur elle; chacun a le cœur serré, l'âme remplie d'appréhensions. On a comme le pressentiment que l'ennemi aura mis à profit nos
(1) Journal de marche du 5* corps (Glémeur).
(2) Ibid., Rapport du général Nicolas.
(3) Prince Bibesco, loc. cit., 77-78.