‹ 1871: La commune à Paris et en province (février - mai)Chapitre 8 sur 23 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

l£ RÈGNE DU COMITÉ CENTRAL

Quand, le 19, dans la matinée, le Comité central Le Comité connut en entier son triomphe, il en eut comme un central de étourdissement. La victoire était venue à lui sans qu'il l'Hôtel de la cherchât, sans même qu'il eût rien fait pour l'obte- Ville. nir. Car, si Ton excepte Charles Lullier, nommé antérieurement par lui commandant de l'artillerie, et qui avait dirigé de façon assez active, sinon très méthodique, certaines opérations effectuées la veille, ses membres ne s'étaient mêlés au mouvement insurrectionnel qu'à titre individuel et sans aucun mandat collectif (1). Un peu abasourdi du pouvoir qui lui tombait ainsi entre les mains et ne sachant trop

(1) Lullier, ancien officier de marine, ne manquait ni d'intelligence ni de valeur ; mais, malheureusement, des habitudes invétérées d'intempérance avaient fait de lui une sorte de détraqué. I*e 18 mars, il se multiplia pour faire occuper par la Garde nationale les points importants de Paris. Ses anciens collègues l'ont nettement accusé cependant de les avoir trahis, et il apparaît en effet, comme on le verra par la suite, que son attitude postérieure n'a été rien moins que nette. Disons toutefois qu'il fut un de ceux qui s'entremirent, le plus efficacement, pour obtenir, du Comité du XV e , la délivrance du général Chanzy.

comment l'exercer, il fit tout simplement ce que faisait avant lui le Gouvernement du 4 Septembre, c'est-àdire qu'il couvrit de proclamations les murs de la capitale.

L'une d'elles était ainsi conçue :

« Citoyens,

« Le peuple de Paris a secoué le joug qu'on essayait de lui imposer.

« Calme, impassible dans sa force, il a attendu sans crainte comme sans provocation les fous éhontés qui voulaient toucher à la République.

« Cette fois, nos frères de Tannée n'ont pas voulu porter la main sur l'arche sainte de nos libertés. Merci à tous, et que Paris et la France jettent ensemble les bases d'une République acclamée avec toutes ses conséquences, le seul gouvernement qui fermera pour toujours l'ère des invasions et des guerres civiles.

« L'état de siège est levé.

«Le peuple de Paris est convoqué dans ses sections pour faire les élections communales.

« La sûreté de tous les citoyens est assurée par le concours de la Garde nationale. »

Et voici maintenant la seconde, adressée aux gardes nationaux :

« Citoyens,

«Vous nous aviez chargés d'organiser la défense de Paris et de ses droits.

« Nous avons conscience d'avoir rempli cette mission ; aidés par votre généreux courage et votre admirable sangfroid, nous avons chassé ce gouvernement qui nous trahissait (i).

« A ce moment, notre mandat est expiré, et nous vous le rapportons, car nous ne prétendons pas prendre la place de ceux que le souffle populaire vient de remplacer.

« Préparez donc et faites de suite vos élections communales, et donnez-nous pour récompense la seule que nous ayons jamais espérée : celle de vous voir établir la véritable République. En attendant nous conservons, au nom du peuple, l'Hôtel de Ville (2). »

On voit que, sous le rapport du verbiage, les hommes du 18 Mars n'avaient rien à envier à ceux du 4 Septembre. Ils maniaient tout comme eux l'hyperbole et le style redondant. Tout comme eux — aussi, ils perdaient leur temps en parlotes et en conversations inutiles. Au cours de la journée du 19, ils tinrent des séances successives et intermittentes. « I*es discussions s'engageaient au milieu d'un assez grand désordre, sans suite, et, la plupart du temps, sans conclusion. Dans le

(1) Id, le Comité central se vantait. Il n'avait rien chassé du tout. I*e gouvernement s'était évanoui, faute de pouvoir se défendre, et quant au généreux courage des insurgés, il ne s'était encore affirmé que par quelques escarmouches sans importance et deux assassinats.

(2) Parmi les vingt signataires de ces deux documents, qui seuls encore étaient à l'Hôtel de Ville, deux à peine avaient quelque notoriété. C'étaient Assi, pour son rôle dans les grèves du Creusot, et I^ullier, en raison de son intervention de la veille. Quant aux autres, dont les noms reviendront pour la plupart au cours de ce récit, ils étaient encore absolument inconnus.

désarroi, Lullier faisait résonner ses bottes et prenait à chaque instant les allures d'un Dumouriez aviné (i). » Les uns voulaient qu'on marchât tout de suite sur Versailles et qu'on mît la main sur les quartiers du centre, qui ne paraissaient pas assez ardents pour la cause révolutionnaire. D'autres, moins pressés, demandaient qu'on dégageât d'abord la responsabilité du Comité dans les assassinats des généraux, assassinats qui, en effet, n'étaient point de son fait, mais dont il ne se désolidarisait pas cependant franchement, puisque, dans le manifeste publié par lui à ce sujet, il disait que « ces deux hommes avaient subi les lois de la guerre ». Certains auraient voulu qu'on s'entendît avec les maires de Paris, à qui Thiers avait passé l'administration provisoire de la ville (2). Comme on ne se mettait pas d'accord, on prit le parti tout anodin de lancer une nouvelle proclamation, parfaitement maladroite, d'ailleurs, en ce que, pour les élections de la Commune, le Comité exigeait des municipalités un concoursqu'iln'étaitpas,àbeaucoupprès,assuréd'obtenir partout (3). Après quoi, il décrétait une amnistie générale, supprimait les conseils de guerre, voire même l'armée permanente, et, ce qui était plus intéressant

(1) Gaston Da Costa, loc. cit., p. 145.

(2) Far arrêté du 19 mars, 6igné du ministre de l'Intérieur, Ernest Picard.

(3) I*es élections étaient fixées au 22 mars. Elles devaient avoir lieu au scrutin de liste et par arrondissement. Chaque arrondissement nommait un conseiller par 80 000 habitants ou fraction excédant de

parce que plus pratique, prorogeait d'un mois les effets de commerce, interdisait aux propriétaires et hôteliers de congédier leurs locataires, enfin suspendait toute vente des objets engagés au Mont-de-Piété.

En même temps, ses délégués prenaient possession des différents ministères ou services publics, que leurs titulaires avaient désertés. Grellier, garçon de lavoir, s'empara de l'Intérieur, qu'il ne garda d'ailleurs que cinq jours (1). On mit Bergeret, promu général, à la Place de Paris (2) ; Rouiller, ouvrier corroyeur, à l'Instruction publique ; le comptable Jourde, aux Finances, et le journaliste Paschal Grousset, aux Affaires étrangères. Un nommé Lucien Combatz, ancien garibaldien, eut les Postes et Télégraphes, pas pour longtemps heureusement, car son premier acte avait été de supprimer le service de la télégraphie privée dans Paris, sous prétexte que « les employés étaient à Versailles avec le roi ». A la Préfecture de police, il n'y avait personne. Mais le « général » Duval, qui l'occupait avec ses bataillons, faisait écrouer gendarmes, gardiens de la paix ou personnages suspects que lui envoyaient les comités d'arrondissement. Ces nouveaux potentats, à

plus de zo 000. Enfin, et voici le plus grave, les municipalités des vingt arrondissements étaient chargées, en ce qui les concernait, de l'exécution de cet arrêté du Comité central.

(1) Il fut remplacé, après les élections de la Commune, par le citoyen Vaillant « Il signait, a écrit Jules Vallès, des ordres pavés de barbarismes, mais pavés aussi d'intentions révolutionnaires. »

(2). n était chef de bataillon de la Garde nationale.

peu d'exception près, étaient de simples grotesques, plus préoccupés de parader en costumes flamboyants que de s'occuper d'affaires, auxquelles d'ailleurs ils n'entendaient rien. Mais beaucoup de ceux qui bientôt leur succédèrent étaient aussi des sanguinaires, qui voulurent donner à leurs saturnales le ragoût du meurtre et de l'incendie. Il est certain qu'on perdit au change, quand, aux agents du Comité^central, la^Commune substitua les siens propres, dont beaucoup mettaient sans doute mieux l'orthographe que les fantoches de la première heure, mais étaient aussi beaucoup plus redoutables par leur férocité d'intellectuels dépravés.

Pour le moment, la population semblait se soucier assez peu de tous ces mouvements et de ces manifestations diverses. I*e 19 mars était un dimanche, etles promeneurs se pressaient autour des barricades, qui ne paraissaient pas en général les impressionner beaucoup. On était un peu étonné de la tournure violente qu'avaient prise subitement les choses ; certains se montraient inquiets des représailles que les assassinats de la veille pouvaient provoquer. Mais bien peu croyaient que la guerre civile fût devenue inévitable et dût fournir une conclusion fatale à ce dissentiment passager. On ne se faisait certes pas faute de dauber sur le gouvernement, pour son éclipse si soudaine, mais personne n'attribuait de portée ni de puissance sérieuse à un comité composé de gens obscurs, inconnus, et dont

pas un ne comptait parmi les révolutionnaires en vedette. Enfin on espérait bien que la députation de Paris, très républicaine dans son ensemble, et les maires élus par le peuple ne tarderaient pas à conclure une entente avec M. Thiers. Les habitants de la capitale n'étaient donc, pour la plupart, ni très émus, ni très préoccupés.

lueurs mandataires, c'est-à-dire les maires et ad- Essais de joints, Tétaient bien davantage. Us s'étaient réunis, conciliaà deux heures, à la mairie du III e arrondissement, tion * où vinrent peu après les rejoindre un certain nombre , de chefs de bataillon de la Garde nationale. Us étaient partagés entre la suspicion dans laquelle ils tenaient l'Assemblée réactionnaire de Versailles et la méfiance que leur inspirait le Comité central. Cependant ils se résignèrent à traiter avec celui-ci, qui, de son côté, se prêta à une entrevue. On sait que son omnipotence l'embarrassait, et d'ailleurs il était en ce moment assez mal impressionné par une démarche que venaient de faire les jeunes gens des Écoles, qui s'étaient nettement déclarés contre lui. A huit heures du soir donc, les délégués de la réunion du III e se rendirent à l'Hôtel de Ville. C'étaient les députés Cournet, Tolain, . Millière, Malon, Iyockroy et Clemenceau ; les maires Bonvalet et Mottu ; les adjoints Murât, Jaclard et I^eo Meillet.

M. Clemenceau, sans préambule, demanda au Comité central de reconnaître l'Assemblée et de laisser

l'Hôtel de Ville aux représentants de la Cité, lesquels feraient tout leur possible pour obtenir la conservation des droits de Paris. « H admettait lalégitimité des revendications de la capitale, regrettait que le Gouvernement ait soulevé des colères, mais il déniait à Paris le droit de s'insurger contre la France (i). » Il fut mal accueilli. « Vous venez nous parler de l'Assemblée, de la France, riposta quelqu'un. I^e mandat de l'Assemblée est terminé. Quant à la France, nous ne prétendons pas lui dicter de lois, — nous avons trop gémi sous les siennes, — mais nous ne voulons pas subir ses plébiscites ruraux (2). » Alors MiHière intervint, et 3 étant sur l'avenir un regard chargé de crainte : « L'heure de la révolution sociale n'a pas sonné, dit-il... J'entrevois quelques fatales journées de Juin... » Et Benoît Malon, un socialiste militant cependant, insista à son tour pour que « Paris se remît à ses représentants légaux ».

Mais les violents devaient l'emporter, après que Varlin eut ainsi formulé péremptoirement leurs exigences : « Nous voulons, s'écria-t-il, un conseil municipal élu, les franchises communales, la suppression promise de la Préfecture de police, le droit, pour la Garde nationale, de nommer tous ses officiers, y compris le commandant en chef, la remise entière des loyers échus, une loi équitable sur les échéances ;

(i) IyISSAGARAY, loc. cit.

{2)Ibid,p. 118.

nous voulons enfin que Tannée de Vinoy se retire à vingt lieues de Paris. » Comme la discussion se prolongeait sans conclure, et que de la lassitude générale commençait à naître une visible agitation, on décida de se séparer ; mais quatre membres du Comité : Varlin, Moreau, Jourde et Arnold suivirent les délégués des députés et des maires à la mairie du III e arrondissement. Il était près de minuit.

La querelle recommença alors, plus ardente, plus vive, et aussi plus acerbe. La question restait posée sur le même terrain, celui de la reconnaissance du Comité central, et c'était précisément là ce que la réunion se refusait formellement à admettre. « Je ne reconnais ici de pouvoir élu, disait le maire du II e arrondissement, Tirard, qui présidait, que celui des maires ; si vous avez une élection, donnez-en la preuve. » A quoi Jourde, que la colère avait gagné, ripostait : « Vous demandez nos titres ? Nous avons d'abord la force (1). » C'était bien, en effet, la force qui seule, désormais, pouvait arbitrer un différend venu à ce degré d'acuité. Cependant Louis Blanc s'était levé tout à coup et, dressant sa petite taille, lançait des objurgations menaçantes : « Vous êtes des insurgés contre l'Assemblée la plus librement élue, criait-il de sa voix perçante. Nous, mandataires réguliers, nous ne pouvons avouer une transaction avec des insurgés ! Nous voulons bien prévenir la guerre civile, mais non paraître vos auxiliaires

(1) Gaston Da Costa, loc. cit., p. 181.

aux yeux de la France I » Or, ce que demandaient précisément les délégués du Comité, c'est que les maires se déclarassent « d'accord avec eux » ! On voit combien les discoureurs étaient loin de s'entendre. Exténués par cette interminable séance, qui durait depuis près de cinq heures, énervés et hors d'eux, ils en venaient maintenant aux paroles redoutables. « Ce n'est pas seulement à Paris, s'exclamait Jourde, c'est par toute la France que va s'allumer cette guerre que vous nous déclarez, et elle sera sanglante, je vous le prédis. » Puis, comme un des maires faisait observer qu'il y avait les Prussiens : « 3>s Prussiens ne bougeront pas, reprit-il... Et puis, si nous sommes vaincus, nous brûlerons Paris, et nous ferons de la France une seconde Pologne (i). » Pronostics épouvantables, et dont il n'a pas tenu aux révoltés de 1871 de faire une horrible réalité !

Il était plus de quatre heures du matin quand la réunion se sépara. Elle avait fini par tomber d'accord, tant bien que mal, sur un projet de conciliation comprenant le dépôt d'une proposition de loi municipale, l'élection des chefs de la Garde nationale et le maintien du Comité central à la tête de celle-ci. I^ouis Blanc rédigea même une affiche, que signèrent députés et maires, et qui annonçait au public la transaction consentie. Il était bien convenu quel'Hôtel de Villeserait

(1) Gaston Da Costa, p. 183.

tA COMMUNE A PAklS ET EN PROVINCE. 69

remis aux feprésentants du gouvernement régulier (1). Mais quand, le 21, à neuf heures, les citoyens Bonvalet, maire du III e arrondissement, Murât, adjoint du X e , et Denizot, adjoint du XI e , se présentèrent place de Grève, ils trouvèrent porte close, et une note du Comité central leur faisant connaître que, dans les « circonstances actuelles, il était responsable des conséquences de la situation et ne pouvait se dessaisir ni du pouvoir militaire ni du pouvoir civil ».

Il venait en effet de se raviser, sur une injonction formelle venue des comités de vigilance qui s'étaient réunis pendant la nuit rue de la Corderie. Ainsi, dans les révolutions, les meneurs trouvent toujours quelqu'un qui les mène, et les provocateurs de celle-ci n'avaient point échappé à la loi générale. Maîtres de Paris en apparence, ils devenaient tout à coup les serviteurs très humbles des révolutionnaires qu'ils avaient déchaînés, et qui maintenant les accusaient de tiédeur. Leur autorité, déjà contestée, ne pouvait se maintenir qu'autant qu'ils la mettraient au service des violents et des énergumènes, et ils n'avaient plus le choix qu'entre l'obéissance ou l'abdication (2). C'est à cette dernière attitude qu'ils se résignèrent, non sans une ran-

(1) I<e Comité central devait se transporter place Vendôme, à l'état-major de la Garde nationale.

(2) Dans cette réunion nocturne de la rue de la Corderie, on vit apparaître des hommes bien connus par leurs sentiments anarchistes et qui allaient bientôt jouer les premiers rôles ; mais qui, jusque-là, étaient restés dans l'ombre. C'étaient Ferré, Eudes, Badois, Tridon, I^evraud,

cœur évidente, dont l'amertume apparaît dans le manifeste qu'ils publièrent aussitôt, en forme de plaidoyer :

« I^e Comité central n'a pas été 'occulte, disaient-ils. Ses membres ont mis leurs noms sur toutes ses affiches (i)... Un des plus grands sujets de colère contre nous est l'obscurité de nos noms. Hélas ! bien des noms étaient connus, très connus, et cette notoriété nous a été bien fatale... La notoriété s'obtient à bon marché : quelquesjphrases creuses et un peu de lâcheté suffisent ; un passé tout récent l'a prouvé... Obscurs il y a quelques jours, nous allons rentrer obscurs dans tes rangs, ô peuple, et montrer aux gouvernants que l'on peut descendre la tête haute les marches de ton Hôtel de Ville, avec la certitude de trouver en bas l'étreinte de ta loyale et robuste main. »

Derrière cette phraséologie, se cachaient un dépit évident et une désillusion amère. Mais, si désappointé qu'il fût, le Comité tenait bon et ne désarmait point. Il faisait annoncer par le Journal officiel, tombé en sa possession, que les élections communales auraient lieu le 23, et il indiquait par avance le caractère qu'elles devaient avoir. « En votant pour les républicains socialistes connus, disait-il, dévoués, intelligents, probes et courageux, les électeurs parisiens assureront non

Da Costa, Trinquet, etc. Ils appartenaient presque tous au parti blanquiste, qui était celui de l'action directe.

(1) C'est inexact. I^es premières, les plus importantes, étaient signées de vingt membres seulement.

seulement le salut de la capitale, mais encore celui de la France (1). » C'était afficher des visées bien hautes, avec des moyens singulièrement hasardeux.

Que faisait pendant ce temps le Gouvernement ? Le Gou- Nous l'avons vu gagnant Versailles en assez grand vernetnent désarroi, tandis que Tannée, conduite par le général à ^ ef " Vinoy, non sans difficultés ni incidents, l'y rejoignait vailles. dans la matinée du 19 (2). On connaît sa faiblesse matérielle et son pitoyable état moral. M. Thiers n'en expédia pas moins aux préfets, le 19, à huit heures vingt-cinq du matin, un télégramme ainsi conçu, qu'il avait écrit de sa propre main, comme il fit d'ailleurs pour toutes les communications du même genre qui suivirent (3) :

« le Gouvernement tout entier est réuni à Versailles ; l'Assemblée s'y réunit également.

«1/ armée, au nombre de 40000 hommes, s'y est

(1) I*e Journal officiel de la République française garda son nom, sauf le 30 mars, où il s'appela Journal officiel de la Commune de Paris, Il avait à sa tête les citoyens Vésinier, I^ebau, Barberet et Florisse Piraux. I,e premier seul était un personnage connu. H avait été compromis dans la journée du 31 octobre, devint membre de la Commune, fonda alors le Paris libre, échappa aux recherches et se réfugia à I*ondres, où il publia une Histoire de la Commune, d'ailleurs sans grand intérêt.

(2) « I^es derniers régiments, dit J. Simon, hésitaient à avancer, regardant en arrière. I«e général Vinoy fut plus d'une fois obligé d'aller en personne les rallier et les porter en avant. H mit des gendarmes, dont on était sûr, à l'arrière-garde, pour empêcher les désertions. I«a neige couvrait la terre comme un linceul. » {Loc. cit., 1. 1, p. 253.)

(3) Jules Simon, loc. cit., p. 254.

ji 18T1

concentrée en bon ordre, sous le commandement du général Vinoy. Toutes les autorités, tous les chefs de l'armée y sont arrivés (i).

« I^es autorités civiles et militaires n'exécuteront d'autres ordres que ceux du Gouvernement légal, résidant à Versailles, sous peine d'être considérées comme en état de forfaiture.

« I^es membres de l'Assemblée nationale sont invités à accélérer leur retour, pour être tous présents à la séance du 20 mars.

« I*a présente dépêche sera livrée à la connaissance du public. »

En même temps, ordre était envoyé à tous les employés de ministère et fonctionnaires publics de gagner Versailles, sauf quelques exceptions détaillées, et les services divers installés au Château. Le chef du pouvoir exécutif succédait dans l'hôtel de la Préfecture à l'empereur Guillaume, « comme un nouveau préfet qui prend la chambre et le cabinet de son prédécesseur (2) ». I^es ministres s'étaient logés tant bien que mal. Quant au général Vinoy, à qui était affectée une maison particulière, il avait pris des dispositions rapi-

(1) Il n'est pas besoin d'insister sur les différences que présentent ces affirmations avec la réalité.

(2) Jules Simon, loc. cit., p. 256. — Jules Simon ajoute que l'empereur n'emporta qu'un petit bougeoir doré, sans aucune valeur, en disant : « J'emporte cela comme souvenir ; qu'on n'inquiêie personne à ce sujet. » D'ailleurs, le palais était intact, sauf deux cadres dont les toiles avaient été coupées avec un canif au ras de la bordure et confisquées par quelque amateur appartenant sans aucun doute à la suite du monarque prussien.

des pour mettre le siège du pouvoir à l'abri d'un coup de main, dont l'éventualité malheureusement était à redouter.

I/aspect de la cité royale, habituellement si paisible dans son immensité morne, était maintenant extraordinaire et donnait l'impression de quelque énorme campement de bohémiens. Des régiments avaient installé leurs tentes sur les avenues. Ce n'étaient plus, hélas ! ceux de la Garde, dont naguère les brillants uniformes s'harmonisaient si bien avec le décor grandiose des allées imposantes et des hôtels majestueux ; mais une cohue d'hommes débraillés, à l'allure équivoque, à la tenue lâchée et en désordre, à l'attitude grossière, presque provocante. I^es officiers, qui sentaient leur autorité minée, évitaient de se commettre avec des soldats dont ils ne pouvaient même pas obtenir le salut. Et ceux-ci se répandaient par les rues, comme un troupeau lâché qui ne respecte rien. On eût dit d'une horde indisciplinée livrée à ses instincts dans une ville prise d'assaut.

Sur les places, encombrées de canons et de voitures, à travers les cuisines en plein vent, qui répandaient une fumée acre, la population, montée en quelques heures à un chiffre presque double, courait à la recherche d'aliments, qui devenaient rares. I^es immigrés, fuyant Paris, arrivaient en foule. Des employés, des fonctionnaires, des députés erraient à l'aventure, en quête d'un gîte, qu'il était d'heure en heure plus difficile de

trouver. Et dans la boue gluante, à travers les tas de neige, les tentes et les voitures, c'était un va-et-vient continu de gens à l'air soucieux, qui, des paquets plein les mains, demandaient des renseignements ou imploraient une hospitalité fort chère. Cette cohue désorientée avait un air d'inquiétude et de misère qui faisait pitié.

A la Préfecture, que gardaient des postes fournis par la brigade Daudel, régnait cependant une tranquillité relative; mais une préoccupation fort grave vint bientôt y assaillir le chef du pouvoir exécutif. En quittant Paris, l'armée avait évacué les forts de la rive gauche, dont les fédérés s'étaient aussitôt emparés (i). Un seul restait, dont ils n'étaient pas encore maîtres, c'était le Mont-Valérien, de beaucoup le plus important par sa situation dominante et le commandement qu'il exerce tant sur la route de Paris à Versailles que sur la capitale elle-même ; mais, comme il n'avait plus d'autre garnison que deux bataillons de chasseurs, de fort mauvaise réputation, et récemment désarmés pour leur participation aux manifestations de la place de la Bastille, il risquait à tout moment d'être enlevé. Cette situation, connue de nombre de députés, de généraux et de personnages marquants, ne laissait pas de les inquiéter beaucoup, et, dans la journée du 19, certains d'entre eux, tels MM. Buffet et Jules Simon, étaient

(1) I^es forts du nord et de l'est étaient encore, en vertu de la convention d'armistice, occupés par les Allemands.

allés la signaler à M. Thiers. Mais celui-ci n'avait prescrit aucune mesure pour l'améliorer.

Sur ces entrefaites, parvint au général Vinoy, vers onze heures du soir, une dépêche du colonel de Lochner, commandant du fort, qui signalait le grave danger auquel il était exposé. "Le commandant en chef se rendit à plus de minuit à la préfecture et fit réveiller M. Thiers, qui s'était couché. L'envoi d'un régiment dans la forteresse ayant été aussitôt décidé, on choisit le 119 e , qui, depuis le 12, étaità Versailles, et que commandait un officier très énergique, le colonel Cholleton, lequel partit aussitôt avec un premier échelon et put occuper le Mont-Valérien le 20, à huit heures du matin. Quand, dans la soirée même, les fédérés se présentèrent, ils trouvèrent le pont-levis dressé. Et c'est ainsi que fut conservé à l'armée de l'ordre un point d'appui dont la privation lui aurait coûté des sacrifices énormes, sinon l'impossibilité de réduire la ville rebelle, au moins de très longtemps (1).

Grâce à l'heureuse issue de cette affaire, c'est au milieu d'une sécurité suffisante que l'Assemblée put, comme il avait été décidé, se réunir dans l'après-midi de ce même jour (2). L'indignation y était générale et

(1) Deux jours plus tard, le 23 mars, le fort de Vincennes était livré à l'émeute sur simple sommation/par sa garnison. I^es insurgés y trouvèrent une ample provision de matériel et de munitions, sans compter nombre d'artilleurs, qui passèrent à l'insurrection. (Général Vinoy loc. cit., p. 244.)

(2) I«e théâtre du Château, où avait eu lieu, en 1789,1e fameux repas

rirritation extrême. La majorité parlait déjà d'une répression sans merci, suffisamment justifiée à ses yeux par la rébellion ouverte de la Garde nationale et par l'assassinat des généraux. Elle se montrait agitée, nerveuse, et des colloques passionnés s'étaient engagés sur tous les bancs, quand le président Grévy, réclamant le silence, prononça l'allocution que voici :

« Messieurs, il semblait que les malheurs de la patrie fussent au comble. Une criminelle insurrection qu'aucun grief plausible, qu'aucun prétexte sérieux he saurait atténuer, vient de les aggraver encore. Un gouvernement factieux se dresse en face de la souveraineté nationale, dont vous êtes seuls les légitimes représentants. Vous saurez vous élever avec courage et dignité à la hauteur des grands devoirs qu'une telle situation vous impose. Que la nation reste calme et confiante ; qu'elle se serre autour de ses élus ; la force restera au droit. La représentation nationale saura se faire respecter et accomplir imperturbablement sa mission, en pansant les plaies de la France et en assurant le maintien de la République, malgré ceux qui la compromettent par les crimes qu'ils commettent en son nom. »

C'était une déclaration de guerre, et des plus nettes. Mais était-il possible de répondre autrement aux violences et au manque de foi du Comité central ? Seuls en doutaient encore, ou feignaient d'en douter, ceux

des gardes du corps, prélude du retour du roi à Paris, avait été rapidement aménagé en salle des séances. 1/ Assemblée y siégea jusqu'à sa dissolution

qui s'essayaient, malgré tout, à réaliser une conciliation impossible. Ayant donné leur parole, les représentants de Paris voulurent rester fidèles aux engagements qu'ils avaient pris, même après que ceux-ci furent devenus unilatéraux, et, dans la séance même, MM. Clemenceau et Tirard déposèrent une proposition de loi sur les élections municipales (1), tandis que M. I^>ckroy en formulait une autre relative aux élections de la Garde nationale (2), et que MilUère demandait une prorogation de trois mois pour les effets de commerce. Par un sentiment dont il doit lui être tenu compte, étant donnés ses légitimes sujets de plainte, TAssemglée vota l'urgence (3). Mais elle accueillit en même temps avec des applaudissements la promesse faite par les maires et députés de s'opposer aux élections décidées par le Comité central (4). Et ceci laissait bien

(1) Elle tendait à l'élection d'un Conseil municipal de quatrevingts membres, et à la nomination par ce conseil du maire de Paris.

(2) I<es gardes nationaux devaient élire tous les gradés, jusqu'au grade de capitaine inclus ;les chefs de bataillon et les porte-drapeaux devaient être élus par les officiers du bataillon, et par des délégués de la troupe en nombre égal à celui des officiers ; les colonels et lieutenants-colonels, par les capitaines et chefs de bataillon: le général en chef, par tous les officiers supérieurs. I*e général et les colonels pouvaient choisir leur état-major. I^es chefs de bataillon nommaient les adjudants-majors et adjudants.

(3) Sauf sur le projet concernant les élections de la Garde nationale, pour lequel l'urgence n'avait pas été demandée.

(4) I<es représentants de Paris firent afficher deux proclamations. I<a première annonçait le vote de l'urgence et ajoutait : « I<a Garde nationale, ne prenant conseil que de son patriotisme, tiendra à honneur d'écarter toute cause de conflit, en attendant les décisions

voir que le conflit durait toujours. La proclamation que firent afficher, dans la matinée du 21 mars, trentecinq journaux de la capitale, dont l'intention était assurément excellente et le langage irréprochable, mais Tintervention peut-être assez peu opportune, ne semblait pas faite pour l'apaiser. Elle disait :

« Attendu que la convocation des électeurs est un acte de la souveraineté nationale ;

«Que l'exercice de cette souveraineté n'appartient qu'aux pouvoirs émanés du suffrage universel ;

« Que, par suite, le Comité central, qui s'est installé à l'Hôtel de Ville, n'a ni droit ni qualité pour faire cette convocation,

« I^es représentants des journaux soussignés considèrent la convocation affichée pour le 21 mars comme nulle et non avenue et engagent les électeurs à ne pas en tenir compte (1).»

qui seront prises par l'Assemblée nationale. » I*a seconde contenait les phrases suivantes : « En attendant les élections municipales, seules légales et régulières, seules conformes aux vrais principes des institutions républicaines, le devoir des bons citoyens est de ne pas répondre à un appel qui leur est adressé sans titre et sans droit. Nous, vos représentants municipaux; nous, vos députés, déclarons donc rester complètement étrangers aux élections annoncées pour demain et protestons contre leur légalité. »

(1). Avaient adhéré les journaux que void : Journal des Débats, Constitutionnel t Electeur libre, Petit Moniteur, Vérité, Figaro, Gaulois, Petite Presse, Petit Journal, Petit National, Univers, Cloche, Patrie, Français, Gazette de France, Union, Bien public, Opinion nationale, Avenir libéral, Paris- Journal, Presse, France, Liberté, Pays, National, Journal des villes et des campagnes, Journal de Paris, Moniteur universel, France nouvelle, Monde, Temps, Soir, Ami de la France, Messager de Paris, Peuple français.

Cette invitation comminatoire irrita fort le Comité central, qui la qualifia dans Y Officiel de « provocation directe à la désobéissance et d'attentat commis contre la souveraineté du peuple de Paris ». Il en vint même, le lendemain, aux menaces. « Nous prévenons, disaitil, les écrivains de mauvaise foi auxquels seraient applicables en temps ordinaire les lois de droit commun sur la calomnie et l'outrage, qu'ils seront immédiatement déférés au Comité central. »

Celui-ci cependant eût été pour l'instant fort embarrassé de s'ériger en justicier, car de graves préoccupations financières l'assaillaient. Il avait pu, tant bien que mal, et par des moyens de fortune, rendre un peu de vie aux services généraux ou municipaux, tels que l'octroi, l'éclairage des marchés, la voirie, abandonnés par la plupart de leurs employés. Mais tout cela ne lui donnait pas d'argent, et il lui en fallait immédiatement pour assurer la solde de la Garde nationale, dont le dévouement n'aurait certes pas survécu à une disette quelque peu prolongée. Or, on n'avait pas pu mettre la main sur les fonds du Trésor (1), enfermés sous triples clefs, à moins de recourir à un crochetage qui, étant donné que la rupture avec Versailles n'était pas encore complète, aurait, en cas de conciliation, mené loin ses auteurs. I*a banque Rothschild, à qui on s'était

(1) Ils se montaient à 4 600 000 francs. D'autre part, la caisse municipale contenait 1 200 000 francs, et, dans la journée du 21, l'octroi en donna 500 000.

adressé, n'avait consenti qu'à une avance de 500 000 francs. Ainsi acculés, les délégués Jourde et Varlin n'hésitèrent pas à sommer la Banque de France de leur fournir un million à titre de réquisition pour le compte de la Ville. Et la Banque dut s'exécuter (1). Avec les fonds qu'elle fournit, on put maintenir sous les armes les soldats de l'émeute, qui commençaient à trouver un peu long le jeûne qu'on leur avait fait subir.

Mais, entre temps, le parti de l'ordre, se ressaisissant un peu, avait commencé à montrer quelques velléités de résistance. La fermeté des maires, qui tenaient tête au Comité central, la promesse très nette qu'ils avaient faite à l'Assemblée de s'opposer à l'élection communaliste (2), la déclaration de la presse parisienne concernant cette même élection, tout cela avait sorti de sa torpeur un peu étrange la population des quartiers du centre, et provoqué chez elle un certain mouvement. On se réunissait, on groupait ensemble ce qu'on trouvait de défenseurs, éclaireurs Franchetti, mobiles, gardes nationaux, élèves de l'École polytechnique. On mettait en état de défense relatif les mairies des I er et

(i) IyIS3AGARAY, loc. Cit., p. 127.

(2) « Nous avons déclaré, nous, municipalités, que nous nous opposerions à cette élection, avait dit M. Tirardà la tribune. Quant à moi, je m'y opposerai... (Très bien ! très bien f)

M. Clemenceau. — Et moi aussi ! — Nous nous y opposerons tous. Nous ne fournirons ni les listes d'électeurs, ni les locaux, ni les urnes, rien de ce qui est nécessaire ordinairement pour les élections. {Tris bien ! Très bien !) — (Séance du 21 mars.)

II e arrondissements, et on faisait occuper militairement la gare Saint-I^azare. I*e 21, vers une heure de l'après-midi, des manifestants qui portaient deux drapeaux, où on lisait ces mots : « Vive Tordre ! » et « Réunion des amis de Tordre », étaient venus du Grand- Hôtel, en passant par la Bourse, jusqu'à la place Vendôme, où siégeait Tétat-major de la Garde nationale; fnais, comme ils avaient dû bientôt se disperser, devant Tattitude menaçante des fédérés, que commandait Bergeret, ils avaient décidé que la démonstration recommencerait le lendemain, plus imposante et plus compacte. Aux portes des mairies, des postes en armes veillaient.

Quant à TAssemblée nationale, elle se montrait de plus en plus irritée et nerveuse. Elle semblait avoir oublié la loi municipale, et comme, à la séance du 21 mars, les députés de Paris lui demandaient de ne point la remettre à trop longtemps, M. Thiers intervenait en personne. « Il faut laisser le temps d'étudier la question, disait-il. Paris ne peut pas être gouverné comme une ville de trois mille âmes ! » Après quoi, Jules Favre, en un long discours, déclarait que Taccord était désormais impossible, et que même un acte de TAssemblée dans le sens réclamé ne désarmerait pas « les passions indignes qui cherchaient leur satisfaction ». Il disait que, si le Gouvernement avait abandonné Paris, c'était pour y revenir, à la tête d'une armée forte, pour « combattre résolument ». Puis, rappelant comment il

avait sollicité du vainqueur le maintien de la Garde nationale en armes, faiblesse dont « il demandait pardon à Dieu et aux hommes », il terminait sa violente harangue par un quos ego foudroyant : « Quoi qu'il arrive, la souveraineté du peuple aura le dessus : la France ne tombera pas en dissolution. Elle n'en est pas réduite, pour une défaillance [qu'on lui a mal à propos prêtée, à courber le front sous le niveau sanglant qui est dans la main d'une minorité factieuse ! » I^a majorité applaudissait à tout rompre, tandis qu'à gauche s'élevaient des protestations acerbes, et que Tirard, inquiet de ce déchaînement de colères, demandait vainement qu'on ne le laissât pas rentrer à Paris les mains vides. 1/ Assemblée ne lui donna qu'un ordre du jour insignifiant, annonçant sa résolution « de reconstituer dans le plus bref délai possible les administrations municipales des départements et de Paris sur la base des conseils élus ». Quand, munis de ce maigre viatique, les négociateurs essayèrent une fois de plus, dans la soirée, d'amadouer le Comité central, que le discours de Jules Favre avait mis en fureur, ils furent éconduits brutalement et sans formes. Mais, d'autre part, comme ils maintenaient leur décision antérieure relativement aux élections, le Comité, qui ne pouvait se passer d'eux, fut mis dans l'obligation de temporiser. Il renvoya au 26 mars la nomination de la Commune, en affirmant au peuple, dans une proclamation où les maires n'étaient pas ménagés, que jusqu'à cette date « les mesu-

res les plus énergiques seraient prises pour faire respecter les droits qu'il avait revendiqués (1) », Quant aux représentants de la Seine, ils se bornaient à avouer publiquement leur impuissance, en regrettant que la séance de l'Assemblée n'ait pas eu « un autre caractère et de meilleurs résultats ».

Ea situation était donc extrêmement tendue, quand le 22, vers midi, la manifestation décidée la veille se mit en marche du Grand-Hôtel vers la rue de la Paix. Elle comptait cinq à six cents personnes sans armes. Des sentinelles avancées ayant voulu l'arrêter, elle les repoussa et arriva jusqu'aux abords de la place Vendôme, où les fédérés s'étaient rangés en bataille. On entendait les cris de « Vive l'ordre ! Vive l'Assemblée ! A bas le Comité ! » Bergeret, qui était accouru, fit faire des roulements de tambour, puis des sommations réitérées. Ees manifestants avançaient toujours. Alors un coup de feu retentit, suivi d'une violente fusillade. Qui avait tiré d'abord, on ne l'a jamais su. Il paraît cependant très invraisemblable que cette foule pacifique, et qui ne portait aucune arme apparente, ait ouvert les hostilités, comme l'affirment les panégyristes de la Commune. Elle se servit sans doute de ses revolvers ; mais ce fut seulement pour se défendre, et non point pour attaquer. Toujours est-il que, quand elle se dispersa, dix-neuf personnes étaient par terre, tuées ou blessées. Du côté des fédérés, il y avait un

(1) Cette proclamation fat affichée le «3.

mort et huit blessés (i). Cette échauffourée sanglante indiquait suffisamment les intentions des révolutionnaires et la décision prise par eux de ne plus garder de ménagements.

I*e Comité s'exaspérait de voir se constituer peu à peu dans les quartiers aisés la petite armée qui maintenant se groupait autour de l'amiral Saisset, nommé depuis le 19, par M. Thiers, commandant en chef de la Garde nationale, et dont le quartier général était installé au Grand-Hôtel. Sa fureur était grande de constater que les maires demeuraient inébranlables dans leur attitude, et que, s'ils consentaient encore à parler de conciliation, ils refusaient toujours de pactiser avec l'émeute. lueurs réunions à la mairie de la Banque, où ils se tenaient comme dans une citadelle, l'homologation qu'ils avaient donnée à la nomi-

(1) Du côté de Tordre, les tués étaient : MM. Tiby, colonel en retraite ; vicomte de Molinet ; Sassary, ancien officier de marine ; Baude, ingénieur ; Colin, Bellanger, Miet, et cinq gardes nationaux du 7 e bataillon : I^emaire, Niel, Charron, Tinnele et Wahlin. I«es blessés étaient MM. Henri de Pêne, directeur de Paris- Journal ; Otto Hottinguer, régent de la Banque de France ; Gaston Jollivet, homme de lettres ; Brière, lieutenant Barle, Dehersin, Vinganot.

Du côté des fédérés, un garde du 215 e bataillon, François, était mort. I<es blessés étaient : Maljournal, membre du Comité central, lieutenant à Tétat-major de la place, et les gardes Cochet, Miche, Ancelot, I«égat, Reger, Tratu et I^aborde.

M. de Pêne, très grièvement blessé, put cependant être transporté à Versailles, grâce au concours d'une dame hollandaise qui le fit passer pour un de ses parents malade et trompa ainsi la surveillance des gardes nationaux en faction aux Batignolles. (Voir I^éonce Dupont, Souvenirs de Versailles pendant la Commune, p. 33.)

nation de l'amiral Saisset (i), les choix qu'ils avaient faits du colonel I^anglois, comme chef d'état-major, et de Victor Schoelcher, représentant de la Seine, comme commandant de l'artillerie, tout cela indiquait une opposition qui n'était pas près de céder, et dont le Comité s'irritait d'autant plus qu'il la sentait plus opiniâtre. Sans donc s'arrêter à une proclamation dans laquelle l'amiral avait eu le tort de donner comme résolues les difficultés pendantes, alors que l'Assemblée repoussait au contraire toutes les concessions, il se résolut à l'action.

Il y était poussé d'ailleurs par deux personnages récemment venus àlui, Eudes et Ranvier, que n'effrayait point la violence, et qui étaient fort capables d'y recourir pour leur compte. Sous leur inspiration, il commença par destituer Lullier, dont l'attitude lui paraissait à bon droit équivoque, et il le fit écrouer à la Conciergerie. Puis il nomma généraux les citoyens Brunel, Eudes et Duval, dont la première proclamation, lancée deux jours après, contenait ces mots comminatoires : « Tout ce qui n'est pas avec nous est contre

(i) Iye préambule de leur arrêté était ainsi conçu :

« Rassemblée des maires et adjoints de Paris,

« En vertu des pouvoirs qui lui ont été conférés ;

« Au nom du suffrage universel dont elle est issue et dont elle entend faire respecter le principe ;

« En attendant la promulgation de la loi qui conférera à la Garde nationale de Paris son plein droit d'élection,

« Nomme, etc.. »

nous », et ceux-ci encoîe, où se jouait une ironie savoureuse quoique sans doute involontaire : « Paris veut être libre. La contre-révolution ne l'effraye pas ; mais la grande cité ne permet pas qu'on trouble impunément l'ordre public (i). » Il plaça à la Préfecture de police, ou mieux, comme il disait, à T^-Préfecture de police, Raoul Rigault, jeune anarchiste dont on connaissait déjà le jacobinisme farouche et les procédés expéditifs. Il fit occuper la gare des Batignolles, prenant ainsi à revers celle de Saint-Lazare, que tenaient les troupes de Tordre. Enfin il envoya deux bataillons à la Banque, pour l'obliger à lui fournir un nouveau million.

Cependant les Allemands l'inquiétaient. Quelle serait leur attitude devant l'insurrection menaçante qui allait peut-être rendre impossible l'exécution des préliminaires de paix ? Dans l'incertitude qui régnait, le délégué à l'intérieur, Grellier, voulut les rassurer tout de suite. Il déclara que le Comité central était décidé à supporter les conditions déjà acceptées et même à payer l'indemnité de guerre, quitte à la demander « aux auteurs de la guerre eux-mêmes ». Après quoi le délégué aux Affaires étrangères entama

(i) A la fin de mars, arriva une lettre de Garibaldi qui décimait le commandement en chef de la Garde nationale et souhaitait aux fédérés de trouver, pour les conduire. . . , un Washington, à défaut de Victor Hugo, de I/)uis Blanc et de Féhx Pyat ! « Cettre lettre, écrit un des panégyristes de la Commune, révélait que Garibaldi ne se faisait pas une idée exacte de la situation de Paris. » C'est plus qu'évident,

des pourparlers avec le commandant des troupes ennemies à Compiègne, général de Schlotheim, lequel déclara tout aussitôt que ses troupes garderaient « une attitude pacifique et passive tant que Paris ne prendrait pas une attitude hostile (1) ». Enfin le Comité central menaça de la peine de mort des gardes nationaux qui étaient accusés d'avoir tiré sur des sentinelles prussiennes. «On a reconnu en eux, disait-il, d'anciens gendarmes et sergents de ville. » Tout cela n'était ni très digne ni très fier, on en conviendra, de la part de gens qui avaient voulu mettre au seul compte de l'irritation patriotique et du sentiment national blessé la prise d'armes insurrectionnelle dont la guerre civile apparaissait déjà comme l'inéluctable dénouement.

Sur ces entrefaites, les maires, qui commençaient peut-être à se lasser, et s'étaient vus abandonnés par les plus avancés d'entre eux : Millière, Malon, Dereure, Jaclard, eurent une idée malheureuse. Bourrés de souvenirs révolutionnaires, ils avaient imaginé de se rendre en corps à la barre de l'Assemblée nationale, et là d'exposer les doléances de leurs commettants, en demandant aux députés de voter au plus vite les lois que réclamait Paris, ou du moins la partie de Paris qui s'était insurgée. Mais quand, à la séance du 23 mars, après avoir vainement tenté de pénétrer dans l'hémi-

(1) TÎOfficiel de la Commune, en publiant ces dépêches, remplaça le mot pacifique par le mot amicale.

cycle, ils apparurent dans la tribune du président, très solennels, ceints de leurs écharpes et criant : « Vive la République ! » avec la gauche qui faisait chorus, la majorité les accueillit par des cris répétés de : « A Tordre ! », qui bientôt dégénérèrent en un formidable tumulte. 1,0. droite, tout entière debout, exigeait qu'ils sortissent et refusait de délibérer tant qu'ils seraient présents (i). Elle semblait, comme a dit Jules Simon, voir Témeute en personne se dresser devant elle, tandis qu'au contraire il n'y avait là que des braves gens, un peu désorientés, assoiffés de concorde et de paix, mais qui avaient choisi un mauvais moyen de réaliser l'une et l'autre. le tumulte devint tel bientôt que le président Grévy fut obligé de se couvrir et de renvoyer la séance à neuf heures du soir. Quand, à la reprise, un député-maire, Arnaud (de l'Ariège), vint à la tribune exposer les revendications de la capitale réduites au minimum, on l'écouta avec plus de calme, et même sa proposition fut renvoyée à la commission d'initiative. Mais le coup était porté. Désormais, les négociateurs bénévoles devaient comprendre qu'ils étaient pris entre deux courants contraires, dont ils ne pourraient plus remonter aucun.

Pendant ce temps, le Comité central, décidément à l'action, se mettait en devoir de s'emparer des mairies récalcitrantes. Dès le 23, il faisait occuper toutes

(1) Jules Simon, loc. cit., p. 291 ; I^issagaray, p. 139 ; Da Costa, p. 237 ; Vicomte de Meaux, p. 47.

celles qui résistaient encore, sauf aux I er , II e , III e et XVI e arrondissements. A Montmartre, M. Clemenceau, qui avait voulu tenir tête aux envahisseurs, était même un moment incarcéré. I^e 24 mars, une sorte de conseil de guerre était tenu à la Préfecture de Police (1), puis le lendemain, à deux heures, Brunel, accompagné de 600 gardes nationaux de Belleville, avec deux pièces d'artillerie, et flanqué des citoyens Lisbonne et Protot, délégués du Comité, se présentait à la mairie

du Louvre, où il signifiait à MM. Méline et Edmond Adam une mise en demeure d'avoir à exécuter les décisions prises à l'Hôtel de Ville. De là, il se rendit, toujours accompagné, à la mairie de la Bourse, où se trouvaient plusieurs maires et députés, et réitéra sa sommation. Tandis qu'il parlait, et qu'une discussion aussi longue que confuse s'engageait, les troupes des deux partis, massées sur la place, se jetaient des regards de défi et semblaient prêtes à en venir aux mains. Afin d'éviter une collision menaçante, les maires finirent par accepter la date du 30 mars pour les élections municipales et celle du 2 avril pour l'élection du général en chef, qui devait être nommé par le suffrage universel direct (2). La nouvelle de cet accord, aussitôt répandue,

(1) Da Costa, p. 216.

(2) I<es maires eussent préféré le 3 avril, afin de gagner du temps et d'obtenir au préalable le vote de la loi municipale. Ils durent transiger. Et quant à l'élection du général en chef, que M. Schœlcher aurait voulue à deux degrés, il fallut aussi la laisser au seul suffrage de la troupe, Brunel en ayant fait une question hors de discussion.

fut partout accueillie avec allégresse, tant on avait pu croire jusque-là à l'explosion soudaine d'un conflit armé. Il n'était pas cependant, à beaucoup près, définitif.

L'Assemblée d'abord n'en voulait pas, elle qui venait, sur une intervention de M. Thiers lui-même, d'obliger M. Arnaud (de l'Ariège) à retirer sa motion de la veille. Et les violents de l'Hôtel de Ville, Assi, Bergeret, n'en voulaient pas davantage, parce qu'il eût retardé l'avènement de la Commune, qu'ils poursuivaient avant tout. Dans la soirée donc, les maires furent prévenus, par Ranvier et Arnold, que tout était rompu. Quant au Comité, il fit annoncer par voie d'affiche que, comme il en avait été préalablement décidé, les élections se feraient le 26.

C'était un manque de foi absolu, et qui aurait dû mettre les maires bien à leur aise pour rompre définitivement toute négociation avec des personnages aussi peu soucieux des engagements qu'ils prenaient. Mais les maires étaient en très grand nombre des modérés, c'est-à-dire des hommes qui se faisaient illusion sur la valeur des principes et la puissance du droit. C'étaient de plus des gens d'ordre, qui redoutaient une collision par-dessus tout. Quelles que fussent donc les raisons qu'ils pouvaient invoquer pour laisser aux révolutionnaires l'entière responsabilité d'événements qu'eux-mêmes avaient tout fait pour conjurer en allant jusqu'aux concessions les plus

extrêmes, ils cédèrent une fois de plus et se résignèrent à signer une convocation électorale, encore qu'ils eussent promis de tout faire pour empêcher les élections. La proclamation qu'ils remirent séance tenante aux délégués triomphants du Comité central mérite d'être citée en son entier.

«Les députés de Paris, les maires et adjoints élus, réintégrés dans les mairies de leurs arrondissements (1), et les membres du Comité central fédéral de la Garde nationale, convaincus que le seul moyen d'éviter la guerre civile, l'effusion du sang dans Paris, et, en même temps, d'affermir la République, est de procéder à des élections immédiates, convoquent pour demain dimanche tous les citoyens dans les collèges électoraux.

« Les bureaux seront ouverts à huit heures du matin et seront fermés à minuit.

«Les habitants de Paris comprendront que, dans les circonstances actuelles, le patriotisme les oblige à venir tous au vote, afin que les élections aient le caractère sérieux qui seul peut assurer la paix dans la Cité.

« Vive la République ! »

Encore qu'un tel document fût bien réellement l'aveu d'une abdication définitive, le Comité ne le trouva cependant pas suffisamment significatif à son gré et crut bon d'en modifier le préambule, afin de mieux accentuer la capitulation à laquelle ses signataires étaient réduits. Il écrivit : « Le Comité central

(1) Ils ne Tétaient pas encore, et même ils ne le furent jamais.

de la Garde nationale, auquel se sont ralliés les députés de Paris, les maires et les adjoints, convaincu, etc. ; convoque, etc.. » Après quoi il biffa une signature qui lui déplaisait, celle de M. Gallon, adjoint du IV e , et en ajouta de sa propre autorité neuf qui n'y figuraient pas. Un adjoint, M. Murât, ayant protesté par une lettre publique contre ce maquillage, fut mis simplement en prison. Quant aux autres, ils ne dirent mot. Décidément, leur énergie était usée.

A Versailles, on se montrait outré de tant de faiblesse. La droite, qui s'était réunie dans un bureau, demandait qu'on en finît avec les factieux, et ne parlait de rien moins que de remettre le pouvoir entre les mains d'un prince d'Orléans. Un tel bruit, colporté dans Paris, n'était point fait pour y apporter le calme. Quand I^ouis Blanc proposa à l'Assemblée de décider qu'en approuvant les élections du 26 les représentants de la Seine avaient agi en bons citoyens, il fut dédaigneusement renvoyé à la commission d'initiative, qui conclut au rejet de la prise en considération. Ici, l'on considérait la guerre civile comme imminente, et l'on s'y préparait délibérément, peut-être même avec cette arrière-pensée secrète qu'elle était la suprême et nécessaire convulsion de laquelle devait sortir la restauration qu'on souhaitait. Dans tous les cas, personne, même parmi les moins exaltés, ne pensait que la transaction arrachée à la condescendance des

maires pût avoir pour résultat de proroger le conflit (1).

I^e Comité central, lui, se préoccupait maintenant d'achever la victoire qu'il avait ainsi remportée de haute lutte. Dès le 25, il annonça son départ, dans une longue proclamation où il donnait aux électeurs des conseils, d'ailleurs assez poncifs, sur les choix à faire. Et le lendemain, dimanche 26, il fit procéder aux élections, lesquelles, il faut bien le dire, ne répondirent ni à son attente, ni à celle des conciliateurs, qui avaient espéré obtenir l'apaisement en cédant sur tout. Car le parti révolutionnaire, devenant prépondérant dans la nouvelle assemblée, « il était facile de prévoir qu'elle allait, autant par la force des choses que par son tempérament, étendre son mandat et arborer le drapeau de la révolution (2) ».

Elle se composait de neuf blanquistes (3), de vingtsix révolutionnaires de toute nuance, de quinze membres de l'Internationale et de vingt-deux radicaux ou modérés. En tout soixante-deux membres, quand elle aurait dû en compter quatre-vingts. Encore se trouva-t-elle immédiatement très réduite par la démission que donnèrent seize de ses membres appartenant au parti modéré, tels que MM. Tirard et Méline,

(1) Six députés avaient signé l'affiche que nous avons reproduite cidessus. C'étaient MM. Clemenceau, Floquet, Greppo, I/xikroy, Schœlcher et Tolain.

(2) Da Costa, loc cit., p. 310.

(3) I<e chef du parti, Blanqui, était à ce moment en prison, hors de Paris, pour sa participation à la journée du 31 octobre.

et plus tard, six autres élus radicaux, dont était M. Ranc. Les élections complémentaires ne la portèrent jamais beaucoup au-dessus du chiffre primitif. Elle ne comptait que treize membres du Comité central, bien que celui-ci ait présenté des candidats presque partout (i).

Il y a lieu de constater, en le regrettant, que les abstentions avaient été fort nombreuses. Sur 485 569 inscrits, il y eut seulement 229 167 votants, c'est-àdire que 256 803 électeurs se désintéressèrent de la question, ou bien avaient déjà quitté Paris. Comme ils étaient, à l'évidence, et, pour la grande majorité, des contre-révolutionnaires, il est clair que leur vote aurait pu changer la face des choses et peut-être faire avorter la Commune dans l'œuf. Mais les contrerévolutionnaires ne sont pas toujours, il s'en faut, des hommes d'action. Ils attendent, d'ordinaire, que d'autres se chargent de leur salut, et ils laissent volontiers au temps ou aux circonstances le soin de régler les affaires qui les regardent. Tant qu'ils ne se sentent pas, comme au 9 thermidor, directement menacés dans leurs biens ou leur existence, ils hésitent, ils se terrent, ils se répandent en lamentations stériles qui ne peuvent rien produire ni rien empêcher. Et les autres, alors, ont beau jeu pour asseoir leur tyrannie sur la terreur et la violence, au nom de principes qu'ils n'ont garde de répudier ni de proscrire, mais qu'ils

(1) Da Costa, loc cit., p. 309.

violent aussitôt qu'ils sont les maîtres, avec impudeur et sérénité.

Est-il bien nécessaire maintenant de donner les noms des élus ? I^e rôle effacé qu'ils jouèrent pour la plupart et leur piteuse défilade devant les responsabilités ne méritent point une telle publicité. Il y avait parmi eux quelques hommes d'action, dont l'énergie se dépensa surtout dans le crime : Ferré, Rigault, Ranvier, Protot, Duval, Eudes, Brunel, Varlin, Trinquet (nommé plus tard), Amouroux, Pindy. Il y avait des exaltés de l'idée révolutionnaire, qu'aveuglait l'idéologie : Flourens, Vermorel, Delescluze, Vallès, Malon ; quelques braves gens égarés : Beslay, Jourde, Teisz, Gérardin ; et même des fous, tels qu'Allix, Babick, Gambon. I^e reste n'était, en grande majorité, qu'une troupe de comparses, bons tout au plus pour parader, discourir, et... disparaître à la première apparition du danger.

Page 1