‹ 1914 (volume 2)Chapitre 116 sur 161 · LA BATAILLE DE LA MARNE · texte numérisé non relu

LA BATAILLE DE LA MARNE

Vers la Marne.

Le terrain de combat, en Alsace, i-n Lorraine, dans les Ardennes eten Belgique, ne nous avait pas été favorable. Le Haut Commandement en chercha un autre, sans perdre une minute.

Tout d'abord, il prit toutes les précautions pour permettre à nos troupes de se retaire et de se regrouper à l'abri des attaques.

A chaque armée, il indiquait ses lignes de repli : pour les troupes britanniques, la rive gauche de la Somme; pour notre Ve armée, la ligne Yermand-Saint-Quentin- Moy ; pour notre IVe armée, la ligne Berry-au-Bac-Reims-montagne de Reims; pour notre IIIe armée, Yerdun-Yarennes-Sainte-Menehould.

A aucun moment, il ne perdait de vue ce point capital : conserver la liaison entre les armées, particulièrement entre la IVe et la Ve, dont la droite battait en retraite par la forêt de Saint-Mi hiel.

A la gauche de la IVe armée, la situation devenait critique. Nous avions dû abandonner Rocroi, Charleville, Mézières. La vallée de l'Oise s'ouvrait, à l'ennemi, comme une grande route d'invasion. Comment lui résister sur les rives de la Meuse, puisqu'il menaçait d'envelopper l'armée britannique et de couper nos armées de l'Est ? Le fort des Ayvelles lui fut livré.

L'ordre de faire sauter les pon s de la Meuse n'avait pas été partout exécuté, faute d'explosifs ou de chambres de mine. Près de Sedan, le pont de Torcy était fermé tant bien que mal par une barricade.

L'ennemi, trouvant à peu près intact le pont de Donchery, entre Sedan et

Charleville, pensa capturer le qe ^orps. Le 25 août, des cavaliers allemands entrèrent à Sedan et une batterie ai! emande s'installa à Bazeilles. Le lendemain, un combat s'eng.igea à Noyers. L'ennemi ne se replia que pour revenir avec des forces nouvelles.

Apre: avoir passé la ?»leuse à Stenay, notre 2e corps fit sauter le pont, mais si incomplètement que l'infanterie ennemie put y passer.

Pour que l'ennemi ne pénétrât pas en coin entre la IV et la V aimée, la IVe armée essaya de le refouler sur la rive c'roite de la Meuse. Le 2e corps et le qe corps attaquèrent les premiers. Le 9e corps avait avec lui une division marocaine toute fraîche, sous les ordres du général Humbert.

La 19e division de cavalerie, chargée d'assurer la liaison entre la IVe et la Ve armée, avait été obligée de se retirer. L'ennemi occupait Rocroi. Il occupa Sedan avec des clameurs de joie frénétique. Nos troupes s'établirentsur les crêtes de Pont-Maugis, dans la forêt de la Marfée qui, en 1870, avait fourni aux Allemands une si avantageuse position.

De là, nous commandions la boucle de la Meuse et la presqu'île d'Iges, de sinistre mémoire, où, en 1870, l'armée de Mac-Manon, vaincue, avait misérablement campé pendant dix jours, avant d'être traînée, captive, en Allemagne.

Le 27, l'ennemi s'infiltra vers la partie nord de la forêt de la Marfée. Nos batteries

b. . • r . 1 (Photo Manuel,

nserent son avance et notre infanterie, dans •

un bel assaut, lui enleva le colonel avec le drapeau du 68e d'infanterie prussienne. Il

revint à la charge, soutenu par une artillerie toujours plus puissante. De nouveau,

il fut contraint de se replier, en laissant des centaines de cadavres à la Marfée. Nous

lui reprenions la ferme de Chaumont-Saint-Quentin. Il allait donc être rejeté sur

l'autre rive de la Meuse.

Mais le 1 7e corps n'avait pas pu l'empêcher de passer la Meuse près de Mouzon, sur un pont de bateaux que l'explosion avait trop épargné. Pour cette opération, les troupes allemandes rirent marcher devant elles, en bouclier, des lemmes, des vieillards, des prêtres, des enfants.

En même temps, l'ennemi avait passé la Meuse à Villers devant-Mouzon et à Remilly. Son dessein était de se glisser entre le 17e et le 12e corps. Il échoua dans la forêt de • Raucourt. Cependant nos troupes, qui voyaient s'accroître les forces adverses, cessèrent de se sentir protégées par la Meuse.

Le 2e corps (général Gérard) barra la route aux Allemands près du village de Cesse et leurinrligea de graves pertes. Mais, la retraite générale étant décidée, leHaut Commandement ne pouvait plus permettre à nos généraux vainqueuis de rester en arrière. Ils eussent été exposés à payer cher une victoire partielle. Le général Langle de Cary reçut cette dépèche si caractéristique :

— Restez, si vous voulez, sur vos positions, demain, 28 août, pour bien affirmer votre succès et montrer que votre repli est purement stratégique. Pour aprèsdemain 29, tout le monde doit être en retraite.

Le 9e corps (général Dubois), dont le quartier général était à Poix-Terron

Page 1