‹ 1914 (volume 2)Chapitre 104 sur 161 · MONSEIGNEUR BUCH · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR BUCH

(Photo Manuel )

Les diocèses de France comptaient un grand nombre de prêtres mobilisés : Ageni56, Albi 8i, Amiens 216, Annecy 209, Arras 210, Auch 160, Autun 283, Avignon 63, Belley 280, Besançon4o3, Bourges 3io, Cahors2o8, Cambrai 3 10, Blois 192, Clermont 2 i3, Digne 107, Grenoble 291, La Rochelle 161, Le Puy 3 12, Lille 320, Limoges 211, Lyon 420, Mende 1 33, Montpellier 81, Moulins 109, Ne vers 108, ( » léans 2o3, Paris 533, Perpignan 170, Poitiers 241, Rouen 198, Saint-Flour 109, Toulouse 2b3, Valence 171, Vannes 43 1, Versailles 246... Au total, sous les drapeaux, 20000 prêtres, olficiers, sous-officiers ou soldats.

Mgr Ruch, coadjuteur de l'évêque de Nancy, était cité à l'ordre du jour : « Parmi les troupes du 20e corps, il semble la vivante incarnation de la foi des apôtres et de la foi patriotique lorraine ». Mgr Perras, vicaire apostolique de Siam, servait comme officier de réserve. Mgr Moury, évêque de la Côte d'Ivoire, comme soldat de 2e classe.

Le secrétaire général de l'Institut des Frères des Écoles, chrétiennes écrivait au ministre de la Guerre : « J'ai l'honneur d'offrir au gouvernement le modeste concours de notre Institut, en vue de participer suivant ses moyens à l'œuvre de salut. Nos frères de 20 à 48 ans, venus déjà par centaines de l'étranger où ils travaillaient au rayonnement de la culture française, se trouvent en ce moment sousles drapeaux. Mais le service du pays comporte une diversité de rôles qui permet ~~ d'utiliser tous les efforts. »

Mgr Lacroix, ancien évêque de Tarentaise, recommanda « le désarmement des partis, pour mieux défendre Celle qui réclame le concours, la vaillance et la force de tous ses enfants ».

L'évêque de Nancy, Mgr Turinaz, le doyen des évêques français, apporta son concours le plus dévoué au préfet de Meurthe-et-Moselle, M. Mirman, qui formait un Comité où se trouvaient des protestants et des Israélites. « Je suis heureux, lui disait-il,, de rendre hommage au désintéressement de mes adversaires confessionnels, et je consacrerai toutes mes forces à prolonger ce mouvement de concorde jusqu'à le rendre définitif» Ce sera le premier bénéfice moral de la terrible crise actuelle ».

Mgr de Gibergne, évêque de Valence

nommé directement par le pape après la

(photo Manuel > dénonciation du Concordat, écrivait au

t. A GUERRE DU DROIT

Président de la République : « Pour rien au monde, les catholiques ne voudraient susciter de l'agitation ou introduire le moindre germe de désunion parmi les enfants de la même patrie, tous si fiers, et plus que jamais, de leur titre de Français ».

Mgr Herscher, de Hettenschlag, près de Neuf-Brisach, ancien évêque de Langres, arche vêque de Laodicée, qui fut le plus jeune évêque de France, s'écriait : « Le pire des Français vaut mieux que le meilleur des Allemands. Si, par impossible, la France était vaincue, je ne croirais plus en Dieu ». Il ajoutait très vite : « D'ailleurs, je suis absolument sûr qu'elle sera victorieuse ». C'est Mgr Herscher qui nous a présenté, au début de la guerre, son compatriote d'Alsace, le grand rabbin Moser, patriote ardent et clairvovant que nous avons perdu si tôt!

Dans une allocution à Notre-Dame, ■■ todikand toisa» (Photo Manuel.)

Mgr Amené récitait avec force les beaux vers où Victor Hugo dit à Dieu :

« Dans vos cieux, au delà de la sphère des nues.

Peut-être faites-vous des choses inconnues

Où la douleur de l'homme enire comme élément.

Ft il concluait : « Ces choses inconnues à l'imagination du poète, elles ont été révélées à la foi du croyant. Écoutez saint Paul : Les souffrances du temps présent ne sont rien, en comparaison de la gloire future qui sera manifestée en nous. Les tribulations courtes et légères du présent produisent en nous un poids éternel de gloire sans mesure ». Ainsi l'archevêque de Paris, dans un geste d'union sacrée, prenait un texte d'oraison tunèbre chez le poète de Notre-Dame de Paris et de l'Année Terrible.

Mgr Schapfer, évêque de Tarbes, Alsacien comme Mgr Herscher, déclarait : « La France n'a rien négligé pour éloigner le fléau de la guerre, jusqu'au point de paraître quelquefois mettre à trop haut prix le bien de la paix. Notre bienaimée patrie puisait dans la conscience de sa force et le respect d'elle-même le courage de mépriser la haineuse mesquinerie de certaines provocations. Mais elle ne serait plus elle-même, si elle ne se tenait pas prête à tirer l'épée quand il s'agit de défendre un bien plus précieux que la vie : l'indépendance et l'honneur, seules raisons de vivre pour une nation ».

A une petite fille de son diocèse, l'évèque de Tarbes demandait : « Que doit-on faire pour montrer qu'on aime le bon Dieu et la France ? » La petite fille, sans hésiter, répondit : « Se battre ».

Un jeune curé arrive à la ligne de feu, au moment où un obus éclate. Le loustic de la section s'écrie : « Hé ! là-bas, le tonsuré, voilà le premier coup de la Messe ». Le curé fait bonne figure à la plaisanterie comme à la canonnade. Quelques jours après, notre loustic le rencontre de nouveau et s'excuse : « — Ma foi ! j'ai eu tort... — Laisse donc, mon vieux, interrompt le curé. Est-ce que ça compte, ce qu'on se dit entre camarades? D'ailleurs, ici, il n'y a pas de tonsure qui tienne. Rien que des poil us! »

I \ fiTJ P. RRH nu DROIT.

A la Ligue des Droits de l'Hnnwie, le président, M. Ferdinand Buisson, rappelait le texte de la Déclaration de 1789 et le commentait ainsi : « Nous sommes tous d'accord pour subordonner nos doctrines politiques a l'amour du pays. Combien peu il doit coûter à l'homme public de s'astreindre à l'oubli de soi-même et de ses opinions, quand il a devant les yeux les magnifiques exemples de dévouement à la patrie que nos soldats nous donnent à tous les moments! »

Le grand organe de la droite, le Gaulois, reproduisant ces paroles, ajoutait : (c Comme ce n'est pas du côté des nôtres qu'on peut avoir des craintes, l'union sacrée survivra à la victoire dont elle aura été un précieux élément ».

M. lïenin, de l'Institut, directeur honoraire des constructions maritimes, président de la Ligue française, faisait cette remarque : « Rien de plus facile que de maintenir l'union saci ée. Voici le moyen. Respecter l'inïniment grand et s'incliner. Dédaigner ['infiniment petit et passer ».

La loi française reconnaît à tout citoyen le droit de professer librement sa religion ou de n'en professer aucune. L'Etat ne doit connaître des croyances que pour assurer la liberté de leurs manifestations, à la condition que ces manifestations ne troublent pas l'ordre. Un citoyen ne doit compte à personne de ses croyances. Tout idéal est libre. La valeur d'un citoyen s'apprécie non pasd'après ses croyances, mais d'après ses actes. La conscience du citoyen est sacrée.

Le 20 août 19 14, on apprit la mort du pape Pie X, hâtée par l'horreur de cette «uerre qu'il n'avait pu empêcher. C'était un pape au cœur simple, ennemi des intrigues politiques, et qui, dans les dernières années, s'était rapproché de la France. Le jour où il présida les fêtes en l'honneur de Jeanne d'Arc béatifiée, nous le ".mes, dans la basilique de Saint-Pierre, faire arrêter sa chaise à porteurs près d'un drapeau français et en baiser l'étoffe tricolore. L'Allemagne lui faisait si durement sentir la tyrannie de ses exigences ! Comme il avait, dans une encyclique sur saint Charles Borromée, parlé du protestantisme dans des termes qui déplaisaient à Berlin, le ministre de Prusse auprès du Saint-Siège, M. de Mulherberg, le somma de les retirer, sous la menace d'une rupture. Le vieillard dut céder. Mais, en présence du monstrueux conflit déchaîné par l'Autriche, lui qui, au Conclave, avait été l'élu de l'Autriche, refusa de bénir les troupes autrichiennes et répondit à l'ambassadeur d'Autriche : « Je ne bénis que la paix ».

Au lendemain de sa mort, le Conclave se réunit. Cinquante-quatre cardinaux y prirent part. Au premier tour de scrutin, manifestation significative, le cardinal Mercier, archevêque de Malines, eut vingt-cinq voix. Les deux principaux candidats étaient le cardinal Maffi, évêque de Pise, appuyé par l'Autriche, et le cardinal Ferrata, ancien nonce à Paris, qui passait pour aimer la France. Au dernier moment, les voix se portèrent sur le cardinal délia Chiesa, archevêque de Bologne, cardinal depuis trois mois à peine, ancien secrétaire du cardinal Rampolla. appuyé par le cardinal Ferrata. Il fut élu à une méd.ocre majorité (3q voix) et proclamé sous le nom de Benoît XV. Il annonça son avènement au Président de la République. Après avoir

If)I4- — LA GUERRE DU DROIT.

consulte le conseil des ministres, M. Poincaré répondit par une lettre que porta à Rome M. Cambon, ancien ambassadeur à Berlin. L'Angleterre envoya au Vatican un Ministre plénipotentiaire pour la durée de la guerre. Jamais le gouvernement de Londres n'avait eu de [dations permanentes avec Rome.

La Prière pour la Paix que publia le nouveau pape ne put être lue dans les églises de France qu'après avoir été retouchée par Mgr. Amette, archevêque de Paris. A propos de cette prière, Mgr. Lacioix disait:

«Nous souhaiterions que le chei suprême de l'Eglise établit une distinction nécessaire entre ceux qui ont déclaré la guerre et ceux qui l'ont subie ; entre ceux qui ont préparé ce brusque guet-apens et ceux qui.

endormis dans une sécurité trompeuse, n'imaginant pas qu'ils pussent avoir pour voisins des bandits, ont dû se dresser, les armes à la main, contre les agresseurs. 11 nous répugne qu'on mette sur le même pied et qu'on traite de iaçon identique les hommes d'État qui ont saccagé et pillé la Belgique et lancé leurs bombes incendiaires sur Louvain, Malines, Reims et Noyon, et les champions du droit et de la liberté qui se sont jetés dans la lutte pour défendre leur sol, leurs loyers et les trésors d'art de leurs basiliques».

Les catholiques de France ne pouvaient songer sans horreur et dégoût à cette prière de guerre (Krieijsçebeï), rédigée pour le clergé . catholique allemand par Mgr. Faulhaber, évéque de Spire: «Père de la miséricorde et de la bonne loi, Roi du ciel et de la terre, laisse-nous invoquer ton nom en laveur du pacte de fidélité des deux Empereurs. Laisse luire ta lace sur notre Empereur et toute sa maison impériale».

Chez tous les pasteurs protestants de France, le droit outragé a trouvé de fervents et fidèles défenseurs. Rendons hommage à l'un des plus éminents, notre regretté compatriote de Lorraine,. Charles Wagner, qui fit avec l'abbé Wetterlé tant d'utiles conférences jatriotiques. Wagner, était un juste au creur tendre, loyal et fort. Sa parole avait une douceur lumineuse et gaie. Personne mieux que lui ne savait parler aux enfants et aux hommes. Lui-même avait une foi d'enfant contagieuse et sublime. Quand Wagner priait Dieu, on sentait Dieu tout près.

S'il faut une image pour fixer, dans les esprits, ce moment unique de l'union sacrée en France, nous rappellerons seulement une scène de guerre en Lorraine. A Taintrux, près de Saint-Dié. en août 1914. les obus allemands avaient mis le feu

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