‹ 1914 (volume 2)Chapitre 115 sur 161 · L'EGLISE DU COTE EST · texte numérisé non relu

L'EGLISE DU COTE EST

(Section photographique de l'armée.)

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Petit-Mont d'Atnance. Cliampenoux est à ib kilomètres au nord-est de Nancy; Velaine, à i3; Laître-sous-Amance, ù 12.

Le village de Sainte-Geneviève fut écrase de projectiles. Le village de Dieulouard fut pris. C'était la marche vers Nancy par la rive gauche de la Moselle. Dieulouard est à 18 kilomètres de Nancy. En hâte, nous limes sauter les ponts de Dieulouard et de .Mai bâche.

A la nuit, l'ennemi, avec des forces neuves, s'élança vers la côte Sainte- Geneviève. Son élan était stimulé par une musique d'enfei : les fifres mêlaient leurs rythmes stridents aux rauques sonorités du cuivre. Les premières lueurs de la

'Ont-a-uousson.

pleine lune éclairèrent des monceaux de cadavres. Les cris des officier:» ramenaient sans cesse les soldats à l'assaut. Malgré tout, vers une heure et demie du matin, une panique les dispersa, par groupes affolés, comme un troupeau harcelé de guêpes. Sainte-Geneviève était sauvée.

Le 3 septembre, Guillaume II était arrivé à Morville. De là, vers le soir, il s'était rendu à Metz pour coucher. Un régiment de cuirassiers blancs en costume de parade, transporté en wagon jusqu'à Delme, attendait, immobile, cuirasses et casques étincelant au soleil, le moment d'en sortir, comme d'une trappe, pour faire une théâtrale entrée à Nancy, derrière le manteau blanc à croix rouge de l'empereur. Le communiqué allemand annonçait la chute de la capitale lorraine. Disons tout de suite que le moment vint où l'ennemi eut besoin de ces cuirassiers non pour la parade, mais p >ur un suprême effort. 11 les lança avec la ^arde contre les batteries françaises. Ceux qui survécurent rentièrent à Metz exténués, éperdus, mendiant un morceau de pain ou un fruit, les yeux pleins d'horribles visions.

e à l'échec de ses troupes qui viennnent de taire our prendre Nancy. Déçu, il quitte le champ de it officiers et cavaliers qu'il avait amenés en cos-

;, pour faire l'entrée qu'il espérait triomphale à Nancy.

ÉCHEC DES ALLEMANDS DEVANT NANCY, par G. Charpentier-Bosio

rr assiste a Vickec de ses troupes gui «iennmml ell'.r.» pour prendre Nancy. Déçu, il guitte le champ de bataillé, abandonnant officiers et cavalier gu il avait amenés en «Ktumes de parade, pour taire l'entrée qu'il espérait triomphale .% .Nan.s — (Septembre tqlq.)

Où en étions-nous, au matin du 7 septembre? Nous avions réoccupé Gerbéviller et ressaisi la Mortagne, de Rehainviller au bois de Moyen. Mais, sur la Moselle, la situationrestaitinquiétante. L'ennemioccupaitSaizerais,à 1 3 kilomètres de Toul,et>e dirigeait vers Rozières-en-Haye. Il cherchait à couperToul de Verdun, à s'infiltrer vers Saint-Mihiel, et à s'emparer de Nancy. S'il avait réalisé ce triple dessein, il eût ajouté à un grand résultat stratégique un grand effet moral. De nouveau, Guillaume II, entouré de cuirassiers blancs, alla attendre son heure à respectable distance de la bataille. Parmi les villages en feu, il suivit la route, qui, comme le trait d'union le plus correct, joint Çhàteau-Salins à Nancy. Il lui fallait la prise du Grand-Mont d'Amance, hauteur de 410 mètres qui domine la vallée de l'Amezule où passe cette route. Ses canons, particulièrement les gros mortiers établis près de Brin, accablaient de projectiles nos troupes cramponnées à Amance. En quelques heures, elles perdirent tant d'hommes et d'officiers qu'elles se replièrent. La route s'ouvrait devant Guillaume II. L'ennemi parvenait à lapartie ouest de laforèt de Champenoux, l'occupait, s'y fortifiait, nous forçait d'abandonner la forêt de Velaine-sous-Amance et de nous retirer vers Cercueil : « Tout, pour que l'empereur entre à Nancy ! »

Castelnau se composa une masse d'attaque : deux régiments de coloniaux, un bataillon de chasseurs, deux régiments d'infanterie, de l'artillerie de campagne, un peu d'artillerie lourde, et en confia le commandement au général Ferrv, avec mission d'attaquer l'ennemi au débouché de la forêt de Champenoux. D'autre part, contre les forces allemandes qui s'avançaient vers Saint-Mihiel, il dirigea, sur l'ordre du généralissime, la 2e division de cavalerie.

Le 8 septembre, l'ennemi attaqua encore vers la forêt de Crévic et le bois d'Haraucourt. Son principal objectif, c'était la ferme de la Bouzule qui, sur la route de Château-Salins à Nancy, commande la vallée de l'Amezule. Nous réussîmes à organiser cette ferme pour la résistance. En même temps, nous repoussions l'ennemi dans la forêt de Champenoux. Bientôt, de cette forêt, il ne posséda plus que la moitié située de l'autre côté de la Grande Tranchée. Nos canons du plateau d'Amance continuaient à bombarder copieusement la route de Château-Salins. L'empereur donna ordre de nous déloger de ce plateau. A plusieurs reprises, nos baïonnettes arrêtèrent ses tentatives.

Ce fut a ce moment tragique, en ce coin de terre lorraine où il avait ruminé tant d'espoirs, que Guillaume II reçut des nouvelles de la région parisienne. Ses armées étaient menacées sur la Marne. Paris comme Nancy lui échappait.

Vers Nancy, la ruée germanique avait été particulièrement formidable et féroce. Un des soldats lancés au massacre et au pillage a écrit, sur le carnet taché de sang que nous avons sous les yeux : « Mes camarades ne sont plus des hommes, ce sont des brutes » (Keine Menschen, sondern Tiere). Un autre soldat ajoutait : « Toute la journée, nous avons lancé des grenades incendiaires dans les maisons. Le soir, choral militaire. Nous chantons : Maintenant, remercions Dieu {Nun danket aile Gott). Ainsi, ce soldat savourait pieusement la joie de nuire : Schadenfreunde. La langue allemande est la seule qui ait un mot pour exprimer ce sentiment, et le peuple allemand, le seul qui ait un cœur pour l'éprouver.

L'armée du kronprinz, la plus nombreuse et la mieux exercée des armées allemandes, opérait alors du côté de Verdun. Ne pouvait-elle prendre d'assaut les côtes de Meuse, foncer sur Saint-Mihiel et couperles armées françaises? Déjà, par la vallée du Rupt de Mad, les Allemands s'avançaient en force. Déjà, leurs obus éventraient le fort de Troyon, sur la rive droite de la Meuse.

Castelnau sut veiller aussi de ce côté. Il y eut grand mérite, car, dans le reste de la Lorraine, l'ennemi ne lui laissait pas de répit. Un feu ininterrompu était dirigé

sur le Mont d'Amance et sur le Rembètant, d'où notre artillerie commandait les vallées de la Meurthe et du Sanon. I)es combats acharnés se livraient à la Fourasse et au défilé de la Bouzule (g septembre1. L'ennemi N'empara de ce dénie. La nuit suivante, il envoya, sur la ville ouverte de Nancy, 77 obus. Son système consistait n accompagner toute grande attaque contre les soldats « d'une grande entreprise de terrorisation sur les civils ».

Nancy ne s'en émut pas. Les hôpitaux militaires et la «are avaient été évacués. Les caisses publiques allaient chaque soir chercher un abri à Toul. La nuit, les Nancéiens voyaient, de la place Stanislas, éclater les obus, ils songèrent a meure en sûreté les archives de la préfecture. Ce travail aurait exigé plusieurs mois. Rien que pour trier les documents les plus précieux, il eût fallu des semaines. Le préfet demanda à l'archiviste : « Avez-vous des choses d'une valeur extraordinaire? — Trois, une charte de Louis d'Outre-mer, une de .Charles le Simple une de Charlemagne lui-même, datée de 777 ». Le préfet fit de ce trésor un petit paquet qu'il aurait emporté sur lui. Lui-même raconte spirituellement que, l'année suivante, parmi des paperasses, il aperçut un paquet poudreux. Par bonheur, il l'ouvrit. C'était la charte de Charlemagne, sauvée une seconde fois.

Nos ire et 2e armées, domptant leur extrême fatigue, contribuaient puissamment à la victoire générale qui allait s'étendre de l'Ourcq aux Vosges. Le défilé de la Bouzule était repris. Des surprises, à la Fourasse et à la forêt de Çhampenoux, près de la route de Chiteau-Salins, nous coûtaient cher. D'autre part, l'ennemi qui, à défaut de Nancy, voulait Verdun, avait la satisfaction de pousser jusqu'à Rupt-en- Woëvre, a 3 kilomètres à l'est de la Meuse, à i3 kilomètres au sud de Verdun et à 10 kilomètres au nord de Saint-.Mihiel. Mais, la encore, en face de lui, il allait trouver des troupes prêtes au combat et soutenues par le 20e corps. Bientôt Lunéville était délivrée, on sait en quelle splendide effusion de joie! Nous rentrions à Manonviller. Les Allemands, en se repliant, après quinze jours d'occupation, avaient lait sau;er le fort en employant tout ce qu'ils y trouvaient d'explosifs. Pour détruire des constructions qui couvraient une superficie de 40000 mètres carrés, ils avaient multiplié à tel point les foyers que rien d'intact ne subsistait : un bloc de béton large de 60 mètres fut projeté comme un brin de paille. « En m'établissant dans ce fort, nous dit le général Genty, j'eus grand'peine à le retaper. » Enfin, de la Mortagne, nous passions à la Meurthe. Les positions les plus importantes de l'ennemi, par exemple son centre de ravitaillement Réméréville, tombaient entre nos mains.

La Meurthe délivrée.

Le Haut Commandement allemand jugea la partie perdue en Lorraine. Il envoya vers l'Aisne le général von Heeringen avec la plupart de ses régiments. Au même moment, le Haut Commandement français opérait de nouveaux prélèvements sur nos deux armées de Lorraine. Il ne leur laissa presque plus d'éléments actifs. Ce furent nos réservistes et nos territoriaux qui achevèrent de sauver Nancy en arrêtant l'invasion.

La ire armée avait reçu cet ordre : « Adopter désormais une attitude défensive et se borner à maintenir les forces adverses, puisque la partie décisive se joue à l'extrême gauche ». Une violente attaque des « forces adverses » fut dirigée, le 5 septembre, vers Moyen. L'ennemi espérait repasser la Mortagne. Notre 16e corps fut d'abord refoulé sur la rive gauche. Mais il contre-attaqua violemment, et la sanglante bataille de Moyen devint une victoire pour nous.

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Autre attaque, le même jour. L'ennemi occupa Mandray, dont les escarpements boisés s'élèvent, près de Fraize, à une hauteur de 800 mètres. Il occupa également le Haut-Jacques près de Saint-Dié. Mais, le lendemain, nos contre-attaques eurent le meilleur succès. La vallée de la Meurthe nous était rendue. Bientôt, ce lut à notre tour de prendre l'offensive. Nous marchâmes vers Xaffévillers, Saint-Pierremont, Magnières, Domptail-en- Vosges. Rude besogne, et qui comporta d'abord de cruelles alternatives !

A la 1 re armée, on venait, nouveau prélèvement, d'enlever le i'3e corps, en disant au général Dubail : ■ Vos troupes ont compensé la diminution de vos effectifs par une activité toj)ours croissante ». Cette activité, le général Dubail l'appela d'un mot plus juste : « ténacité ». Il ajouta : « Je n'aurais jamais cru que cette vertu put être poussée si haut par des hommes ». A quoi le Haut Commandement répondit : « Vous avez su insuffler à tous l'énergie dont vous êtes animé ». En compensation de tant de prélèvements, la Lorraine bénéficia de certaines forces venant d'Alsace. En Alsace notre front se stabilisait au delà de Thann, à la suite d'une offensive coïncidant avec la victoire de la Marne.

L'ennemi, qui estimait, comme nous, qu'une partie décisive se jouait ailleurs, se retira en quittant tout d'abord les endroits les plus avancés. Nos troupes, après être rentrées à Saint-Dié sous une pluie de fleurs, avancèrent vite jusqu'à Laveline.

Pour marcher plus librement sur Saint-Mihiel, l'ennemi aurait voulu retenir le plus possible de nos troupes dans l'est de la Lorraine. Il se cramponnait à Magnières et à Vallois.Nous préparâmes donc une grande attaque vers une ligne jalonnée par Domptail, Azerailles, Baccarat, Raon-1'Étape, le Ban-de-Sapt et Coinches.

Tout à coup, nous apprîmes que l'ennemi avait quitté Magnières et Saint- Pierremont. puis qu'il repassait la Meurthe, en faisant sauter les ponts. Il bornait donc son ambition à se maintenir sur les contreforts des Vosges, c'est-à-dire au Bande-Sapt, à Senones, au Donon, à Raon-sur-Plaine.

A chaque pas que nous faisions sur notre sol délivré, nous trouvions des cadavres et des épaves de toutes sortes abandonnées par lui. Au^si. nos soldats se disaient-ils : c Nous lui avons fait plus de mal que nous le pensions. Que ne l'avons-nous su !... » Mais ce regret était en somme un réconfort.

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