‹ 1914 (volume 2)Chapitre 119 sur 161 · BATAILLE DE LA MARNE · texte numérisé non relu

BATAILLE DE LA MARNE

Retraite des armées allemandes dans la région de Crécy-en-Brie.

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Saint-Gobain, pour empêcher l'ennemi de passer l'Oise à la Fère et de cerner l'armée britannique. Tandis que Kluck était retenu par Maunoury à Proyart, Lanrezac tint tète à Biilow.

Dès qu'il se fut emparé de Guise, l'ennemi s'efforça de s'emparer de la Fère. Lanrezac avait cru que le Ier corps britannique lui prêterait une aide efficace en attaquant vers le sud de Saint-Quentin. Mais le général Douglas Haig, après plusieurs hésitations, déclara que toute intervention lui paraissait absolument impossible. De là, pour Lanrezac, une nouvelle cause d'infériorité. L'ennemi passa l'Oise aux ponts de Guise.

Pourtant, la journée débutait pour nous par des succès. Notre 18e corps, s'étendant entre la route de Guise et celle de la Fère, enleva brillamment la ferme de Lorival. Là, nous attendîmes que les Britanniques nous donnassent la main. Après quatre heures, notre cavalerie nous annonça que notre attente était vaine.

Changement de front. Nous parvenions jusqu'à Homblières-Marcy, c'est-à-dîre que nous occupions la ligne de Guise à Saint-Quentin. Les divisions de réserve du général Valabrègue furent chargées d'attaquer vers le sud de Saint-Quentin, sans se préoccuper de l'armée britannique. Notre préparation d'artillerie commença avec méthode. Nous étions à cinq kilomètres de la ville. L'ennemi vit le danger et mit tout en œuvre pour y parer.

A tout prix, il voulut occuper Urvillers, à huit kilomètres de Saint-Quentin, parce que le sort de Saint-Quentin en dépendait. La possession des ponts de Guise lui donnait un avantage important : il pouvait nous tourner. Comme nous travaillions à le refouler, il fit venir en hâte, jour et nuit, des renforts de toutes sortes.

Soudain le général Hache, qui commandait notre 3e corps, déclencha une offensive très heureuse. De nouveau, nous nous rétablissions au signal d'Origny.

L'ennemi, toujours grâce aux ponts de Guise, s'était avancé, dans le brouillard matinal, jusqu'à Audigny. Son artillerie lourde le soutenait puissamment. Malgré tout, le général Franchet d'Espérey lança une contre-attaque fort bien préparée. L'ennemi fléchit et recula jusqu'à l'entrée de Guise.

À notre droite, nos hommes sentaient passer sur eux le souffle de la victoire. Mais, à notre gauche, l'armée britannique avait prolongé sa retraite jusqu'à l'Aisne. Bùlow pouvait refaire sa liaison avec Kluck.

Dès lors, Lanrezac, bien qu'ayant la double supériorité de la position et du succès, pouvait-il rester à découvert ? D'ailleurs, l'ordre général de repli ne souffrait pas d'exception. Quelques semaines après, à propos de la bataille de Guise, Joffre avoua : « En arrachant la Ve armée à sa victoire, j'ai eu le cœur déchiré ».

La garde prussienne, détruite plus qu'à demi, laissait entre nos mains près de 5oo prisonniers. Nous tenions à la gorge l'ennemi qui n'avait plus, de l'autre côté de l'Oise, qu'une poignée d'infanterie avec un reste de cavalerie à pied. Franchet d'Espérey, forcé de quitter les hauteurs, pleura de rage.

Le Ier septembre 19 14, dans une instruction générale, Joffre, avec une précision lumineuse, résuma la situation et indiqua à ses armées la tâche nouvelle qui leur incombait :

« Malgré les succès tactiques des IIIe, Il'e et Ve armées dans la région de la Meuse et à Guise, le mouvement débordant de l'ennemi sur l'aile gauche de la Ve armée oblige l'ensemble du dispositif à pivoter autour de notre droite. Le mouvement de repli conduira les armées à se retirer dans la direction nord-sud pendant un certain temps. La Ve armée ne doit, en aucun cas, laisser l'ennemi saisir sa gauclu. Les autres armées, moins pressées dans l'exécution, pourront s'arrêter, faire face et saisir toute

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occasion pour infliger un échec a l'ennemi. Les commandants d'armée feront en sorte ce ne pas découvrir les armées voisines et s'enverront constamment les renseignements qu'ils auront pu obtenir.

Dans la \one de la IVe armée, le détachement Foch sera eu liaison constante avec la Ve armée, l'intervalle compris entre ce "délachene it et le gros de la IVe armée étant surveillé par les 7e et </' divisions de cavalerie recevant de la IVe armée et appuyées par des détachements d infanterie fournis par celle armée. La 111" armée effectuera son mouvement a l'abri des Côtes-de-Meuse.

On peut envisager comme limite du mouvement de recul le moment où les armées seront dans la situation suivante:

a. un corps de cavalerie de nouvelle formation en arriére de la Seine, au sud de Brar;

b. la Ve armée en arriére de la Seine, au sud de Nogent-sur-Seine ;

c. la IVe armée, détachement Foch, en arrière de l'Aube, au sud d Arcis-sur-Aube ; le gros en arrière de l'Ornain, au sud de Vitry;

d. la 11F armée, au sud de Bar-le-Duc ; la IIIe armée serait, à ce moment, renforcée par les divisions de réserve qui abandonneraient les Hauts-de-Meuse pour participer au mouvement offensif.

Si les circonstances le permettent, des fractions des F" et IF armées seraient appelées, en temps opportun, à participer à l'offensive.

Enfin, les troupes mobiles du camp retranché de Paris pourront prendre part également à l'action générale ».

L'indication qui concerne les troupes du camp retranché de Paris n'est pas la moins importante. Joffre avait mis à la disposition de Galliéni, gouverneur de Paris, l'armie de Alaunoury. Le 3 septembre, elle s'appela : « Armée de défense de Paris ».

Établie entre la Marne et la route de Paris à Senlis, elle comprenait, dès ce moment, le 7e corps, le groupe de la 55e et de la 56e division de réserve, la brigade indigène et la division de cavalerie provisoire du général Cornulier-Lucinière, les quatre brigades territoriales du général Mercier-Milon et les troupes de la garnison de Paris : 92e division territoriale, brigade de cavalerie du général Gillet et deux groupes de batteries de sortie. Au total : 142000 hommes.

Le lendemain, Joffre ajouta quelques indications au plan général :

« Établir l'ensemble de nosforcessur la ligue Pont-sur-Yonne-Nogent-sur-Seine- Arcis-sur-Aube-Brienne-le-Chdteau-Joinville. Couvrir notre aile gauche par toute la cavalerie disponible entre Montereau et Melun. Demander a l'armée anglaise de participer a la manœuvre en tenant la Seine de Melun a Juvisy et en débouchant sur le même front, lorsque la VF armée passera à l'attaque. Simultanément, la garnison de Paris agira en direction de Meaux ».

Le même jour, 2 septembre, le généralissime donnait l'ordre général que voici :

« Une partie de nos troupes se replie pour recompléter leurs effectifs et se préparer a l'offensive générale que je d muerai l'or. ire de reprendre dans quelques /ours. Cette offensive doit, eu concordance avec la poussée de nos alliés russes, rompre les armées allemandes que 11 ms avons déjà sérieusement entamées sur plusieurs points. Les précautions les plus minutieuses seront prises pour que le mouvement de repli s'effectue avec un ordre complet, a fin d'enter les fatigues inutiles. Les fuyards, s'il s'en trouve, seront pourchassés et passes par les armes. Il faut que les effectifs soient aussi complets que possible, les cadres reconstitués par des promotions, et le mural de tous à la hauteur des nouvelles tâches ».

A l'ouest de l'armée de Maunourv, l'armée du général d'Aro -i de, fatiguée de

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la lutte qu'elle avait soutenue jusqu'à Amiens, se retirait au sud de la Somme en détruisant les ponts. On lui assignait Rouen comme limite extrême de repli. Elle devait barrer à l'ennemi la route de la Manche.

A mesure que le quartier général de Maunoury se rapprochait de Paris, les personnes, d'ailleurs assez rares, qui se rendaient compte de la situation militaire, mesuraient l'étendue croissante du danger. Nous entendrons toujours la voix âpre de M. Clemenceau nous dire : « Maunoury est à Creil : vous savez, n'est-ce pas,, ce que cela signifie? »

Bientôt Maunoury n'était plus même à Creil. L'ennemi l'y remplaçait. Maunoury était à la mairie du Raincy.

La retraite de son armée avait été protégée par Cornulier-Lucinière qui, avec ses cavaliers, deux bataillons d'alpins et le 01e d'artillerie, se battit, pendant toute la journée du ier septembre près de Verberie. Nos canons firent d'excellente besogne dans les rangs épais de l'ennemi.

Le même jour, à 5 kilomètres de Verberie, en pleine forêt de Compiègne, à la faveur du brouillard matinal, une brigade de cavalerie britannique qui bivouaquait était surprise par trois divisionsde cavalerie allemande appuées d'artillerie et d'infanterie. Ses canons lurent détruits par les obus avant d'avoir fait feu. Maisseshommes firent preuve d'une salutaire audace. Ils chargèrent les canonniers allemands.

Par un hasard providentiel, une autre brigade de cavalerie britannique arriva près d'eux: L'ennemi, bousculé, s'enfuit du côté de Verberie, en perdant la moitié de son artillerie. La victoire britannique aurait pu être plus féconde si l'ordre de repli 1 n'avait pas été général, pour nos alliés comme pour nous.

Que faisaient, en pleine forêt de Compiègne, ces forces de cavalerie allemande, à 5 h. 20 du matin ? Sans doute elles entreprenaient, sous le commandement de von der Marwitz, un raid sur Paris, lequel devait se compléter par un rush d'automobiles. Le général Joffre, dans un entretien avec le maréchal French, avait obtenu que l'armée britannique fit son possible pour se maintenir à une journée de marche de l'armée française.

Avons-nous besoin de rappeler que l'unité de commandement faisait complètement défaut et que le généralissime français n'avait sur le généralissime anglais que l'autorité de son expérience et de sa parole !

French lui dit, au moment de la séparation :

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