‹ 1914 (volume 2)Chapitre 103 sur 161 · CARDINAL AMETTE · texte numérisé non relu

CARDINAL AMETTE

(Photo Manuel.

Les neutres pouvaient-ils ne pas être entraînés par la contagion de l'héroïsme et l'attrait divin du droit? On se persuadait que tous finiraient par protester contre la violation de la neutralité belge. Sans dcute, pensait-on, la Grèce, qui nous doit son indépendance, se souviendra de Navarin; la Roumanie, notre sœur latine, nous apportera un concours que •seuls nous pouvons récompenser dignement; le Danemark, première victime du pangermanisme, voudra ressaisir ses provinces perdues ; les États-Unis relèveront, au nom de la justice, le gant que leur jette la barbarie allemande. ■Quant à l'Italie, tout en elle nous faisait deviner que bientôt elle combattrait à nos côtés, comme aux beaux jours de Magenta.

Tous les Français avaient au plus haut point le sentiment du devoir national et international. Ils disaient : « L'œuvre sublime à laquelle nous travaillons doit être pénible et cruelle. Mais elle sera payée d'un prix qui compensera tout. Nous aurons brisé le joug

qui forçait le monde à se dégrader et à se ruiner dans la préparation et dans l'horreur de la guerre ».

« Le ralliement au drapeau, c'est le premier devoir », proclamaient les royalistes français.

Les socialistes ajoutaient : « La République universelle ne peut se constituerque silaFrance aie dessus. Faisons respecterla France, avant-garde du progrès humain».

Ainsi se manifestait, sous des formes diverses, cette unanimité sans laquelle la vi toire définitive et même une longue résistance eussent été impossibles.

Dans la sécurité décevante des vingt dernières années, on n'avait institué aucune laiison entre l'administration et l'armée, en vue de la mobilisation. On n'avait nullement prévu le vide que cette mobilisation devait faire dans 'es services. Pourassurer le fonctionnement du bureau de bienfaisance dans telle mairie de Paris, le garçon de bureau resta seul. En hâte, on fit appel à des retraités et à des femmes.

De toutes parts surgissaient les bonnes volontés. La Bourse du Travail et la Mai-ondes Syndicats offi aient leurs locaux au ministre de la Guerre. Les Académies se mirent à la disposition du gouvernement, pour aider à la défense nationale. Elles signalaient à l'opinion universelle la brutalité et le cynisme de l'Allemagne ■comme une régression vers l'état sauvage. Les synagogues, les temples protestants, les églises catholiques priaient avec la même ardeur pour la France. Le cardinal Amette, archevêque de Paris, assistait à la plupart des cérémonies religieuses qu'animait le plus pur patriotisme. Devant Notre-Dame se massèrent plus de vingt mille personnes, unissant leur voix à celle des fidèles qui remplissaient la cathédrale. Tous s'inclinèrent devant des soldats portant Les images des patrons de la France : saint Denis, saint Rémi, saint Louis, saint Vincent de Paul, Jeanne d'Arc. Les religieuses qui demandaient à rentrer en France pour être attachées à des formations sanitaires recevaient immédiatement l'autorisation nécessaire. Chartreux, Dominicains, Lazaristes, Maristes, Assomptionnistes, accouraient pour prendre part à la croisade du Droit.

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