LE TIRAILLEUR INDIGÈNE
s'agita dans son lit. Sa face noire s'épanouit; ses regards vagues s'illuminèrent. Il cria :
— Anouma blanche, Anouma blanche! Y a fête! Grand couscouss!
Les mots s'expliquaient d'eux-mêmes. Ehr- Madou jugeait que l'artiste ressemblait, en blanc, à la chère image noire de l'épouse lointaine.
Touchée de cette tendresse... par procuration, la comédienne se voua aussitôt au rôle de consolatrice. Faire au malheureux l'aumône de sa présence lui parut insuffisant. Elle s'évertua à parler comme l'aurait pu faire la véritable Anouma. Elle consentit à répondre au nom de l'absente. Le soir, elle dévorait les relations d'explorateurs, s'assimilant la vie au continent noir, afin de donner au mourant l'illusion d'une amie de l;ï-bas.
Le mal se fit son complice dans l'œuvre de pitié. Ehr-Madou, brûlé de fièvre, vivait une sorte de rêve, peuplé de souvenirs du sol natal et de visions de guerre. L'approche de l'artiste l'apaisait. Alors il balbutiait des phrases touchantes en leur naïveté, où il don-
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'nait à M"*^ Irène le nom de l'être qu'il avait le plus aimé, le grade qui lui avait inspiré le plus grand respect.
— Pitit Anouma!... Ti, bon; ti, colonel!
Doucement se rouvie la porte de la pièce, où s'est enfermée l'artiste à son arrivée à l'hôpital.
Une aide-infirmière, qui nettoie le couloir, s'arrête, ébaubie, les mains croisées sur son balai.
C'est une négresse qui se présente à ses yeux, avec son pagne, son jupon de cotonnade, son gorgerin de grigris, les chevilles et les bras cerclés de bracelets d'argent.
Cependant l'étrangère s'approche. Quelles paroles chuchote-t-elleV L'aide la suit d'un regard attendri.
La femme au pagne a atteint la salle où agonise Ehr-Madou. Elle entre, se glisse sans bruit au pied du lit de fer sur lequel le guerrier finit de vivre.
Déjà le visage du Soudanais a pris une teinte grise. Sous les joues tirées, on sent les mâchoires contractées.