‹ 1885-1945: les dates mémorables du Collège de Saint-BonifaceChapitre 14 sur 17 · LA PERCEPTION · texte numérisé non relu

LA PERCEPTION

Que le public le-sache bien: avenir du Collège et. par conséquent des. élèves actuels et anciens, et même de toute notre survivance française ‘au Manitoba dépend du. succès

anitoba, de Québec et de Montréal. Qu’ il me suffise de signaler, pour le Manitoba, le cas:

ue Canadiens français du Manitoba, êtes-vous dignes de

: de la Perception des Bourses d’étude. Sans elle, le Collège ne

peut absolument -pas”côntinuer son oeuvre car un trop grand

nombre de famille:sont:incapables de payer le prix nécessaire au maintien de l'institution. Allons-nous donc fermer la porte aux enfants supérieurement doués parce qu'ils. sont pauvres? Ce serait un gaspillage insensé de talents et d'énérgies. Et que

personne ne dise: ‘Je n'ai pas d'enfant à mettre au Collège,

donc je ne veux pas payér pour les enfants des autres:” — Mon . ami, votre raisonnement serait juste (la plupart du temps) si ‘on vous. demandait de payer une bourse.entière (il y en a cependant qui le font et qui n’en sont que plus heureux)—mais

- on vous demande uhe légère aumôné pour le bien commun,

de la cause française au Manitoba. Songez que nous sommes tous solidaires. Durant la guerre, quels sacrifices cruels n'avezvous pas consenti pour des causes qui vous touchaient de moins près? . ° L'assistance financière qui est demandée, même à ceux qui n’ont.pas d'enfants à envoyer au Colège, se justifie ainsi: Il faut considérer qu'il est de l'intérêt commun de tous les Canadiens français du Manitoba de contribuer à l’oeuvre du Collège. Si nous voulons survivre au Manitoba, il importe qu'il * y ait chez nous une élite d'hommes instruits dont les-oeuvres, la vie, les idées, l'influence rejailliront sur chacune des familles de notre petit peuple. Que deviendrons-nous tous si nous

n'avons plus d'élite intellectuelle dans notre vie nationaie, si”

nous n’avons plus de prêtres pour nos paroisses? Durant les années tragiques que nous venons de traverser, nous avons été témoins de l’héroïsme.guerrier de peuples qui luttaient désespérément par le sang et des privations af- .freuses pour leur existence. ot Tous ces à leur patrie.

On ne vous en demande pas tant: ni sang veïsé, ni pri-

peuples firent virilement les suprêmes sacrifices

vations extrêmes: seulement une légère aumône. pour notre *

survivance nationale. : °

Il y a au moins 15,000 familles françaises au Manitéba. Que chacune donne une humble piastre par année et l'avenir du Collège, l'avenir national est sauvé.

vre? , « # # Uo%

Ces difficultés de la vie ne dispensent pas nos ‘jeunes in- LL

tellectuels de leurs devoirs. Nous les supplions de rester au

‘ poste de .combat, c’est-à-dire dans leur patrie: manitobaine.

H y a désormais plus de position à prendre chez nous. # e2 . X .

LES DATES MÉMORXBLES DU COLLÈGE PE SAINT- BONIFACE 69 ÿ .

A ce propos, Mgr Yelle disait ‘dans un Mémoire au Congrès de la ligue française en 1937: “L’autre danger, c’est. l'immigration de nos jeunes laïques plus instruits vers l'Est, où ils semblent pouvoir plus facilement s'orienter et trouver

-leur' chemin. Cela pose chez nous le problème de la classe.

dirigeante et des chefs de demain. Ce fait, ses. causes et ses remèdes demanderaient une étude spéciale. La réaction se

. fera-t-elle? Nous espérons qu'un groupe. de nos-jeunes étu-

diants à Lave et à Montréal nous reviendra.-Nôus avons surtout besoin de jeunes médecins de largue française. Nous croyons qu’il nous faut aussi une élite agricole sérieusement instruite plus nombreuse. Le mouvement est: commencé. Quelques-uns ont donné le bon exemple. Nos deux députés à la législature provinciale, dont l’un (M. Sauveur Marcoux) est ministre dans le cabinet Bracken,.et dont l’autre (M. Edmond

Préfontaine) se faisait dire par la Free Press qu’il est un des

membres de la Chambre qui manie le mieux la langue an- ‘glaise, sont deux cultivateurs progressifs, anciens du cours classique du Collège de St- Boniface. :

Nos Anciens ne sont pas toute l'élite de notre société,

. . mais ils en sont une part importante. Ils collaborent avec

LT

d’autres aux oeuvres diversés qui forment le champ de l’Action Catholique et Nationale, Ils exercent une. action salutaire dans les divers milieux où ils vivent.

Je résumerais leur action em une phrase: ils ont gardé allumé le flambeau de la race. Et quand on songe à la vague de population hostile qui les avait submergés, c’est vraiment tout ce qu’on pouvait leur demander. Et parfois on leur demande de dénouer l’imbroglio mondial . . .. C’est trop exiger!

Aux plus jeunes maintenant il incombe de ne pas laisser s’éteindre la Vie catholique et française qu’ ‘ils ont reçue de leurs pères et de la transmettre à leur tour à leurs fils. °

Ts sont les héritiers d’une grande tradition: celle des pionniers. Ils vinrent jadis au pays, ces pionniers, non certes par esprit d'aventure, mais à la grande voix de Mgr Taché

pour agrandir la patrie canadienne; non par ahandon de la”

province de Québec maïs pour la dilater, la prolonger, rayon-

ner dans nos prairies son esprit, sa langue, son âme, sa flamme

apostolique: fonder un nouveau Québec. Ils ne purent réaliser

‘leur grand rêve. Le vagues étrangères et hostiles qui défer-

lèrent successiverient sur le territoire qu’ils avaient occupé les -preriérs engloutirent leur système scolaire et-les réduisit à l’état de faible minorité. Ils connurent la détresse des vain-, cus. Et,rvous le savez, on est sévère pour les vaincus. Mais du moins ils ne capitulèrent pas. Ils ont continué la lutte, non

sans succès. Ils ont survécu. Ïls vivent, Et maintenant ils se

tournent vers leurs fils et leur demandent de ne pas laisser.

sombrer leur idéal catholique et français: héritage sacré!

Le Collège existe précisément pour sauvegarder cét. hé:

ritage, cet idéal des ancêtres. L’abandonner serait trahir. Trahison d’autant plus déshonorante qu’à l'heure actuelle nos frères du Québec se cotisent, extirpent de leurs. économies . pour nous aider à organiser notre radio française, ce collège

nouveau genre dont les ondes. sonores iront vivifier nos familles par la parlure ancestrale. 5.

Si cette page de mon modeste livret parvient jusqu’à la vieille province et y éveille un écho, puisse-t-elle y entendre

l'expression de notre reconnaissance et une promesse de fidélité!

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Les vieux se plaisent à reporter leurs espérances sur .les

travail, leur exprimer la confiance des Anciéns envers leur

jeunesse. Il peut témoigner que la flamme de l'idéal collégial est bien vivace et, ardente en leur âme. .

De plus, ils ont cette distinction particulière d’être. de la génération de la guerre: Terrible épreuve qu'il ne faut certes . pas souhaiter — scandale pour les faibles, tonique pour les

forts! —— mais que, forcés d'accepter, ils’ont affronté bravèment. Plusieurs sont gradés et décorés. D’autres, hélas! gisent dans l'arène sanglante: Charles, René, Jules . . . vos confrères

et vos pères vous ont pleurés. Et vous, François, le Disparu,

qu'êtes-vous devenu? +

Mais les autres nous reviennent fortifiés, mûris, virilisés, beaux jeunes gens qui sont restés fidèles à l'idéal de leur éducation,——nous avons pu le constater; et leurs plus jeunes confrères, les universitaires, ont appris eux aussi à voler hors du nid paternel sans briser leurs ailes, eux qui, durant les vacances, gagnèrent courageusement leur vie de Vancouver à Halifax, Cette génération ne sera pas inférieure à leurs aînés. Dans leurs voyages et leurs aventures ils ont appris le monde, les hommes, et à se débrouiller; ils ont acquis une virilité, une initiative et une expérience de la vie qui ? ne venait naguère que bien plus tard—ou jamais.

Nous attendons de vous de grandes choses: vous reprendrez le grand rêve de vos pères et.vous le réaliserez, nous l’espérons. Vous serez la génération des vainqueurs.

Seagate ne ee 4

Pour exprimer l'esprit de leur Association, les Anciens se sont rappelé leur beau latin classique et ont ‘adopté la Lo mineuse devise du poète latin Lucrète:

Et quasi cursores, vitaé Jampada tradunt. (De Natura

rerum, Il, 79) .

Comme des coureurs ils se trañsmettent le flambeau de la vie.

Il y a plus d'un siècle Mgr Provencher alluma à St-Boni- :

face un foyer de vie et de lumière pour guüider les esprits et les âmes jusqu’à la lumière de la vie éternelle.

Il y a 60 ans les Pères de la Compagnie de Jésus furent

ppelés à St-Boniface par l'illustre Mgr Taché et constitués gardiens de ce foyer, animateurs de vie, dispensateurs de lumière.

Ce foyer, comment. l’avons- -nous sauvegardé, alimenté, amplifié à la mesure des besoins grandissants des temps nouveaux? Il serait sans doute peu modeste et puéril de prétendre que nous, atteignimes ‘én tout et toujours .la perfection et

d'essayer de dissimuler les déficiences inhérentes à toute oeu- | vre humaine. Mais ce que nous pouvons affirmer, c’est qu'une * somme immense de travail, de sacrifices a été accomplie’ au:

milieu d'épreuves pénibles et de graves difficultés financières

et autres pour maïntenir vivante et fétonde l'oeuvre de vie

* qui nous a été confiée il y a 60 ans.

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