‹ 1870 - SedanChapitre 95 sur 177 · MARCHE DE NUIT DU ^' CORPS · texte numérisé non relu

MARCHE DE NUIT DU ^' CORPS

L'infanterie et l'artillerie s'ébranlent à 7 heures sous la protection de la brig^ade Nicolas et de la division L'Abadie. Elles suivent deux itinéraires différents jusqu'à la Forgée : par les fermes Harbeaumont et des Pèches, d'une part; par un chemin forestier à Touest du Grand-Étang, d'autre part. Les dernières unités de la division L'Abadie ne peuvent se mettre en marche qu'à minuit. A La Forge, les deux itinéraires se réunissent, ce qui détermine un encombrement d'autant plus grand qu'à partir de ce point le chemin est étroit, difficile et détrempé.

Un officier de l'état-majof du 5*" corps a retracé cette retraite : u Les troupes, épuisées par les marches précédentes et le combat du 29, n'ayant eu d'ailleurs, pas plus que les autres jours, de distributions régulières, tombent de fatigue et de sommeil. Les hommes, profitant de l'épaisseur des ténèbres, s'affaissent, en marchant, sur euxmêmes et se couchent en travers du chemin sans souci d'arrêter la colonne, qui s'allonge indéfiniment, n'avance qu'avec une extrême lenteur et doit souvent stationner des demi-heures entières. C'est ainsi que se fit, à travers mille difficultés, cette marche de nuit qui dura de six à sept heures pour parcourir à peine dix à douze kilomètres (1). »

A 3 heures du matin seulement, le corps

(1) Journal de marche du 5* corps (Piépape).

d'armée arrive à Beaumont ; l'arrière-garde, commandée par le général de L'Abadie, n'établit son camp, au nord-ouest du bourg, que vers 5 heures; le 14® bataillon de chasseurs, dernier élément de la colonne, à 7 heures du matin seulement (1). La route est semée de nombreux traînards, les forces de tous sont à bout, les officiers parviennent à grand'peine à se faire obéir. « Un état d'engourdissement général s'est emparé du corps d'armée. L'homme a donné tout ce qu'il avait de forces : inutile de lui en demander davantage (2). »

Malgré tout, on établit quelques grand'gardes ou plutôt des postes de police très rapprochés des camps, suivant les habitudes de l'époque, mais toute la cavalerie est bivouaquée aux côtés de l'infanterie, sans qu'une patrouille soit restée au contact de l'ennemi que l'on sait en forces à courte distance. C'est dans cette situation tactique déplorable, et dans ces conditions de dépression physique et morale que nos troupes vont être surprises.

(1) Note adressée à la Section historique, le 10 janvier 1901, par le général Edon.

(2) Journal de marche du 5* corps (Glémeur).

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