‹ 1914 (volume 2)Chapitre 120 sur 161 · VEPBEPIE. — LE PONT DETRUIT · texte numérisé non relu

VEPBEPIE. — LE PONT DETRUIT

Photo Meurisse. )

— Notre base de débarquement sera transportée du Havre â Saint-Nazaire : nous voyons bien que cette guerre doit être longue.

En des termes chaleureux, Joffre félicita French de la froide opiniâtreté qui honorait la Grande-Bretagne. Pourtant, dans son for intérieur, il songeait : « Dès à présent, nos braves Anglais vont sans cesse, au nom des bons principes de la stratégie, me demander de céder du terrain : la terre de France n'est pas pour eux la chair de leur mère ».

En effet, les armées'britanniques abandonnèrent à l'ennemi le massif de Saint- Gobain avec les belles forêts qui lont à Paris une si noble et si exquise ceinture.

Notre Ve armée continuait sa retraite. Le 2 septembre, sa droite étaiten liaison avec les troupes de Foch, son centre s'appuyait à la montagne de Reims et sa gauche, au sud de Château-Thierry. La ville de Château-Thierry voyait entrer l'ennemi qui occupait le pont de la Marne à demi épargné par l'explosion.

Le général de Lanrezac, à son quartier général de Sézanne, fut remplacé, le 3 septembre, par le général Franchet d'Espérey, le vainqueur de Guise.

Bulow marchait vers Soissons-Reims ; Kluck, vers Montmirail.

Dans les rangs allemands, les efforts de l'armée française avaient fini par déterminer peu à peu certains désordres.

Plusieurs officiers allemands écrivent, sur leurs fameux carnets de route reliés en toile cirée, des notes comme celles-ci :

« Nos troupes ont été conduites à la boucherie. Hier, sur 3ooo hommes, plus de 600 sont tombés. Les survivants, brisés de fatigue, sont contraints d'avancer à tout prix. Leur vie est si affreuse qu'ils ne perdent pas grand'chose en la perdant. A chaque instant, les routes s'embouteillent. Hommes, fourgons, matériel de tout genre, s'immobilisent. Le ravitaillement barre la route au ravitaillement, et l'artillerie, à l'artillerie ».

En vérité, la prodigieuse machine de guerre allemande, faite pour tout subir, même un échec, était incapable de supporter la résistance qui se continuait sans trêve depuis le début de la campagne.

Voilà ce que plusieurs officiers allemands comprenaient fort bien, dans le moment même où la France envahie ne pouvait apercevoir encore dans l'armée allemande qu'une puissance inouïe d'invasion. Mais, chez nous, la nation pas plus que l'armée ne devaient connaître ni peur ni défaillance.

D'ailleurs l'ennemi, en ses plus sombres instants d'inquiétude, avait toujours une sorte de réconfort qui le remettait debout : le pillage forcené suivi de l'ivresse totale! C'est ainsi que, sur ses carnets de route, nous trouvons, mêlé à l'expression de ses angoisses, le menu de ses ripailles : « rosbif, sauci?ses, melons, gâteaux au miel, pêches, vin rouge, vin de Champagne, le tout irréprochable ».

Sans doute, il est moins expansif quand il fait allusion à son butin. A quoi bon? Les interminables caisses et les valises innombrables qui prenaient le chemin de l'Allemagne avaient en elles-mêmes assez d'éloquence.

La retraite de la IVe et de la IIIe armée avait été protégée par l'aile gauche de la IVe qui lutta vaillamment à Rethel, le 3o août. Là, le général Dubois, à la tète du 9e corps que soutenait le 1 ie, tira le meilleur parti de la position que lui fournissaient l'Aisne, le canal des Ardennes et un hémicycle de hauteurs. L'ennemi, avec une très forte artillerie, organisa vite des tirs de barrage pour arrêter nos réserves à la gare d'Amagne-Lucquy. Le général Humbert, à la tète de ses troupes marocaines, entreprit une contre-attaque sur la gauche. Il fut aidé parla 9e division de cavalerie. La victoire paraissait certaine. Mais, vers quatre heures de l'aprèsmidi, un ordre du général Foch rappela au sud de l'Aisne le q* corps qui faisait

partie de son détachement. Fendant ce repli, vers 6 heures du soir, deux escadrons de hussards se sacrifièrent pour sauver une brigade. Le .repli sur l'Aisne était protégé également par un combat près d'Ecordal et d'Auboncourt. « L'attitude de nos troupes a été parlaite ». -déclara le général Dubois. Une autre fraction du détachement que commandait Foch. la 42e division d'infanterie, sous les ordies

REl.MS. AVANT LA GUEHHE.

du général Grossetti. eut mission de protéger la retraite vers Neufchàtel-Guignicourt, tout en s'efiorçant de sauver Reims.

Mais, le 2 septembre, Reims fut abandonné avec ses forts dont quelques-uns, dans la suite, devaient rendre tant de services à l'ennemi.

Le 4., Foch établit son quartier général à Fère-Champenoise. Quelques |ours après, son détachement, solidement renforcé, devenait une armée nouvelle, la IXe. La vaillante 42e division occupa les débouchés des marais de Saint-Gond.

La IIIe armée avait commencé, dès le Ier septembre, une série d'opérations que son nouveau chef, Sarrail, d'après le texte même des instructions du généralissime, résumait ainsi : « Pivoter sur la droite, entre l'Argonne et Verdun ». A vrai dire, notre Haut Commandement avait eu, un moment l'idée de laisser Verdun à ses propres forces, pendant la préparation de l'offensive.

En face de Verdun, tantôt à Luxembourg, tantôt à Metz, Guillaume II guettait la minute triomphale qu'il avait espérée en vain sur la route de Château-Salins à Nancy,

L'ennemi était, lui aussi, victime des fausses nouvelles, semeuses éblouissantes de déceptions Le 4 septembre, dans les lignes allemandes, circula cette dépêche : « La France demande un armistice et s'engage à payer iS milliards d'indemnité de guerre; mais, jusqu'à présent, le gouvernement de Berlin a repoussé ces propositions ».

Page 1