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r.F.NEHAL GROSSETTI
(Photo Manuel.)
A cet endroit du front, la forêt de l'Argonne et les côtes de Meuse offraient leur solide rempart. Au contraire, à l'autre extrémité, dans les Flandres, presque aucun obstacle matériel ne s'opposait à la marche de l'ennemi qui, ".yant passé la Sambre à Charleroi et le canal à Mons, s'élançait vers Paris.
De tous les avantages de l'avance, le plus important est de ne jamais laisser voir les pertes. Pas un mort, pas un blessé. Ainsi, malgré les coups terribles qui l'avaient atteint, l'ennemi paraissait invulnérable. Ses agents exploitaient partoutcet avantage avec leur habileté sans pareille. Quel Parisien n'a pas entendu répéter alors: « Plus on tue d'Allemands, plus il en vient! »
Dans l'enivrement d'une invasion qu'il finissait par considérer comme la vic.toire décisive, l'ennemi ne songeait même plus au grand projet d'occuper les ports des Flandres. Il se ruait, se ruait, se ruait. En trois jours, son plan initial s'était mué en un simple hurrah de reîtr?s.
Malgré tout, la retraite française, grâce à la science des chefs et au courage des hommes, continuait à s'organiser. Sur toutes les routes, aux heures de la plus accablante chaleur, on disait à nos soldats : « Nous reculons devant les Allemands, mais pour mieux leur sauter dessus ». Et c'était encore plus vrai qu'on ne le croyait.
Près du Cateau, le 2e corps britannique, sous le commandement du général Smith Dorrien, avait soutenu, le 26 acùt, un très dur combat dans de détestables conditions. A grar.d'peine et à grands frais, il échappait à l'enveloppement. Entre le 2e et le Ier corps britannique se produisait une fissiire qui semblait devoir attirer l'ennemi.
Dans l'après-midi, le général Smith Dorrien entendit le canon sur sa gauche. Il pensa : « Yoilà le canon allemand : je suis tourné ». C'était le canon français. Le
LA GUliKRE DU DROIT.
général Sordct, qu'il avait appelé à son secours, lui répondait par la voix de son artillerie montée, puis par l'élan de ses escadrons à pied. D'autre part, une division de l'armée d'Amade, arrivée à Cambrai, contribuait, malgré un échec au nord de Saint-Quentin, ausalut des troupes britanniquesprès du Cateau. Les artilleurs etles cavaliers anglais protégèrent bravement une retraite que, d'ailleurs, favorisa le talus de la voie ferrée de Cambrai à Busigny. Le maréchal French, qui n'avait pas conseillé l'affaire, en loua dignement le résultat.
L'ennemi, en racontant cette bataille du Cateau, insista longuement sur un échec français près de Saint-Quentin, au village de Marquion, où il avait réussi à enlever sept batteries de campagne et une batterie d'artillerie lourde. Il transforma de même en une éclatante victoire allemande les combats livrés près de Bapaume et de Combles par l'armée d'Amade en retraite.
Le 28, malgré la résistance du corps de cavalerie de Sordet, il entrait à Péronne.
Notre VIe armée, de formation récente, avait un chef éprouvé dans le général Maunoury, le vainqueur d'Étain, artilleur consommé, habile manoeuvrier, et qui avait commandé le 20e corps, lui aussi. Cette armée se composait alors du 7e corps, du 5e groupe de divisions de réserve, d'une brigade de tirailleurs marocains, du 6e groupe de divisions de réserve, du corps de cavalerie Sordet et de quatre bataillons d'alpins.
Sa première tâche consista dans la défense d'Amiens et de Paris. Mise en
dangerpar laretraite britannique, elledutopérer un repli général. Le 7e corps, attaqué par l'armée de Kluck àProyart, près de Chaulnes, résista héroïquement en infligeant de graves pertes à l'agresseur.
Pendant ce temps, l'armée de Bulow, où figurait la garde prussienne, redoublait de rapidité, entraînée à la fois par la certitude du succès et l'appât du pillage.
Pourtant, comme l'armée de Kluck, elle avait subi de terribles saignées. Tel régiment de la garde, par exemple, avait dû remplacer cinquante-cinq officiers sur soixante. Les officiers répétaient aux soldats, pour leur faire oublier leur fatigue : « C'est le coup suprême que vous portez. La fin de la guerre est entre vos mains. Vous allez faire prisonnière l'armée que l'Angleterre a osé envoyer contre nous. Demain, ces misérables Anglais seront punis d'avoirdéclaré une guerre scélérate ». Sous de tels aiguillons, l'ennemi abattait cinquante kilomètres en un jour. D'ailleurs, presque à chaque pas, il avait la joie de capturer des soldats britanniques débandés et encore plus épuisés que lui. Il arriva ainsi au triangle compris entre Guise, Saint-Quentin et la Fère. Près de Guise, le 28, à cinq heures du matin, il engagea le combat. Le soir même, vers onze heures, en occupant Guise, il troublait profondément notre manœuvre.
La Ve armée, qui avait reçu l'ordre d'attaquer, se cramponna au massif de
VON Bl LOW.
(Photo Manuel.)