I,ES OPÉRATIONS MILITAIRES DU 10 AVRIL AU 22 MAI
Après avoir défendu Paris contre les Allemands, Composiil fallait maintenant le reprendre à la Commune. Avec tion des une activité très grande et une inlassable opiniâtreté, armées M. Thiers avait préparé des ressources, accumulé les françaises' moyens matériels, formé des régiments et des corps d'armée. Dès le commencement d'avril, il disposait de plus de 60 000 hommes abondamment pourvus de tout. Quelques jours plus tard, grâce à la rentrée des prisonniers d'Allemagne (1), il pouvait mettre sur pied un ensemble de forces redoutables. Il en donna le commandement au maréchal de Mac-Mahon.
I/ancien commandant en chef de l'armée de Châlons s'était retiré à Saint-Germain et allait de là voir assez fréquemment le chef du pouvoir exécutif, à Versailles. Celui-ci avait d'abord trouvé chez le maréchal une certaine résistance ; mais qui ne persista pas. I^e
(1) Comme leur transport par voies ferrées aurait été trop long, on les amena pour la plus grande partie par mer, à Brest et à Cherbourg. En même temps, les deux ports faisaient expédier à Versailles un matériel de grosses pièces avec des approvisionnements très complets.
6 avril, il signait un décret, organisant deux armées, Tune composée de trois corps et dénommée armée de Versailles, sous les ordres du duc de Magenta, l'autre, dite armée de réserve, sous les ordres du général Vinoy. Leur composition était la suivante (i) :
Les I er et II e corps de l'armée de Versailles, ainsi que l'armée de réserve, comptaient chacun trois divisions d'infanterie et une brigade de cavalerie légère ; deux batteries d'artillerie et une compagnie du génie étaient attachées à chaque division ; deux batteries à balles (mitrailleuses) et deux batteries de 12 formaient la réserve d'artillerie de chacun de ces corps.
Le III e corps, entièrement composé de cavalerie, comprenait trois divisions, à chacune desquelles était attachée une batterie à cheval.
La réserve générale de l'armée comprenait dix batteries et deux compagnies du génie (2).
Après l'arrivée des prisonniers d'Allemagne, c'està-dire le 23 avril, l'armée de Versailles fut portée à cinq corps.
Les changements et permutations consécutifs à cette organisation nouvelle commencèrent aussitôt et s'effectuèrent régulièrement, encore qu'avec une certaine lenteur. Mais ils n'interrompirent point la
(1) Voir les ordres de bataille aux pièces justificatives. — I*e général Vinoy était en même temps nommé grand-chancelier de la Iyégion d'honneur.
(2) Maréchal de Mac-Mahon, duc de Magenta, V Armée de Versait' les, rapport officiel, Paris, A. Ghio, 1872, p. z.
lutte déjà engagée. I^e 10, pendant la nuit, la division de Maud'huy attaqua le château de Bécon, entre Courbevoie et Asnières, et subit même un léger échec, dont, heureusement, les insurgés ne profitèrent pas. Car, bien qu'ils fussent commandés par un homme d'énergie et de vigueur, Dombrowski (1), ils n'étaient pas assez rompus aux choses de la guerre pour savoir exploiter les avantages de détail. De celui-ci, Paris n'eut même pas connaissance, et quand Dombrowski demanda à la Commune des renforts pour le poursuivre, on lui envoya seulement quelques compagnies, dont l'effectif, ajouté à celui dont il disposait déjà, était encore insuffisant pour tenir solidement l'énorme étendue de terrain qu'il occupait (2).
Entre temps, le maréchal avait pris ses premières dispositions (3). I^e point d'attaque choisi étant le Point-du-Jour, qui forme en avant de l'enceinte du sud le seul saillant abordable, force était au préalable de faire tomber le fort d'Issy, qui le commandait. En conséquence, le II e corps (général de Cissey)
(1) « Iye Polonais Dombrowski, a écrit le général Vinoy, contrariait nos travailleurs par d'incessantes alertes qui nous rendirent la place très pénible à tenir. » (L'Armistice et la Commune, p. 284.)
(2) D'après I4ssagaray, il n'y aurait pas eu plus de 2500 hommes pour tenir Neuilly, Asnières et la presqu'île de Gennevilliers. C'était assurément fort peu.
(3) Vannée de réserve était, aux termes du décret du 6, chargée « de garder le lieu où siégeaient l'Assemblée nationale et le Gouvernement, et de veiller à leur sûreté ». Elle continua néanmoins à tenir, en avant, les points qu'elle occupait déjà et qui ont été indiqués au chapitre précédent.
eut ordre de s'avancer en cheminant vers l'ouvrage, tandis que le I er corps (général de Ladmirault) s'emparerait de toute la rive gauche de la Seine, jusqu'à Asnières, et s'y établirait fortement. Sa 2 e division (de MaudTiuy) (i), déjà installée à Courbevoie et à la tête du pont de Neuilly, restait en place momentanément. Mais on établissait, tous les quatre jours, une relève entre elle et les deux autres divisions du corps, installées respectivement à Rueil et Nanterre (division Montaudon) et au camp de Villeneuvel'Étang (division Grenier). Quant au III e corps (général du Barail), il était chargé de couvrir l'armée à Juvisy, Longjumeau, Palaiseau et Verrières, avec des avant-postes à Choisy-le-Roï.
Ouverture Le 12, dès le matin, le II e corps ouvrait la tranchée de la sur le plateau de Châtillon, et amorçait la construction
tranchée* d e ses batteries, tandis que, sur les hauteurs de Montretout, était élevé un formidable épaulement, destiné à recevoir des pièces de gros calibre pour le bombardement des remparts. En même temps, la brigade de cavalerie Charlemagne coupait, à Juvisy, la voie ferrée et le télégraphe, interceptant ainsi les communications de la capitale, au moins partiellement.
Du côté du I er corps, qui s'était un peu étalé vers le nord-ouest, le 36 e de marche enlevait, le 17, le châ-
(1) Cette division venait de l'armée de réserve.
teatt de Bécon, puis, le lendemain, la gare d'Asnières. Le régiment de gendarmerie, aidé d'un bataillon du 72 e , occupait Bois-Colombes, et ainsi les fédérés se trouvaient refoulés définitivement sur la rive droite de la Seine. On ne cherchait rien de plus pour le moment, puisque, dans ces parages, il s'agissait seulement d'empêcher tout mouvement offensif de l'adversaire. On se borna seulement à occuper, dans Neuilly, quelques îlots de maisons qu'il fallait tenir pour la sûreté. Et, jusqu'à l'entrée dans Paris, tout se réduisit là à des escarmouches.
Quelles étaient maintenant les forces globales dont Les forces pouvaient disposer les généraux insurrectionnels ? I^ur &* la évaluation exacte est fort difficile à faire, pour ne pas Commune dire impossible, car les états d'effectifs fournis à la Commune étaient généralement aussi amplifiés qu'étaient hypothétiques les récits de victoire dont elle-même inondait son Journal officiel. Depuis que Cluseret avait partagé la Garde nationale en deux fractions, l'active et la sédentaire, on accusait pour la première 96 000 hommes avec 4000 officiers; pour la seconde 100 000 hommes et 3 500 officiers. Si l'on ajoute à cela les trente-six corps francs aux dénominations flamboyantes ou burlesques qui pouvaient prendre part, d'une façon plus ou moins sérieuse et efficace, aux opérations, et qui, nominalement, comptaient 3 450 hommes, on f arrive à un total de
plus de 200 000 combattants. Mais des historiens de la Commune, qui sont restés fidèles à ses idées, sinon admirateurs de tous ses actes, déclarent très nettement que, de cette armée, les délégués à la Guerre successifs ne purent pas envoyer au feu plus du cinquième au maximum, ni mettre en ligne plus de deux cents pièces de canon, sur les onze cents que renfermait Paris (1). De cavalerie et de génie, il n'en existait pas. Par contre, on utilisa quelques locomotives ou wagons blindés sur le chemin de fer de Versailles, entre les Batignolles et Clichy, et aussi les canonnières du siège, qui, embossées sous le viaduc du Point-du-Jour, répondirent tant bien que mal au feu des hauteurs de Meudon et de Bellevue. Cette flottille était aux ordres d'un certain Durassier. : Quant aux forts, encore très mal en point des suites de premier siège et fort sommairement réparés, ils étaient assez bien armés, et occupés par des garnisons suffisantes. On les avait partagés en deux secteurs, confiés l'un (fort d'Issy et de Vanves) à l'Italien La Cecilia, ancien officier de francs-tireurs à l'armée de la Loire, lequel avait remplacé Eudes, rappelé en arrière (2) ; l'autre, au Polonais Wroblewski, dont le commandement s'étendait sur les forts de Montrouge, de Bicêtre et d'Ivry. Mais le service était en général
(1) Ijssagaray, Da Costa, passim.
(2) I«e commandement direct des forts appartenait à un certain Wetzel.
assez mal réparti et la relève des troupes fort irrégulière. De là, un parfait désordre que le président de la Cour martiale, un jeune officier venu de l'armée régulière, et dont il sera question plus loin, Rossel, voulut réprimer par des exemples sévères. La Commune l'en ayant empêché, il se retira, pour se renfermer dans ses fonctions de chef d'état-major du délégué à la Guerre (1), et l'indiscipline persista, ainsi que le désordre d'une administration où le gaspillage, l'incompétence et souvent aussi la malhonnêteté étaient de la monnaie courante. Il faut lire à ce sujet les doléances des anciens membres du gouvernement insurrectionnel sur l'anarchie partout régnante, et leurs vitupérations acerbes contre tous ces délégués ou fonctionnaires, que cependant ils avaient choisis eux-mêmes, pour se rendre un compte exact de l'incohérence universelle, de l'ineptie générale et de l'invraisemblable gâchis qui s'ensuivait. C'est à se demander vraiment comment, au milieu de ce chaos, il a été possible de soutenir une résistance de deux longs mois, qui, sans l'extrême abondance des munitions de toutes sortes, n'aurait sans doute pas duré huit jours.
Cependant, le corps de Cissey poursuivait ses Opération
du siège.
(1) Il fut remplacé à la Cour martiale par un nommé Gois, colonel de la Commune, qui commanda plus tard le détachement des massacreurs de la rue Hazo.
cheminements, appuyés sur une première parallèle allant de Clamart à Châtillon. Il construisait des batteries sur les hauteurs en arrière, jusqu'à Bellevue, et le 20, enlevait Bagneux aux insurgés. Le 25, le feu d'artillerie était ouvert à la fois sur le fort d'Issy, par cinq batteries (1) et sur celui de Vanves par une (2). Mais ces ouvrages, appuyés par l'enceinte, répondaient assez vigoureusement pour qu'on dût renoncer à l'espoir de les réduire au moyen d'un simple coup de force. Ordre fut alors donné de s'emparer du village des Moulineaux et de s'y établir fortement. Le 26 au soir, l'opération était brillamment exécutée par des troupes de la division Paron (35 e et 110 e ) , et son succès complet permettait d'ouvrir en avant du village mis en état de défense un deuxième parallèle, qui n'était plus qu'à 300 mètres du fort d'Issy. Trois jours après, une colonne formée avec des éléments fournis par les brigades Derroja, Berthe et Paturel, chassait les fédérés des positions fortifiées qu'ils occupaient dans le cimetière et le parc d'Issy, y faisait nombre de prisonniers et capturait huit pièces, tandis que, plus à droite, deux compagnies du 70 e de marche occupaient, à 500 mètres en avant du fort de Vanves, une ferme où elles prenaient 75 insurgés. Les deux ouvrages étaient, d'ores et déjà, sinon complètement enveloppés, du moins menacés de plu-
(1) Breteuil, Brimborion, Meudon, Châtillon et Moulin-de-Pierre.
(2) 1 Cntre Bagneux et Châtillon.
sieurs côtés à la fois, et serrés de si près que leur chute pouvait être envisagée comme imminente. A Paris, personne ne s'y trompa, et, comme il faut toujours au peuple déçu un bouc émissaire, ce fut contre Cluseret que la colère universelle se déchaîna.
Il avait cependant essayé de faire tout son possible ciuseret pour donner un peu de cohésion et de vigueur aux destitué e troupes incohérentes que lui fournissait l'insurrection, arrêté. Mais, outre qu'il n'avait que médiocrement réussi dans cette tâche, et qu'en tout état de cause il n'était pas parvenu à mobiliser un assez grand nombre de bataillons, ses allures cassantes et hautaines lui avaient aliéné les sympathies de la Commission executive, et sa subordination forcée au Comité Central, qui, pour lors, trônait au Ministère de la Guerre même, n'était point faite pour lui faire retrouver son premier prestige. On voulait se débarrasser de lui, et on choisit pour prétexte l'abandon momentané du fort d'Issy, que sa garnison, placée sous les ordres de Mégy, avait quitté le 29 avril, pour y rentrer d'ailleurs presque aussitôt. Iye I er mai, le Journal officiel publiait un arrêté de la Commission, nommant provisoirement le citoyen Rossel aux fonctions de délégué à la Guerre (1), puis, tout de suite, les deux notes que
(1) I/arrêté était signé : J. Andrieu, Paschal Grousset, Ed. Vaillant, Cournet, Jourde. I«e nom de Detescluze, membre de la Commission militaire, n'y figure pas.
voici : « Le citoyen Cluseret est révoqué de ses fonctions de délégué à la Guerre. Son arrestation, ordonnée par la Commission executive, est approuvée par la Commune. » — « Il a été pourvu a*i remplacement provisoire du citoyen Cluseret. I^t Commune prend toutes les mesures de sûreté nécessaires. »Et le lendemain, une troisième note exposa ue l'arrestation du délégué était due à « son in* .ie et à sa négligence, qui avaient failli compromettre la possession du fort (i) ». C'en était fini de ce personnage remuant, rodomont, plein de lui-même, et qui, pour avoir guerrové à la diable au hasard des aventures, se croyait i valeur militaire, quand il n'avait qu'un immense *ueil.
.sr Les Entoe temps, l'intervention de deux éléments nou-
fetnmes et veaux, et assez inattendus, les femmes et les francsles francs- maçons, avait donné à la Commune un encourage- {maçons. men t dont elle paraissait fière autant que satisfaite. Il y avait dans Paris quelques viragos, dont les nerfs surexcités se tendaient au tumulte de la rue, et que brûlait un tempérament d'androgyne. Certaines d'entre elles demandaient des armes, et, nouvelles amazones, s'offraient à combattre en personne. D'autres rédigeaient des épîtres embrasées et des affiches incendiaires, ou encore, comme une certaine Andrée I/éo,
(i) En arrivant dans sa cellule de Mazas, Bergeret avait écrit sur le mur : « Cluseret, je t'attends dans dix jours. > Il ne se trompait pas.
LA COMMUNE A PARIS ETjEN PROVINCE. 143
sommaient le délégué à la Guerre de ne point dédaigner « la sainte fièvre qui brûlait le cœur des femmes ». Elles étaient rares celles qui, à l'exemple de Louise Michel, bornaient leur besoin d'action aux soins à porter aux blessés, et leur propagande à des encouragements individuels. Lors de la suspension d'armes de huit heures p ^j^sentie d'un commuu accord le 25 avril, pour pen^Jtre l'évacuation par ses habitants de la ville de Neuilly, devenue absolument intenable, on en vit qui, sous prétexte de porter des secours, cherchaient à débaucher les soldats, et il fallut en arrêter quelques-unes. Nous en retrouverons d'autres, au cours de ce récit, qui se signalèrent paaiieur ardeur furieuse et formèrent même des bataillons (gi& battants ou bien finirent, dans le grand catacly m. de la semaine de mai, une torche enduite de pétrole à la main.
Quant aux francs-maçons, ils avaient commencé par prendre l'attitude de conciliateurs et par prêcher la paix aux belligérants, qui, occupés à d'autres besognes, ne les écoutaient que d'une oreille assez distraite. Bientôt lassés de ce rôle ingrat, ils entendirent en jouer une autre plus effectif, afin surtout de montrer qu'ils existaient, et, rebutés du côté de Versailles, ils allèrent drbit à la Commune, qui naturellement les accueillit à bras ouverts, le 26, l'assemblée insurrectionnelle était occupée, dans le tumulte qui lui était maintenant habituel, à discuter sur le sort
des otages, que d'aucuns déjà voulaient fusiller, quand on lui annonça une délégation du Grand- Orient, conduite par le peintre sur porcelaine Ranvier. Il portait une bannière adornée du triangle symbolique et venait proposer de la planter sur le rempart pour méduser les Versaillais. Cette solution inattendue du conflit aurait dû prêter à rire. Elle fut accueillie, au contraire, avec le plus grand sérieux par la Commune, qui descendit tout entière dans la cour d'honneur pour recevoir les délégués. Alors « l'orateur » sortit du rang. Il s'appelait Thirifocq, comme pour ajouter au comique déjà si savoureux de cette affaire, et il déclarait que ses « frères » étaient prêts, si une seule balle les touchait dans l'accomplissement de la mission qu'ils se donnaient, à « marcher d'un même élan contre l'ennemi commun ».
Cette déclaration, faite d'une voix qui se forçait pour paraître assurée, suscita le plus bel enthousiasme. On fraternisa, on s'embrassa, comme aux grands jours. I<e citoyen Vallès retira son écharpe rouge pour en cravater la bannière. Puis la délégation fut reconduite en triomphe jusqu'au Temple de la rue Cadet.
Tous les F. *** cependant n'étaient point partisans de cette démonstration compromettante. Il y avait parmi eux nombre de braves gens, entrés dans les Loges par genre ou par esprit d'imitation, qui ne se souciaient guère de prendre ainsi ostensiblement parti.
Ils aimaient les palabres arcaniques des convents et leurs cérémonies pseudo-médiévales ; les distinctions dont ils se paraient dans l'ombre, à défaut d'autres plus éclatantes, flattaient leur médiocrité. Mais ils ne se sentaient aucun goût pour le sacrifice ou le martyre, et ils protestèrent aussitôt, dans des affiches effarées, contre les manifestations dangereuses auxquelles on les conviait malgré eux. C'était trop tard. Les forcenés de l'Hôtel de Ville avaient maintenant les yeux fixés sur la rue Cadet, où ils croyaient trouver des alliés, qui se faisaient de plus en plus rares. Et, si les F*** s'étaient maintenant dérobés, ils eussent risqué de devenir sans transition des otages. Dès lors, le courant, d'abord assez circonscrit, entraîna tout le monde, ou à peu près.
]> 29 au matin, une troupe de francs-maçons, conduite par six membres de la Commune, se dirigeait vers l'Hôtel de Ville. Des musiques la précédaient, et un certain nombre de femmes, qui portaient aussi le tablier à équerre, la suivaient. Accueillie par Félix Pyat, toujours emphatique et grandiloquent, et par le vieux Beslay, qui larmoyait en se grisant de phrases magnanimes, elle reçut un drapeau rouge, puis rétrograda vers les Champs-Elysées, sous la conduite de l'inévitable citoyen Thirifocq. Mais, au rond-point, elle commença à recevoir des obus et dut se déverser dans les rues latérales. Quand elle arriva à la porte Maillot, elle était fort diminuée. Cependant quelques
« vénérables », qui avaient tenu bon, plantèrent sur le rempart leurs bannières, en ayant soin toutefois de placer, bien en vue, le drapeau blanc, signal de parlementaire, qui amena la cessation du feu. C'était évidemment le plus sûr moyen de ne point recevoir les balles qui devaient, suivant la parole donnée, faire d'eux des soldats de la Commune. H devenait manifeste, en tout cas, qu'ils préféraient les pourparlers aux dangers du combat.
Ceux-ci écartés, les plus résolus parmi les manifestants demandèrent à être conduits à Versailles, et on le leur accorda. Mais M. Thiers, s'il consentit à les recevoir, leur fit en même temps comprendre qu'il ne pouvait rien pour eux, et ils durent s'en retourner, assez déconfits, n'ayant réussi qu'à faire trouer les bannières qu'ils avaient laissées au rempart. Alors, pour cacher leur déconvenue, ils organisèrent, aussitôt après leur retour au Temple, une parade monstre, au cours de laquelle les Versaillais furent traités comme il convenait, et qui se termina par cette décision unanime, que chacun irait au feu avec ses insignes. Ardeur toute platonique d'ailleurs, et tôt tempérée par les fâcheuses nouvelles qui arrivaient des forts, tout près de tomber entre les mains de l'armée régulière.
C'était le moment où la Commune, en proie aux dissensions intestines les plus violentes et à des rivalités de personnes qui éclataient à chacune de ses séances,
commençait à se désagréger. Depuis la constitution du Comité de salut public, l'assemblée insurrectionnelle s'était scindée en deux, après échanges de propos fort aigres et d'épithètes malsonnantes à souhait. Iya minorité, assez considérable, était bruyante, aigre et obstructionniste suffisamment pour empêcher la conclusion des innombrables affaires dont on s'occupait. La partie semblait donc d'ores et déjà compromise, et l'instant mal choisi pour s'exposer aux coups. Iyes francs-maçons, subitement calmés et guéris de leur fièvre belliqueuse, rengainèrent donc leurs oripeaux, bouclèrent hermétiquement les portes de la rue Cadet, et s'en tinrent prudemment à des déclarations sans conséquences. Ils firent connaître que, désormais, ils allaient opposer au canon des Versaillais « une immense quantité de signatures ». C'était évidemment moins dangereux que de leur présenter des poitrines, mais c'était aussi, de beaucoup, moins expédient.
Ainsi finit cette comédie, qui eût été assez anodine, en somme, sans les suites qu'elle entraîna. Ayant de la sorte débuté dans la politique, encore que par une mascarade assez ridicule, les IyOges s'y installèrent peu à peu et finirent par en faire leur domaine. Il est clair que cette promenade à travers les barricades, au son d'une musique rituelle et sous des oriflammes aux couleurs bariolées, était beaucoup plus inoffensive que les menées ténébreuses qui s'ourdissent aujour-
d'hui dans le Temple et surtout que la main mise par ses adeptes sur presque tous les organes constitutifs de notre pays.
Rossel dé- C'est à ce moment que Rossel prit possession du
légué à la ministère de la Guerre. Il offrait, avec son prédé-
Guerre. cesseur, un contraste frappant.
Le Comité C'était un capitaine du génie, à peine âgé de vingtdé? Salut se ^ ans ^ ^j^ connu p ar j a tentative de révolte
P u %c * qu'il avait esquissée dans les derniers jours du blocus de Metz, pour provoquer la déposition de Bazaine, et à la suite de laquelle il avait été incarcéré au fort de Plappeville jusqu'après la capitulation. On lui reconnaissait du mérite et de la science. Même ses écarts semblaient indiquer du caractère. Mais ses allures sèches et fermées ne lui conciliaient point les sympathies dès l'abord, et ses idées ultra-révolutionnaires le faisaient tenir un peu à l'écart par ses camarades, peu férus en général de socialisme outrancier. Poussé d'abord par une sorte d'hyperesthésie patriotique, exaspérée par les agitations de son âme inquiète et les conseils d'une ambition qui, pour ne point se déclarer ouvertement, n'en était pas moins impérieuse et violente, il se laissa aller à des actes impulsifs, désordonnés, et la plupart inexcusables, qui le condui-
(i) Rossel était né en 1844, à Saint-Brieuc. IL sortit de l'École polytechnique en 1864, et de l'École d'application de Metz, en 1866, avec le numéro 2.
sirent à une fin tragique. Cependant, parce qu'il était jeune et que ses fautes ne relevaient point, comme chez certains autres, de sentiments ignobles et bas, sa mémoire bénéficie encore d'un intérêt assez général. Il convient de montrer, sans passion comme sans réticences, ce que fut cette existence si brève et cependant si agitée. On jugera peut-être alors que, si les erreurs de Rossel ne sont point absolument indignes de pitié, il n'en va pas de même pour certains de ses actes, lesquels ne pouvaient se racheter que par l'expiation. Après la chute de Metz, il était allé se présenter à Gambetta, qui l'avait nommé colonel et directeur du génie au camp de Nevers. I*e 20 mars, le général le Flô, ministre de la Guerre, recevait de lui cette lettre, faite assurément pour étonner : « Monsieur le Ministre, j'ai l'honneur de vous informer que je me rends à Paris pour me mettre à la disposition des forces gouvernementales qui peuvent y être constituées. Instruit par une dépêche de Versailles, rendue publique aujourd'hui, qu'il y a deux partis en lutte dans ce pays, je me rends sans hésitation du côté de celui qui n'a pas signé la paix et qui ne compte pas dans ses rangs de généraux coupables de capitulation. » Ce ton cavalier visait manifestement à l'outrage. Il n'était, au fond, que l'expression d'une irritation sourde, causée par la perspective de perdre bientôt les avantages d'un avancement très rapide, et d'ailleurs insuffisamment justifié.
i$o tari
Rossel vint donc offrir ses services à la Commune, qui fit de lui le chef d'état-major de Cluseret et le président de la Cour martiale, fonctions dans lesquelles il déploya une sévérité parfois féroce et qu'il fallut tout de suite tempérer par d'éclatants désaveux. Il fut même un moment arrêté, mais redevint vite à la mode, car « son attitude consulaire ne déplaisait pas au public écœuré de l'avachissement de Cluseret (i) ». Il se mit alors en coquetterie réglée avec le Comité central, et même s'en servit pour se débarrasser de son chef (2). Le 30 avril, il inaugurait ses nouvelles fonctions en ordonnant la construction d'une deuxième enceinte en arrière des fortifications, ce qui n'était pas, au point de vue communaliste, une idée mauvaise, en raison de l'éventualité déjà imminente d'une lutte dans les rues de Paris. Mais il eut l'inspiration assez fâcheuse d'en confier l'exécution au ctoyen Gaillard père, un cordonnier beau parleur, qui s'acquitta très imparfaitement de sa tâche. Et cela fut heureux pour l'armée de l'ordre, qui, si le plan du délégué à la Guerre avait été réalisé dans son entier, aurait dû sans doute ajouter aux pertes qu'elle subit pour se rendre maîtresse de la capitale d'autres sacrifices beaucoup plus considérables et sanglants.
Sur ces entrefaites, la Commune avait décidé la
(i) IyISSAGARAY, p. 232.
(2) Da Costa, t. II, p. 175.
création d'un nouvel instrument d'oppression. Déjà, le 20 avril, elle avait supprimé sa Commission executive, qui n'était bonne à rien, pour la remplacer par une autre, composée des délégués aux différents ministères ; et celle-ci n'avait pas fait mieux que celle à laquelle elle succédait. Le 28 avril, le citoyen Miot, une vieille barbe de 1848, féru des grands souvenirs révolutionnaires, demanda « sans phrases » l'institution d'un Comité de Salut public, capable de « faire tomber la tête des traîtres ». On ne l'écouta pas tout d'abord, mais, le I er mai, après la panique d'Issy, on revint à son projet, malgré que Tridon déclarât qu'il « n'aimait pas les défroques inutiles et ridicules », et que d'autres aient marqué une opposition qui préludait à de plus graves dissentiments. Dès lors, les séances devinrent houleuses et discordantes. Les membres de l'assemblée insurrectionnelle en arrivèrent à se gourmer et à se jeter à la tête les accusations les plus infamantes. C'était le désordre, père de la déroute (1). Et, au milieu du tumulte, Rossel, à peine installé, essayait de se tenir en équilibre, entre le Comité central, qui déjà le voyait d'un mauvais œil pour ses allures autocratiques, et la Commune, qui perdait la tête et ne savait plus ce qu'elle faisait.
Il eut, le I er mai, une idée vraiment extraordinaire. Le colonel Leperche, major de tranchée, venait de
(i) I,IS3AGARAY, p. 255.
sommer le commandant du fort d'Issy d'avoir à se rendre, lui et tout son personnel. Sa lettre, datée du 30 avril, contenait les passages suivants :
« Un délai d'un quart d'heure est accordé pour répondre à la présente sommation.
«Si le commandant des forces insurgées déclare, par écrit, en son nom et au nom de la garnison tout entière du fort d'Issy, qu'il se soumet, lui et les siens, à la présente sommation, sans autre condition que d'obtenir la vie sauve et la liberté, moins l'autorisation de résider dans Paris, cette faveur sera accordée.
« Faute par lui de répondre dans le délai indiqué plus haut, toute la garnison sera passée par les armes. »
Il n'y avait rien, dans ce document, qui choquât la procédure parlementaire militaire. I^a menace qu'il contenait était de forme dans toutes les sommations du même genre adressées autrefois aux places assiégées, sans pour cela avoir entraîné toujours une exécution obligatoire, et on la comprenait d'autant mieux dans celle-ci qu'elle s'adressait à des gens insurgés contre le gouvernement légal. Mégy, qui commandait à Issy, l'envoya au délégué à la Guerre, lequel y répondit sur-le-champ :
« Mon cher Camarade,
« I^a prochaine fois que vous vous permettrez de nous envoyer une sommation aussi insolente que votre lettre
h A COMMUNE JA PARIS ET EN; PROVINCE. 153
autographe d'hier, je ferai fusiller votre parlementaire conformément aux usages de la guerre.
« Votre dévoué camarade, « ROSSEI,, « Délégué de la Commune de Paris. »
Les usages de la guerre, c'est évidemment lui qui les ignorait, ou ne voulait pas s'en souvenir. Il débutait ainsi .par une fanfaronnade de mauvais goût, qui, même à Paris, ne fut pas appréciée par tout le monde. « Cette désinvolture sentait le condottiere », écrit Lissagaray. Elle n'aplanit point en tout cas les difficultés qui déjà commençaient à assaillir Rossel. Comme il essayait de mettre un peu d'ordre dans l'administration à laquelle il présidait, et qui était, au dire d'un membre de la Commune lui-même, Billioray, « l'organisation de la désorganisation », il se heurta immédiatement à des oppositions farouches. Ses projets sur la Garde nationale, qu'il voulait réformer et mieux amalgamer en la formant en régiments dont lui-même aurait nommé les colonels, au lieu et place des légions soumises à l'influence des comités locaux et élisant leurs chefs ; sa menace de faire canonner les fuyards, la décision qu'il prit de ne désigner les officiers d'état-major qu'après examens (1),
(1) « Attendu, disait l'arrêté, que les connaissances et les aptitudes militaires sont très peu répandues dans la Garde nationale, l'examen actuel portera principalement sur les aptitudes intellectuelles et
tout cela le rendait suspect aux soldats de l'insurrection, peu faits pour s'accommoder d'une autorité aussi rigoureuse. Ils se plaignirent au Comité central, puis à la Commune, laquelle demanda des explications. Celles-ci ayant été jugées suffisantes, ou du moins n'ayant point entraîné de sanctions, le conflit monta du coup, entre les deux assemblées, à l'état aigre. Commune et Comité se chamaillaient par-dessus la tête du délégué à la Guerre et celui-ci, de son côté, continuait à se lamenter sur l'incapacité des auxiliaires qu'il était obligé de conserver.
Il avait bien partagé le commandement extérieur entre Dombrowski, toujours à Neuilly, Wrobleski, un ancien combattant de l'insurrection de 1862, qui avait sous ses ordres les forces de l'aile gauche, enfin La Cecilia, à qui étaient confiées celles du centre, en première ligne. Il avait également confiné les deux fantoches Eudes et Bergeret dans le commandement de deux brigades de réserve, dont les quartiers généraux étaient respectivement installés à la Légion d'Honneur et au Palais Bourbon. Il pouvait compter encore sur quelques officiers qui, tel Okolowitz, également Polonais, présentaient de certaines garanties. Mais les chefs de légion étaient déplorables. On y voyait des marchands
la valeur morale et politique du candidat. » Et il ne pouvait guère en être autrement, le président du jury d'examen étant le citoyen Arnold, membre de la Commune et du Comité central, mais architecte de son état.
de vins, un ancien acteur, I/isbonne, des peintres comme Ranvier, des professeurs comme Jaclard. Aucun de ces hommes n'était capable de rien diriger, pas même de se faire obéir. Et, pour brocher sur le tout, le Comité central, sur qui Rossel s'était d'abord appuyé, commençait à lui mettre des bâtons dans les roues.
En vain essaya-t-il, le 5 mai, de faire contre mauvaise fortune bon cœur et de consacrer lui-même ce qu'il ne pouvait empêcher, en donnant officiellement au Comité la direction des services administratifs, que celui-ci avait d'ailleurs usurpée déjà. C'était, disait l'arrêté, afin « d'employer de la façon la plus efficace, non seulement sa bonne volonté, mais sa haute autorité révolutionnaire ». I^e Comité de Salut public riposta immédiatement par un autre arrêté qui scindait en deux la délégation à la Guerre. I/initiative et la direction des opérations militaires restaient bien confiées à Rossel, mais, quant au Comité central, il passait «sous le contrôle direct de la Commission militaire de la Commune ». Puis, quelques jours plus tard, on nommait, à l'instar de la Convention, des délégués civils pour surveiller les militaires : le citoyen Moreau, à la Guerre, le cordonnier Dereure auprès de Dombrowski. Et tout cela ne fit qu'augmenter le gâchis, parce que, dans ce conflit d'attributions contradictoires, on ne savait plus à qui revenait la direction ni le commandement.
Rossel cependant luttait de son mieux et en venait
maintenant à des mesures sévères, qui ressemblaient à des représailles- Il destituait des officiers qui s'étaient adressés, sans passer par lui, au Comité ou à la Commission militaire. Il imaginait de faire distribuer des cartes d'identité, délivrées à qui de droit par les comités de quartier, et constatant que le détenteur appartenait à un bataillon fédéré, innovation qui souleva contre lui une pluie de récriminations haineuses. Il lançait des décisions furibondes, interdisant d'interrompre le feu pendant le combat, « même si l'ennemi levait la crosse en l'air ou arborait le drapeau parlementaire », interdisant également, et sous peine de mort, « de le continuer quand l'ordre aurait été donné de le cesser, et de se porter en avant lorsqu'il aurait été prescrit de s'arrêter ». Mais tout cela ne faisait pas que le régime anarchique créé par la multiplication et l'imprécision de pouvoirs innombrables ne continuât à paralyser tous ses efforts.
Mégy s'était montré à Issy parfaitement insuffisant, le meurtre d'un agent de police ne conférant point de capacités militaires. Rossel le destitua et le remplaça par un certain I^arroque, puis par Eudes, tandis que le Comité central choisissait de son côté Wrobleski. Eudes, tout occupé à trôner en pacha dans le palais de la Région d'Honneur, ne s'occupa de rien. Quant à Wrobleski, tout aussitôt chassé par le délégué à la Guerre, c'est à peine s'il parut. Rossel, qui était furieux de son impuissance et des résistances qu'il ren-
contrait, se mit alors à conspirer (i).En compagnie d'un certain Gérardin, jeune homme de son âge, des généraux Dombrowski et Wrobleski, et d'un nommé Aminthe Dupont, il essaya de préparer un coup d'État pour jeter bas la Commune, et s'en ouvrit même à Raoul Rigault. Mais si celui-ci acceptait volontiers l'idée « de se débarrasser des bavards », c'était à la condition que le futur dictateur serait Blanqui, qu'on cherchait à ce moment à faire évader, et non pas Rossel.
L'affaire était donc manquée. D'ailleurs, le fort d'Issy venait de succomber, comme on le verra tout à l'heure. 1& délégué à la Guerre fit annoncer ce fâcheux événement dans une dépêche laconique, qu'on afficha partout, sans doute pour montrer au peuple les résultats produits par la confusion qui régnait dans le gouvernement accepté ou subi par lui (2). Quelques instants plus tard, il écrivait à la Commune une lettre découragée, par laquelle il donnait sa démission. C'était un long réquisitoire dressé contre le pouvoir insurrectionnel, « où, disait-il, tout le monde délibère et personne n'obéit ». Il rappelait toutes les
(1) Il était allé deux ou trois fois en personne au fort et avait demandé à la Commune de lui envoyer des troupes avec lesquelles il pût prendre l'offensive. Il n'obtint que quelques détachements.
(2) Cette dépêche disait simplement : « I*e drapeau tricolore flotte sur le fort d'Issy abandonné hier au soir par sa garnison. » Elle avait été rédigée le 9 mai, à midi, à la Commune. Félix Pyat la qualifia d' « impie ».
difficultés, toutes les oppositionsqu'ilavait rencontrées. H reprochait à la Commune de fuir la lumière et de n'avoir voulu, par deux fois, recevoir ses explications qu'en comité secret. H la blâmait de ne point avoir eu le courage des mesures énergiques et de lui laisser, à lui, tout l'odieux des exécutions « qu'il faudrait faire pour tirer de ce chaos l'organisation, l'obéissance et la victoire ». Et il terminait ainsi: « Éclairé par l'exemple de mon prédécesseur, sachant que la force d'un révolutionnaire ne consiste que dans la netteté de sa situation, j'ai deux partis à choisir: briser l'obstacle qui entrave mon action, ou me retirer. Je ne briserai pas l'obstacle, car l'obstacle, c'est vous et votre faiblesse; je ne veux pas attenter à la souveraineté publique, je me retire et j'ai l'honneur de vous demander une cellule à Mazas. >
En attendant qu'on la lui donnât, il s'occupait de ses projets de coup d'Etat et essayait, malgré tout, d'en tenter l'aventure. Il avait ordonné, pour le 10 mai, à midi, une grande revue de la Garde nationale sur la placedela Concorde, sansdoute afin défaire le dénombrement des cohortes sur lesquelles il pourrait compter. I^es bataillonsse rendirent àla convocation avec si peu de hâte, que Rossel comprit que ce n'était pas la peine d'insister (i). Il les quitta alors brusquement et s'en alla à la Commune, laquelle le reçut fort mal et même, après quelques instants, le fit arrêter. Seulement
(i) Da Costa, t, II, p. 147.
LA COMMUNE A PARIS ET EN PROVINCE. i$9
comme elle lui avait donné pour gardien, dans une petite pièce avoisinant la salle des séances, le citoyen Avrial, son ami et probablement son complice, il parvint à s'évader presque tout de suite et disparut, en compagnie de Gérardin. On ne les revit plus ni l'un ni l'autre (i). Ainsi finit cette délégation à laquelle on avait fait une si belle réclame. Elle avait juste duré dix jours. La Commune nomma Delescluze délégué civil à la Guerre, en remplacement de Rossel, puis, après avoir destitué son Comité de Salut public, elle en élut un autre, au milieu du tumulte, Il était composé de Ranvier, Arnaud, Gambon, Delescluze, Eudes et Billioray.
Tandis que se déroulaient ces événements d'ordre Continua on peut dire intérieur, l'armée de Versailles conti- tion des nuait ses approches. Le I er mai, la brigade de la opération, Mariouse et le 22 e bataillon de chasseurs s'étaient militaires emparés brillamment de la gare de Clamait et du château d'Issy, prenant ainsi le fort presque à revers, mais sans pouvoir malheureusement se maintenir dans le premier de ces points> que les insurgés criblaient de projectiles. Plus à droite, 1 200 hommes de la division I/acreteîle surprenaient hardiment, pendant la nuit, la redoute du Moulin-Saquet, où ils tuaient 250 fédérés
(1) Rossel fut arrêté par l'armée de Tordre au cours de la lutte dans Paris, traduit en conseil de guerre, condamné à mort et fusillé au plateau de Satory, le 28 novembre 1871.
et en capturaient 300, avec huit pièces de canon (1). Quelques jours après, le 5, comme le V e corps (Clinchant), de nouvelle formation, était venu renforcer le II e aux avant-postes, des détachements lui appartenant (17 e bataillon de chasseurs et 2 e régiment provisoire) auxquels s'étaient joints 240 marins, réoccupaient la gare de Clamart et chassaient l'ennemi d'un petit ouvrage qui reliait les deux forts. Enfin, le 8 mai, nos troupes prenaient pied dans l'église d'Issy et le parc de la maison d'aliénés. 1> fort était cerné à peu près complètement. #nM>-ii ;
Chute des I^s défenseurs n'attendirent pas l'assaut. Dès le 8, forts. à sept heures du soir, ils avaient évacué l'ouvrage qu'une reconnaissance du 35 e de marche trouva vide le lendemain matin. Quant au fort de Vanves, s'il tenait encore, il semblait tout à fait sur ses fins. De ce côté donc la situation était très sensiblement améliorée. Plus à gauche, elle devenait également assez favorable. Dans la nuit du 8 au 9, les troupes des généraux Berthaut et Vergé avaient construit une parallèle longue de 1 500 mètres sur la rive droite de la Seine, du pont de Billancourt au parc des Princes, tandis que la batterie de Montretout, armée de soixante-dix grosses pièces de marine,ouvraitun feu violent sur le Point-du- Jour et le rempart, entre les portes
(t) On fit grand bruit, dans Paris, de ce coup de main, qui fut attribué à la trahison.
de Saint-Qoud et de Passy. Enfin, sur la droite, les barricades situées en avant de Bourg-la-Reine étaient vigoureusement enlevées, dans la nuit du çauio, par cinq compagnies du 114 e , qui tuaient une cinquantaine d'insurgés et faisaient 41 prisonniers, tandis que le 31 e de ligne occupait le village de Vanves et installait une place d'armes en avant.
Les progrès des assaillants, bien qu'assez lents, étaient donc continus. Chaque jour en amenait un nouveau, et déjà l'on pouvait prévoir le moment où serait abordé le corps de place. Mais l'espoir d'en finir bientôt avec l'insurrection par une action purement militaire n'empêchait pas M. Thiers de recourir à d'autres moyens plus subtils et, il faut bien le dire, un peu équivoques. Connaissant la vénalité d'un certain nombre de ceux quimenaientle mouvement communaliste, il cherchait, comme c'était d'ailleurs de bonne guerre, à l'exploiter en demandant à la corruption de lui fournir une solution plus rapide et en même temps moins coûteuse que celle des armes. Nous ne croyons pas que l'Histoire ait à s'occuper de ces honteux trafics, et il nous suffira de dire, pour en définir le caractère, qu'ils aboutirent tous à de simples extorsions de fonds. Nous croyons cependant devoir brièvement relater, dans cet ordre d'idées, deux incidents sans grande importance par eux-mêmes, mais qui auraient pu exercer une très fâcheuse influence sur le moral des troupes, si celles-ci
avaient été de moindre qualité.
Le 4 mai, vers une heure du matin, des officiers d'état-major étaient venus dans les camps réveiller tout le monde, en apportant l'ordre de se former en colonnes dans le plus grand silence et de marcher à leur suite sur des points qu'ils ne désignaient pas. La manœuvre s'exécuta avec une perfection rare, et, moins d'une heure après, les avenues du Bois de Boulogne, entre la porte Dauphine et celle d' Auteuil, se trouvaient pleines de soldats qui attendaient, l'arme au pied, qu'on leur dît ce qu'ils avaient à faire, quand, brusquement, le rempart s'alluma et une bourrasque d'artillerie passa sur les têtes, brisant les branches des arbres et jonchant le sol de débris. Les artilleurs fédérés avaientheureusement tiré trop haut, et il n'en résulta que quelques dégâts matériels. Mais les conséquences de ce guet-apens auraient pu être incalculables, si l'on avait eu affaire à des canonniers plus expérimentés ou de plus de sang-froid. Quoi qu'il en soit, l'algarade terminée, les troupes firent demi-tour et regagnèrent leurs tentes. Elles ne connurent que longtemps après les causes de l'alerte à la suite de laquelle elles venaient de jouer ce rôle quelque peu humiliant.
M. Thiers avait accueilli, assez à la légère, il faut bien en convenir, lespropositions d'un inconnu, huissier de sa profession, lequel s'offrait à faire livrer la porte Dauphine par un de ses amis, le citoyen Laporte, chef de la 16 e légion. Le poste fédéré devait être relevé par une compagnie sûre, formée k Passy, sous les ordres d'un
ancien officier du 38 e démarche. Arrivée à la porte, elle aurait abattu le pont-levis. Malheureusement, elle n'abattit rien et ne se trouva même pas là. I^es ordres donnés lui avaient, paraît-il, paru suspects, ou tout au moins insuffisants, — à moins que tout cela n'ait été qu'une frime. — Mais les canonniers de la Commune avaient été prévenus, et ils le firent bien voir. Quant au chef du pouvoir exécutif, qui, en la circonstance, n'avait pris conseil que de lui seul, et agissait en contradiction avec le maréchal, il repartit, dès l'aube, de Sèvres, où il était venu coucher, pour Versailles. Cette leçon aurait dû lui servir. Elle ne l'empêcha pas de faire, dans la nuit du 12 au 13, une nouvelle tentative, cette fois, il est vrai, avec moins d'apparat. Comme elle ne réussit pas mieux que la première, il fallut bien en revenir aux effets plus sérieux de l'action militaire, que d'ailleurs l'armée, bien qu'un peu froissée d'avoir été dupée, n'avait pas un instant interrompue.
Depuis le 12, les communications entre les forts de Vanves et de Montrouge étaient interceptées par les troupes de la brigade Osmont (du II e corps) (1), fortement établies sur la grande route, en avant de Châtillon. Le village d'Issy était tombé tout entier entre nos mains, ainsi que le petit lycée Louis-le-Grand (2) . Enfin une batterie établie dans l'île Saint-Germain,
(1) Tfi général Osmont venait de remplacer le général Daudel. malade.
(2) AujourcJ'hui lycée Michèle^.
au sud-est de Billancourt, avait contraint à la retraite les canonnières embossées sous le viaduc du Point-du- Jour. Le fort de Vanves, ainsi pris à la gprgç et privé de son meilleur appui en arrière, devenait intenable. Nos soldats y entrèrent le 13 mai et le trouvèrent vide de sa garnison.
Dès lors, c'était à la place elle-même qu'on allait s'attaquer.
Déjà, à l'extrême gauche, le corps Douay avait établi ses tranchées jusque derrière les Buttes Montmartre. Au centre, dans le Bois de Boulogne, le corps Qinchant cheminait méthodiquement. A droite, on s'était avancé jusqu'au Moulin-de-Cachan, où des troupes appartenant à la division Levasseur-Sorval avaient, le 18, tué une centaine d'insurgés et fait 48 prisonniers. Malgré le feu violent de la place, qui, la nuit, recourait parfois à des projections électriques pour repérer son tir, on était parvenu à construire, sur le chemin couvert même, des batteries de brèche, qui, dès le 20, commençaient à tirer, tandis qu'en arrière toutes les pièces de gros calibre faisaient rage à la fois sur le mur d'enceinte et les parages avoisinants. La riposte faiblissait partout.
L'assaut n'était plus qu'une question de jours, peut-être d'heures, quand, le dimanche 21 dans l'après-midi, on apprit tout à coup que la porte de Saint-Cloud avait été évacuée et que les gardes de tranchée venaient d'entrer dans Paris.
jCA COMMUNE A PARIS ET EN PROVINCE. 165
dans
Paris,
21 mai.
Écrasée par le feu de nos grosses pièces, cette porte Entrée des était, en effet, prête à s'écrouler. Les fédérés de garde troupes aux remparts avaient fui sous l'avalanche, pour chercher en arrière des positions moins exposées, et, quant à leurs officiers, ils avaient pour la plupart disparu. Un piqueur des ponts et chaussées, M. Ducatel, qui passait par là, s'aperçut de cet abandon, monta sur le bastion 64 et, avec son mouchoir, fit un signe aux soldats qui garnissaient les tranchées sur le revers du fossé. Aussitôt le capitaine de frégate Trêves se présenta, franchit la porte en gravissant les décombres, et, accompagné du sergent Coûtant, du 91 e de marche, s'assura qu'aux alentours il n'y avait plus personne. Il appela alors le 37 e de marche, qui s'engouffra dans la place par petits paquets, les hommes emportant avec eux des mortiers de 15 centimètres, et établit tout aussitôt une passerelle de fortune sur le fossé. C'était juste le moment où, dans le jardin des Tuileries, avait lieu un grand concert donné au profit des veuves et des orphelins de la Commune. Comme il allait prendre fin, un officier d'état-major était monté sur l'estrade pour convier les spectateurs à se réunir à la même place, huit jours après (1). Il affichait là, sans doute, une belle assurance et qui, si elle était sincère, montrait bien toute l'étendue des illusions qu'on se faisait dans Paris sur la durée de la résistance dont étaient encore capables les gardiens des remparts.
(i) IjSSAGABAY, p. 315.
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Évidemment, il y avait eu surprise, et surprise heureuse, en ce qu'elle avançait d'un ou deux jours la solution inévitable, en ce que, surtout, elle dénouait celle-ci sans effusion de sang. I^e service rendu très courageusement par Ducatel était donc des plus considérables et des plus précieux. Mais, quant à supposer, comme certains historiens de la Commune, que sans ce qu'ils appellent, avec plus de passion que de justice, une trahison (i), Tannée de Versailles aurait été longtemps encore tenue à distance, c'est faire preuve d'un bien étrange aveuglement. Dès le 20 au soir, le rempart était ruiné, et il ne fallait plus que quelques heures de feu pour rendre la brèche praticable. Les terre-pleins, labourés par les gros obus des batteries de position, qui creusaient des fougasses à y enterrer un homme, étaient devenus intenables, et il était impossible de les garnir de défenseurs, même d'y faire le service des pièces. Ceux qui, dans cette soirée du 21 mai, ont pénétré dans l'enceinte, se souviennent de l'état lamentable auquel elle avait été réduite, I/assaut qu'on s'apprêtait à livrer aurait sans doute été sanglant, parce que la cessation obligatoire du feu d'artillerie aurait permis aux fédérés de
(1) M. Da Costa, qui n'est point suspect de tendresse pour les Ver saillais, a donné à cet égard la note juste : « ^'accusation de trahison est absurde, dit-il. M. Ducatel n'avait pas servi la Commune ; U était un de ses adversaires, comme beaucoup d'autres gardes nationaux de Passy. Il n'a donc trahi personne, et il a servi les siens par Un acte incontestablement courageux, puisqu'il risquait sa vie* » (T. ïtt^ p. 86.)
se reporter sur les parapets qu'ils avaient évacués, mais il ne pouvait pas ne pas réuSBir.
Quoi qu'il en soit, le mouvement en avant, si heureusement amorcé, se poursuivait maintenant avec autant de rapidité que de méthode. Aussitôt prévenu par le général Douay de la surprise de la porte de Saint- Cloud, le matéchal, qui se trouvait en ce moment au Mont-Valérien avec M. Thiers et l'amiral Pothuau, avait avisé de l'événement les commandants de corps d'armée et donné les ordres nécessaires pour qu'ils missent leurs troupes immédiatement en toute. Luimême transportait son quartier général à Boulogne. Bientôt on apprend que la division Berthaùt a suivi le 57 e et que, derrière elle, arrivé la division I/Hétillie* (IV e corps). Vers sept heures et demie du soir, la première, qui a longé le boulevafd Murât, est maîtresse de la porte d'Auteuil, par: où arrive maintenant la division Vergé; du viaduc du Point-du-Jour, de l'asile Sainte-Périne et de l'église d'Auteuil.
Sur la droite, la division Vergé enlève à son tour une forte barricade qui barre la route de Versailles à hauteur de la tue Guillon, puis se porte de là sur le Trocadéro, qu'elle emporte d'assaut, en y faisant 1 500 prisonniers (1) .
(1) Ducatel, qui marchait en tête de la colonne pour la guider, fut pris par les fédérés à la barricade de la rue Guillon, et emprisonné â l'École militaire. Quand, le lendemain, y arrivèrent les troupes du général Bruat, elles crurent trouver en rai un déserteur de la garde mobile, dont il portait l'uniforme, et voulurent le passer pat les
Un peu plus tard, à neuf heures, la brigade Blot (V e corps) entre par la porte de Saint-Cloud, ayant à sa suite la brigade de Brauer. Le général Blot longe les boulevards Murât et Suchet et vient dégager la porte de Passy , que franchit la brigade de Courcy , tandis que la brigade Cottret passe par celle d'Auteuil. Après quoi le général Clinchant fait tourner et enlever par ses troupes la redoutable position de la Muette, hérissée de défenses, mais défendue assez mollement, malgré qu'elle soit le quartier général de Dombrowski.
Et maintenant c'est, pendant la nuit, tout le reste de Tannée qui arrive. A deux heures du matin, la division Bruat franchit l'enceinte, et conjointement avec le II e corps, lequel a forcé la porte de Sèvres, occupe Grenelle après un court combat. La porte de Versailles est ouverte. Plus au nord, la division Faron vient se poster en réserve à Passy. Enfin, à près de quatre heures du matin, le I er corps peut occuper le Bois de Boulogne avec deux divisions, tandis que la troisième (Montaudon) continue à tenir Asnières et Neuilly. Ainsi, à l'aube du 12, l'armée française est maîtresse de Passy, d'Auteuil, des hauteurs du Trocadéro. ÈUe tient tout le rempart, jusques et y compris la porte de Versailles, et a pris pied fortement sur la rive gauche, par
armes. Il réussit, non sans peine, à se faire reconnaître, et reçut alors, au lieu de la mort, les compliments qu'il méritait. I/>rs de la grande revue du 29 juin, passée à I^ongchamp devant M. Thiers, il défila en tête de la division Berthaut, à l'étonnement des spectateurs, dont la plupart ignoraient son histoire mouvementée.
l'occupation du quartier de Javel. Ce résultat considérable a été obtenu sans grandes pertes, car les insurgés affolés, et qui n'ont plus ni chefs ni guides, se sont presque partout débandés. I^a vigueur des soldats, l'activité des officiers ont fait le reste. Elles ont sauvé d'une destruction complète les quartiers d'Auteuil et de Passy, que la poudrerie de la rue Beethoven, bourrée de cartouches, d'obus et de tonneaux de poudre, aurait réduits en miettes, si on avait laissé aux émeutiers le temps d'y mettre le feu I
Tandis que se déroulaient ces événements si graves Séance de pour elle, la Commune s'occupait à juger Cluseret. la Corn- Vermorel fulminait contre l'ancien délégué à la Guerre mune* un réquisitoire où avaient été condensées par le citoyen Miot les accusations les plus variées, dont l'assemblée aurait bien pu prendre la majeure partie pour elle-même, quand Billioray arriva en coup de vent,
porteur d'une dépêche de Dombrowski qui annonçait la catastrophe, mais« répondait de tout, si on lui envoyait des renforts ». I«a stupeur et la consternation furent telles que du coup on acquitta Cluseret. Puis bientôt, étant données les assurances fournies par Dombrowski et par Billioray lui-même, qui se portait garant de la vigilance du Comité de Salut public, on se rasséréna et, après quelques parlotes, prolongées jusqu'à huit heures du soir, le président Vallès leva la séance, sans que rien ait été décidé, sans qu'on
ait installé une permanence, sans qu'on ait même songé à s'assurer que les renforts demandés par Dombrowski étaient partis. Il est vrai qu'à la Guerre, Delescluze, fort tranquille, faisait afficher une dépêche disant que «l'observatoire de l'Arc de Triomphe niait l'entrée des Versaillais, ou du moins ne voyait rien qui y ressemblât ». I/assemblée révolutionnaire ne se montra pas plus préoccupée que son délégué et se sépara. Seul Assi s'en alla, dans l'obscurité, faire une reconnaissance du côté de la rue Beethoven et se fit prendre. Quant au Comité de Salut public, il se réunit vers onze heures, mais ne conclut à rien. « Ainsi, dit un des annalistes de cette époque tragique, sortit de l'Histoire et de l'Hôtel de Ville le conseil de la Commune de 1871, au moment du danger suprême, quand les Versaillais pénétraient dans Paris (1). » I*a ville d'ailleurs était calme et semblait ne point se douter que, dès le lendemain, ses rues seraient transformées en champ de bataille. Elle s'endormit dans la quiétude et se réveilla dans le sang.
Car la guerre civile n'était point terminée. Pendant toute une semaine encore, les deux adversaires allaient rester aux prises et s'aborder avec une violence que leurs rencontres précédentes n'avaient pas connue. Mais, avant d'entamer le récit de ces journées terribles, il nous faut revenir un peu en arrière et montre* ce qu'était en réalité, dans ses intentions, ses procédés
(i) I^SSAGARAY, hc. Cit., p. 319.
tA COMMUNE A PARIS ET EN PROVINCE. 171
et ses actes, cette Commune de Paris, où certains sophistes ont voulu voir la cellule de la République, et dont le règne, inexpiable en dépit des arguties de ses apologistes, ne fut qu'une longue suite de tyrannies, d'iniquités et de forfaits.