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et qui ont été résumées plus haut nous avaient en effet permis d'engager la bataille non seulement avec une sensible égalité numérique dans l'ensemble avec les forces allemandes ({), mais avec une même répartition de forces du côté allié et du oôté allemand, savoir :
1/3 entre le Rhin et la Ligne de Verdun-Metz (incluse).
2/3 au nord de la ligne de Verdun- Metz.
Mais la gauche alliée comprenait, en face des meilleures unités de l'armée allemande, des éléments disparates el de valeur inégale (année anglaise, armée belge, etc.).
Et, d'autre part, un des principaux motifs uc l'échec de l'offensive fut que notre instrument de combat n'eut pas
(1) 85 l). I. et 0 I). C. du côté allemand 83 D. I. et 12 D. C. du côté allié.
le rendement qu'on était en droit <Ten attendre.
11 y eut de nombreuses défaillances vlans nos grandes unités, dont plusieurs, surprises ou mal engagées, ont fondu très rapidement et reflué, exposant les unités voisines à des pertes sévères.
— C'est la pé liode la plus difficile de mon existence.
Dans ces circonstances, le commandant en chef a considéré comme un devoir absolu de relever de leur commandement les chefs à qui incombait la responsabilité de ces défaillances.
Ce devoir était tout particulièrement dur à remplir, car plusieurs de ceux qui furent l'objet d'une telle mesure s'étaient fait remarquer, en temps de paix, par des qualités souvent brillantes. Mais, à la guerre, l'intelligence et l'esprit d'organisation ne suffisent pas. Il faut
42 LA GUEH1U-:
en outre au chef un moral particulièrement élevé et une maîtrise- absolue de soi-même, qui lui permettent d'imposer, par ces qualités mêmes, son calme à ses subordonnés au milieu des difficultés de la bataille.
Le salut du pays était en jeu. Ce qui importait, c'était non plus la vaine satisfaction d'infliger des sanctions, mais bien la nécessité urgente de prévenir le retour de défaillances si préjudiciables au bien public. Les événements ultérieurs ont prouvé que le but cherché avait été atteint.
En face d'un tel résultat, l'amertume et le ressentiment ne comptent guère.
LA T.UERKF, 43
B. - - De la bataille des frontières à la bataille de la Marne.
La bataille des frontières a échoué.
La 2e et la lre armées françaises, par l'initiative du début, ont sauvé Nancy et couvert notre droite sur les Vosges. Mais les 3", 4e et 5e armées françaises doivent céder. La 4° armée exécute avec succès sur la Meuse une contreattaque sur les corps de la 4e armée allemande débouchant de Sedan et parvient à les rejeter sur la rivière. Mais, plus au nord, la lrt armée allemande, libre de ses mouvements, dévale à marches forcées à travers la Belgique, l'armée belge est dans Anvers. L'armée anglaise se replie. La voie < st ouverte aux trois armées allemandes de droite.
44 LA GUEUHK
Il faut, avant tout, procéder à un nouveau groupement de nos forces en vue d'une manœuvre stratégique visant à éviter l'enveloppement et à reconquérir, dans toute la mesure du possible, la forme enveloppante ; constituer une armée française à l'ouest des Anglais, renforcer tout notre dispositif d'aile gauche. Mettre ainsi les armées alliées en situation de reprendre au plus tôt l'ascendant sur l'ennemi, tel est le but essentiel et toute autre considération, telle que celle de réocctiper Briey, devient, à côté de celle de sauver nos armées, secondaire.
Dès le 25 août, la nouvelle manœuvre est conçue et ses grandes lignes ainsi fixées (I) : « La manœuvre offensive pro- « jetée n ayant pu être exécutée, les ope- « rations ultérieures seront réglées de
(f) Instruction générale n" 9, du 25 août.
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« manière à reconstituer à notre gauche « par ta jonction des 4e et 5° armées, g de l" armée anglaise et de forces nouu velles prélevées dans la région de « t'est une massse capable de reprendre a l'offensive pendant que les autres » armées contiendront pendant le temps « nécessaire les efforts de V ennem i. Dans a son mouvement de repli, chacune des « 5e, 4e et 5° armées tiendra compte « rtas mouvements d<>s armées voisines, g r^ec lesquelles elle devra rester en a liaison. »
La ligne générale d'où doit partir le mouvement offensif appuie sa droite (3e armée) à Verdun; elle est jalonnée par l'Aisne, Craonne, Laon, La Fère, la région deMoy, Saint-Quentin, Vermand, la Somme, de llam à Bray. Pour constituer progressivement le nouveau groupement de forces prévu vers Amiens, il est fait appel au 7e C. A. cl à la (SV D. R.
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venant d'Alsace, aux 55e et 56e D. II. venant de l'armée de Lorraine, aux 61°et62eD. R. venantdu camp retranché de Paris (i) et, ultérieurement, au 4e C. A. prélevé sur la 3e armée et à la 45e D. I. venant d'Afrique. L'ensemble qui constituera la 6e armée sera mis sous les ordres du général Maunoury disposant de 1 état-major de l'ancienne armée de Lormine.
A la gauche de la 6e armée doit se trouver le corps de cavalerie, puis sur la Somme, de Picquigny à la mer, un barrage tenu par des divisions territoriales.
Des divisions territoriales suffisaient
à cette tâche, abritées par la Somme;
c'était plutôt un service de surveillance
pour arrêter la cavalerie ennemie.
Le plan, précisé le 27 par une ins-
<1) Ordre général n° 9, du 27 août.
traction particulière, comporte une offensive de la 6e armée sur la droite ennemie, en direction du N.-E. (1). Ce qu'on recherche, c'est un enveloppement de la droite ennemie.
Dans de telles circonstances, et alors que de la réussite de ce plan dépendait le sort du pays, tout s'effaçait devant sa réalisation et, quels que fussent les avantages particuliers que certains exécutants pensaient pouvoir remporter sur leur front, leur recherche ne comptait pas devant la nécessité de gagner labatailled'ensemble qui, seule, importait. Si le succès de cette bataille, en nécessitant des prélèvements sur les armées de l'Est, privait celles-ci de quelques avantages particuliers possibles, mais sans lendemain et sans influence sur la situation générale, il
(1) Instruction particulière n° 19, du 27 août.
importait peu devant la gravité de la partie qui se jouait ailleurs.
Mais les circonstances ne permettent pas d'exécuter le plan envisagé sur le terrain initialement prévu. La retraite de l'armée anglaise est fortement gênée par l'ennemi, qui menace aussi, le 28 août, la zone de débarquement de la 6e armée. Une contre-atlaquc, exécutée le 29 août par le 5e armée, dans la région de Guise, donne bien un peu d'air à l'armée anglaise et à la 6e armée, mais pas assez pour que cette dernière puisse achever dans la zone indiquée sa concentration encore très incomplète.
— Vous voyez la difficulté de cette retraite. A chaque instant, il faut donner des coups de boutoir pour rester groupés.
Comme la condition essentielle du succès demeure le regroupement ordonné de nos forces et le maintien de
leurs liaisons réciproques, il faut donc prescrire un nouveau mouvement de repli. La 5e armée devra profiter de son succès pour reporter ses forces derrière la Serre et la 6e armée reçoit comme direction générale de repli Paris, qu'il importe de couvrir pendant que Rouen est indiqué comme direction de retraite aux divisions territoriales de gauche.
Au maréchal French, qui estime le 30 ne pouvoir jouer un rôle immédiatement actif dans le dispositif à prévoir et demande à se replier derrière la Seine, vers Mantes, il est indiqué de se retirer d abord par l'est de Paris, c'est-à-dire derrièrela Marne, entreMeaux etNeuillysur-Marne sauf ultérieurement à se reporter vers l'ouest en contournant Paris vers le sud.
Le regroupement de nos forces, nécessaire pour la manœuvre projetée prime, pour le moment, en importance, toute
autre considération. Il doit s'effectuer en ne cédant que le terrain strictement indispensable à sa bonne réalisation et au maintien absolu des liaisons de nos armées entre elles.
Cette idée est à plusieurs reprises rappelée aux armées et en particulier dans une note du 31 août, où il est en même temps instamment demandé au maréchal French « de ne replier V armée anglaise que si nous étions nous-mêmes obligés de céder du terrain. »
C'est toujours cette nécessité de ne passer de nouveau à l'offensive prévue qu'avec des armées suffisammentreconstituées et soudées qui font considérer comme prématurée une attaque de la 6e armée dès le 31 août, date où le général Maunoury estime pouvoir (mais seulement s'il est absolument nécessaire) agir sur l'aile droite ennemie, mais où un vide qui existe entre nos
6e et 5e armées expose cette dernière à être enveloppée elle-même par la lre armée allemande.
— Ce vide est produit par le repli de l'armée anglaise.
Aussi est-il encore indispensable de reprendre du champ pour assurer la cohésion et la soudure de nos forces.
Tandis qu'il est rappelé au général Maunoury que son rôle est de couvrir Paris, qu'il doit se replier sur la capitale et de se mettre dès maintenant en relations avec le gouverneur militaire (l), le cadre est fixé de la nouvelle offensive à préparer pour réaliser, quand les circonstances le permettront, le plan dès longtemps conçu.
Le mouvement débordant de l'ennemi sur la gauche de la5e armée, insuffisamment arrêté par les troupes
(1) Télégramme du Ie* septembre, 3 heures 20.
anglaises cl la 6e année, oblige l'ensemble de notre dispositif à pivoter autour de sa droite (Verdun) :
« Dès que la 5e armée aura échappé « à la menace a" enveloppement prononcée ce sur sa gauche, V ensemble des 3e, 4e u et 5° armées reprendra l 'offensive. Le « mouvement de repli peut conduire les « armées à se retirer pendant un certain « temps dans la direction générale norda sud.
« On peut envisager comme limite du « mouvement de recul, et sans que cette « indication implique que cette limite « devra être forcément atteinte, le mo- « ment où les armées seraient dans la « situation suivante :
« Un corps de cavalerie de nouvelle « formation en arrière de la Seine, au « sud de Bray.
« Ve armée, en arrière de la Seine, « au sud de Nogeni-sur-Seine.
ce IV* armée :
ce Détachement Foclu en arrière de
« V Aube :
« Gros en arrière de S Or nain, à l'est
a de Vitry ;
« 777e armée au nord de Bar-le-
c Duc (1). »
En outre, et toujours dans le but de n'engager l'offensive prévue qu'avec un Iront parfaitement soudé, alors que le maréchal French proposait de choisir une ligne de défense sur la « rivière Marne » et de tenir avec l'armée anglaise dans la région de Nanteuil-le-îlaudouin, lui est-il répondu que la situation générale ne permettra peut-être pas d'engager la bataille dans cette région, avec le maximum de chances de succès, et lui est-il suggéré de se retirer progressivement sur la rive gauche de la Seine,
(1) Instruction u° 4 du 1er septembre.
entre Melun et Juvisy, s'il en est besoin, pour maintenir sa liaison avec les armées françaises.
Enfin, pour le cas où le groupement de nos armées ne pourrait être suffisant sur la ligne indiquée plus haut, il est prescrit le 2 septembre (1) que la ligne générale jusqu'où les armées sont autorisées, tout en se liant à pousser leur recul, peut aller jusqu'à Pont-sur- Yonne, Nogent-sur-Seine, Arcis-sui- Aube, Brienne-le-Château, Joinville. Le plan de la bataille projetée n'est pas modifié. L'armée anglaise est invitée à y participer : 1° en tenant la Seine de Melun à Juvisy; 2° en débouchant sur le même front lorsque la 5e armée passera à l'attaque, pendant que la garnison de Paris doit simultanément agir en direction de Meaux.
(1) Note 3463 du 2 septembre.
Mais le 4 septembre au matin les circonstances deviennent favorables à la réalisation du plan projeté, le regroupement de nos forces est dès ce moment suffisant pour permettre à la 5e armée d'échapper à la manœuvre d'enveloppement dirigée contre sa gauche. Le dispositif recherché par l'instruction générale n° 4 du 1er septembre et qui doit permettre l'enveloppement de la droite allemande, paraît sur le point de se réaliser.
11 n'est donc pas nécessaire de prolonger la retraite jusqu'aux positions indiquées dans les instructions antérieures comme positions limites et le moment approche de passera l'offensive.
L'ordre en est donné pour le 6 septembre. Et la ligne de départ en pourra être beaucoup plus au nord que celle marquant la ligne extrême du recul autorisé puisqu'elle sera jalonnée par
le nord-est de Meaux, Ghangis, Coulommiers, Courtacon, Esternay, Sézanne, le sud des marais de Saint-Gond, le nord de Revigny.
La bataille engagée le 6 septembre et dont le résultat devait être la victoire sur les armées allemandes, a donc été le résultat d'un plan conçu dès le 25 août, et pour l'exécution duquel les circonstances ne furent enfin favorables que le G septembre. La réalisation de ce plan nécessita un repli auquel une limite maxima avait été fixée et que les conditions stratégiques permirent d'arrêter avant que fut atteinte cette limite. Car ce repli n'avait d'autre but que de permettre le regroupement ordonné et soudé de nos forces, et c'était pour les exécutants entrer tout à fait dans les vues du commandement en chef que de limiter leur recul au minimum, pourvu que, ce faisant, leurs liaisons fussent
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intimement maintenues avec les unités voisines.
Durant toute cette période, au cours de laquelle un nouveau plan avait dû., par suite des circonstances, être substitué au plan primitif, c'était le sort des armes françaises et celui même de la France qui se jouaient. Tout s'effaçait devant cette considération et ce n'était certes pas le moment de songer à réoccuper Briey, que celui où, pour réussir la manœuvre envisagée et reprendre l'ascendant sur l'ennemi, il fallait commencer par lui abandonner, bien à contre-cœur, une partie du territoire national .