‹ 1885-1945: les dates mémorables du Collège de Saint-BonifaceChapitre 13 sur 17 · CR · texte numérisé non relu

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.À la veille des fêtes du 60e anniversaire: nous sommes ” heureux d’avoir pu dresser aux yeux de notre jeunesse un double idéal de vie: par la semaine des vocations, l'idéal du sacerdoce, vocation missionnaire y comprise; par Ta Caisse Populaire, l'idéal de l'Action Catholique si chère au Souverain Pontife et aux évêques. Double idéal qui repose, nous n'avons garde de l'oublier, sur une vie spirituelle intense et sur de fortes études classiques sans lesquelles ces divers mouvements n'auraient pas de bases solides. C’est dire que ce qui paraît innovation plonge ses racines dans nos vieilles traditions. Par là nous mettons fin à cette première série des Dates MémorabléS du Collège de St-Boniface. Plusieurs y déploreront des omissions inévitables: mais il fallait choisir. Bien des noms . de bons ouvriers de l'Oeuvre auraient dû peut-être être mentionnés. Les Dates ne s’y prétaient pas; nous leur rendrons

Le tableau des événements qui forment la trame’de l’his-

toire du Collège serait incomplet si l’on n'y ajoutait ce qui en

est l’âe et la vie intime, c’est-à-dire: l’'Humanisme et Ja culture clässique qui en est l'instrument.

à Nous lui consacrerons les pages finales.

CONCEUSIONS

Ce panorama de l'histoire du Collège de St-Boniface im-

pose à l'esprit une réflexien irrésistible: cé-collège est le fruit d'une somme immense de labeurs obscurs, de dévouements :

enthousiastes, de sacrifices héroïques de nos prédécesseurs: prêtres séculiers, Oblats, vieux Jésuites de la première heure. Ces semeurs de vie connaissaient bien en doctrine et en pratique la parabole de la semence mise en terre. Aux yeux de ‘ l'ignorant du mystère de la germination quel gaspillage que ces beaux grains de blé jetés dans la boue pour y mourir! Mais ce précieux grain sacrifié ressuscite, pousse au soleïl ses tiges vertes, produit des moissons opulentes, donne la vie au monde.

.De même nous vivons des sacrifices de nos pères—non ‘seulement depuis 1885 mais depuis 1818. 5

Les vies d’inestimable valeur de ces hommes qui appar- “ tiennent à l'élite de l'humanité: les grands évêques pionniers

Provencher, Taché, O.MI., les grands Oblats missionnaires Lacombe et ses frères, puis l’ardente jeunesse de ces prêtres qui furent l'honneur du. clergé diocésain, les Forget-Despatis, Dugas, Cherrier . .. ces vies elles furent toutes versées dans ce sillon qui léhgtemps parut stérile et infécond. ..

“Euntes ibant et flebant mittentes semina sua!” (Ps. 125) — Ils allaient de l'avant, avançaient toujours - ‘et répandaient des larmes avec leurs semences. Parfois aussi avec l’enthousiasme de la récolte conquise, portant leurs gerbes d'or: “Cum exultatione. portantes manipulos suos.”

Telles furent les semailles dans l'isolement, la pauvreté, la prairie encore inculte.

, * * # & En 1885 vinrent les Jésuites. Plus nombreux et par suite mieux organisés ils donnèrent un essor nouveau à l'institution.

Mais pour eux aussi se réalisa la mystérieuse loi de la vie fructifiant par l’immolation. Eux aussi-nos bons vieux pères

—comme leurs devanciers, vécurent pauvrement, travaillérent âprement, consacrèrent les plus belles années de leurs: vies à l'Oeuvre du Collège. Ne craignons pas de le dire: pendarit longtemps ils connurent l'exil. Qu'on s’imagine ce que cela sigrfiffait, il y à 50, 60 ans, pour ces jeunes religieux, quitter la douce province de Québec pour venir vivre dans un milieu alors si primitif. Et toujours l’inquiétude du lendemain, la détresse financière. Et plus tard la catastrophe de . l'incendie: Nisi granum frumenti cadens in terram!

La Compagnie de Jésus fit grandement les choses en nous envoyant, dès le début, un personnel éminent.

Dans le journal ‘Le Manitoba”, 28 juillet 1890, nous lisons ce court passage insignifiant à première vue mais lourd *de sens pour qui veut réfléchir: “Il est probable que les RR. PP. Filiatrault, Lecompte et Jetté, de la Compagnie de Jésus, viendront sous peu faire partie du personnel de notre collège. Le Père Prince est arrivé de Montréal dans le même but.”

Ajoutons que cette probabilité se réalisa.

Les Pères. Filiatrault et Lecompte devinrent l’un et l’autre provinciaux de leur ordre; le Père Jetté, d'une distinction exquise, fils d’un ancien Lieutenant-Gouverneur de la province de Québec, grand savant, devint un des plus illustresmissionnaires de l'Alaska. Le Père Prince, un des plus grands prédicateurs de missions populaires du Canada. Mentionnons aussi le Père Lory, premier recteur, personnification du gentilhomme français. ‘ | -

Tels furent les hommes que nous envoya alors la Compâgnie de Jésus. Et les littérateurs, écrivains et orateurs comme le Père Drummond et le Père Chosségros, des savants auréolés de sainteté comme le Père Blain, un préfet comme le Père Tourangeau, dés apôtres comme le:Père Bourque … . . et nous ne citons que quelques-uns parmi les morts, des morts bien vivants dans l'esprit et le coeur de leurs disciples actuels. À ceux qui vivent encore sur cette terre, vieillis et près de’ leur patrie éternelle, noussenvoyons de loin un hommage reconnaissant. | . OT

‘Combien d’entre eux, supérieurement doués, auraient pu

- se frayer ailleurs ce qu’on appelle dans le monde, une “grande. . carrière”, Ils ont sacrifié leurs talents, leur jeunesse, leur vie

à une grandeur supérieure: celle du dévouement obscur et

‘souvent douloureux à l’éducation de la jeunesse manitobaine.

En commémorant leur souvenir ancestral, les fêtes de cette année doivent rappeler à tous nos élèves —actuels et anciens—ce au’ils doivent à leurs éducateurs, et aussi, osons le dire, à la Compagnie de Jésus qui fut si généreuse pour eux.

| Do 64 . LES DATES MÉMORABLES DU COLLÈGE DE SAINT-BONIFACE

Ce devoir, c’est bien plus que la reconnaissance du coeur; c'est la fidélité à l'idéal qui fut érigé à leurs yeux et maintenu durant leurs années de Collège. | . Elèves.anciens et actuels vous n’avez pas le droit d’oublier tous les bienfaits dont vous bénéficiez et tous les sacrifi? ces qui furent prodigués pour vous.

se

Bôniface?

#* , Quelle oeuvre a accomplie jusqu'ici le Collège de:Saint:.,

Il a d’abord préparé un clergé distingué et nombreux, si

l’on considère la faible proportion des élèves qui finissent leur

.… Cours. Notons que dans ces derniers temps le recrutement sacerdotal, après une période de fléchissement, est devenu plus .

‘satisfaisant. Les espérances d'avenir le sont encore davan- ‘tage. Le Collège compte parmi ses dhciens élèves trois évéques, un grand nombre de prêtres disséminés, dans tout l'Ouest, dans tout le Canäda, et même aux Etats-Unis. Enfin n'oublions pas, comme on le fait parfois -en constatant la pénurie des prêtres diocésains, qu’il a fourni des sujets’ à de nombreuses communautés religieuses: Oblats, Père Blancs d'Afrique, Jésuites et autres. Il a de ses anciens dans les missions du Nord, en Afrique, en Chine. Et celàaussi doit compter pour mesurer la fécondité apostolique d’ùne institution.

INélément laïque lui doit l'instruction religièuse, la philosophie et la mentalité catholiques inculquées à de-nombreux

élèves qui ont passé par les classes universitaires ou par le cours de commerce.

Pour les catholiques de langue änglaise il a entretenu, au prix d’un lourd sacrifice de personnel, un cours classique distinct, parallèle au cours français. Dans ce cours anglais, de nombreux Ruthènes ont passé pour soutenir chez leurs com-

patriotes les principes catholiques et pour le recrutement de leur clergé.

Au point de vue’ français en même temps que catholique

il a’été un facteur essentiel de ce que l’on appelle la survivance. Sans ce collège, y aurait-il maintenänt, au Manitoba, une classe instruite française? Si imparfaite soit-elle encore, les anciens de St-Boniface soutiennent sans désavantage la’ comparaison avec leurs concitôÿens’ instruits de langue anglaise. Comme partout il y a des défections et des déchets. Dans l’ensemble et-en immense majorité ils sont fidèles au * double idéal religieux et français de leur Alma Mater. Comme ailleurs il y a divisions, luttes de partis; les divergences d’opi-

PE

nion ne portent pas sur l'idéal à maintenir: religion, langue, éducation, là-dessus tous sont d'accord. Les moyens, les points de vue, les méthodes diffèrent. Est-ce particulier au Manitoba? Ne voit-on pas cela ailleurs, dans les centres même les plus ardents du patriotisme canadien-français”? °

Il est à remarquer que nos hommes de valeur n’ont pas, pour se produire et donner leur juste mesure, un théâtre aussi favorable que dans la province de Québec. Un journaliste, par exemple, ou un littérateur, ne peut atteindre qu’un public peu.

* . nombreux. Un avocat de talent n’aura guère qu’une clientèle canadienne-française, donc restreinte . . . et il ne l’a pas toujours. Un homme politique ne peut aspirer, d'ordinaire, aux postes les plus élevés. S'il y arrive, il ne péut réaliser entièrement son programme catholique et français, heureux, s’il peut empêcher le mal. Ne leur soyons donc pas sévères. Il en est

. ainsi des autres carrières. On aurait tort de juger l'oeuvre - - des nôtres à la mesure du Québec. Pour y maintenir leur idéal, ils ont besoin d’un plus grand esprit de sacrifice. Ils n’ont pas ‘forfait à ce devoir. - - | #0 # #

Ces considérations sur l'Oeuvre du Collège répoñdent : assez bien, il me semble, à certaines critiques contre nos Ànciens. Insistons-y cependant. .:. ‘. ,

“Qu'est-ce qu'ils ont fait,-du’est-cë qu'ils font, les Anciens

* du Collège?” disent certains. F° ; s

Reconnaissons d’abord qu'ils. n’ont. pas réglé toutes les

questions scolaires, économiques, nationales, religieuses; à ‘ cela il y a une raison bien simple: ils ne sont qu'un groupe parmi les 50,000 Canadiens français et ces 50,000 ne.sont euxmêmes qu'une toute petite minorité en face de près d’un million de population ou hostile, ou du moins qui ne la comprend pas. x .

Mais si cette petite minorité manifeste encore une vitalité , surprenante dans des circonstances particulièremen#difficiles, nos Anciens y contribuent pour une large part.

Mais encore, dira-t-on, pour assurer cette survivance, quels homes le Collège a-t-il formés? : .

° Personne n'aura la présomption—et la naïveté—de prétendre qu’un Collège (le nôtre ou tout autre) est une manu-

‘facture automatique d'hommes supérieurs . . . fabriqués en série. Il faut compter avec les sujets eux-mêmes, les familles, à de : nr les influences du milieu, les circonstances . . . Ce qu'on st, LL | .. Sa à . T à PE pe

__66 . : LES DATES MÉNORBLES DU CoLLèGE DE SAINT- BOMFACE

Le

droit d'attendre & un collège , c'est que, par une éducatiôfé : compétente et soignée , cultive et développe les ressources innées que le Créateur a déposées en germe dans les naturesx

. d'enfants et de jeunes gens qui leur sont confiées. Le Collège

ne Crée pas les âmes. Il les forme . .. dans la mesure où elles peuvent être formées, L éducation ne remplace pas la nature:

. elle la cultive et la. fai + frucfifier. Elle ne eh, elle pas,.non

plus, sauf exceptions, “famille: normaleme continuer et la Compléter .,

‘Il ne faut pas. demander à notre collège ce qu'aucun collège ne peut donner: Le rôle d’un collège consisté à faire par-

+, elle doit la

‘ venir à leur.point de maturation les inteligen , les carac-

tères, les. aptitudés. Le ‘collège développe la. lité, oriente

pour ‘la vie, forme pour l'avenir. Quand le jeune hommé, ainsi .

muni dé ses instruments de travail et de ses.armes de combat, : \

est déposé sur le seuil de sa vie personnelle, alors $a respon-"

sabilité seule entre en jeu. À lui désormais de se; grandif à -

la hauteur de l'idéal qui lui a été ontré au Collège. - Chez nous—et ailleurs ‘aussi--les conquérants de l'idéal

pe sont, ne peuvent être que l'exception. Parfois le regard

n’est pas assez haut et la volonté pas assez forte, ou les apti-

tudes sont trop médiocres. Souvent aussi ceux de nos. anciens

réellement doués pour devenir des hommes supérieurs et être TT

reconus comme tels, et qui sont.tout vibrants d’idéalisme gé,

néreux, ne trouvent pas autour d’eux un champ d'action fa- ,* vorable à l’éclosion de leurs nobles ambitions, à l’épanouisse- Les ‘ment complet de leur personnalité. . ° ni - Tu # # * 4 » .

|. et # |

Que trouve le jeune homfhe. au sortir. “du Collège’ pour donner essor à ses aptitudes et produire son plein rendement? Quelle”est l’ambiance\ intellectuelle, artistique? Où: sont les” bibliothèques françaises, les musées, les salles de conférences? : Nous en sommes à la période d'enfance ….. : TN

Surtout le finissant du collège se trouve immédiatement aux prises .avec le terrible problème de sa vie à gagner: Struggle for life. Parfait extincteur d’'idéal. Qu'on veuille bien y réfléchir!

Re:

Et cependant, malgré ces circonstances adverses et en dépit des fôrces hostiles, plusieurs des nôtres ont. pércé les : lignes ennemies et joué un grand rôle. Naguère, oû a pu dres-" ‘ ser une liste impressionnante d'anciens élèves qui forment uné

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l£s DATES MÉMORABLES DU COLLÈGE DE SAINT-BONIFACE 67

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véritable élite. On conçoit que je puisse la reproduire i ici. Citer -

‘ des noms m ’exposerait à trop de péchés d’omission.

Un fait: éclatant s ’impose à l'attention et à la réflexion €t que nous; pouvons citer avec fierté: c’est le gränd nombre —en proportion très remarquable—de nos jeunes étudiants “qui remportent des honneurs insignes dans les diverses universités. Souvent le journal “La, Liberté” a eu l’occasion de signaler les succès vraiment extraordinaires de nos “jeunes Anciens” aux examens

‘de ce jeune étudiant en architecture qui d’abord se:classa . - premier dans un coneours interuniversitaire et pour qui, ensuite, l'Université créa une bourse spéciale pour lui aider à parfaire ses études-à l’Univeréité Columbia. Et le ouvernement de Québec qui envoya deux des nôtres, quis étaient distingués à Oka, prendre des spécialités en agronomie à l’étranger. Et à Québec et à Montréal des classements de premier, combien souvent! Conciuez. ;

Les jeurés d'aujourd'hui peuvent regarder lavenir. avec plus dé confiance que leurs aînés qui se sont. débattus péniblement ‘durant les années de la grande dépression. La situation financière æ&st meilleure. Les organismes économiques de. “chez nôüs $e développent dé façon prometteuse. Aujourd’hui, grâce aux bourses d’études octroyées par. les gouvernements,

iles cârrières rünivérsitaires sont ouvertes à tous. Et une fois franchie avec succés Yé étape universitaire, le succès de la car-

: rière est assuré, souvent*d” une façon éclatante. L'expérience

l’a démontré. , / Ajoutons que l'Aésociation des Anciens Elèves forme des

. projets d’entr aide . . mais pour qu ‘elle entr'aide, il faut :

. d'abord qu’on l'aide. Chaque ancien devrait se faire ue devoir de lui payer sä cotisation annuelle. Alors elle deviendrait ” büissante en oeuvres, en secours confraternels. ‘

. Enfin le Comité de la Perception des Bourses trame des projets conquérants. Mais lui aussi, surtout, doit être ali-

meÿté pour poüvoir aider à son tour. 4

Plaçons ici um appel réitéré et assez sonore pour se ré- Phercuter, si possible, dans toutes nos familles. :

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