‹ 1914 (volume 2)Chapitre 121 sur 161 · DROIT · texte numérisé non relu

DROIT

L'armée du prince de Bavière, venant de Sarrelouis par Château-Salins, était arrivée en lace de Nancy. L'armée du kronprinz, venant de Trêves par Luxembourg, était arrivée en face de Verdun. L'armée du prince de Wurtemberg, venant de Bastogne par Vouziers, était arrivée a Vitry-le-François. L'armée de Bulow, venant de Liège par Charleroi-Yliubeuge-La Fère-Saint-Gobainj était arrivée à Chàteau-Thierrv. L'armée de Kluck, venant de Liège par Bruxelles, Tournai. Lens, Arras, Albert. Montdidier, Compiegne, rejoignait, dans la région de Château- Thierry, l'armée de Kluck.

L'aile droite de l'armée de Kluck, partant de Bapaume, avait pénétré dans la Somme par deux points de l'arrondissement de Péronne: Posières, près d'Albert, et Saillv-Saillisel. S'ouvraient devant elle, a Pozières, la route d'Albert et d'Amiens; à Saillv-Saillisel. la route de .Montdidier et de Compiegne. Le 3i août, elle ava't occupé Amiens et forcé la municipalité de lui fournir, pour le soir même, 40000 kilogrammes de pain, 5 000 boites de conserves, 100 000 cigares, 100 chevaux sellés, 1000 lampes électriques de poche. Amende de 1S0000 francs si quelque chose manquait, six otages étaient désignés! L'ennemi, après s'être éclairé jusqu'à Abbeville. reprit sa marche vers Paris (1).

Sur nos villes du Nord, chaque jour les avions allemands jetaient des bombes

qui tuaient des femmes et des enfants. A Dunkerque. ils étaient si exacts que les braves gens, au lieu de dire : « Trois heures et demie », disaient : « Taube et demi ».

Que savait Paris des terribles événements qui s'accumulaient? Aucun renseignement précis. Mille pressentiments divers.

Nuit et jour, cinq écrasantes colonnes allemandes glissaient en avalanche derrière les armées Irançaises. Les ponts de l'Oise avaient été détruits par nos troupes en retraite qui traversaient la forêt d'Halatte et celle de Chantilly. L'ennemi nous suivait. Il nous devançait même, à droite et à gauche. Le 2 septembre, il fut à Creil. Il fut à Senlis. Paris entendit le canon tonner à cinquante kilomètres de ses pauvres murs.

A Paris, depuis le 2(5 août, le ministère avait été remanié. Le ministre de la Guerre, M. Messimy, était remplacé par M. Millerand. Le premier geste du nouveau ministre de la Guerre fut d'envoyer aux armées le témoignage de l'admiration et de la confiance nationales. « La France est assurée de la victoire, parce qu'elle est résolue à l'obtenir. »

Mais le gouvernement jugea nécessaire de quitter Paris pour garder son absolue liberté. N'avait-il pas pour premier devoir de rester en contact avec nos alliés et avec le monde entier? Le 3 septembre, il se transporta à Bordeaux.

M. MILLEPAND.

(Photo ManjieL)

(i Le 10 septembre, le colonel prussien E;k.srt dzmna Tordre aux habitants d'Amiens mobilisables de se rendre à la Citadelle. Ils y furent parqués, au nombre de 5ooo. Le surlendemain, 1 5oo d'entre eux, considérés comme les plus robustes, étaient envoyés en Allemagne. Les autres mobilisables d'Amiens allaient avoir le même s irt. Mus le 12 septembre, à 5 heures du soir, ils virent arriver nos auto-mitrailleuses et trois bataillons de n are .Ve

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Le jour même, le général Galliéni, nommé gouverneur de Paris, faisait afficher ces lignes : « J'ai reçu le mandat de défendre Paris. Ce mandat, je le remplirai jusqu'au bout. » Tel lut le mot d'ordre de la Guerre du Droit. Le mot d'ordre de l'envahisseur était : « Pâriss ».

Au ministère de la Gaerre, le général Galliéni avait eu une entrevue avec MM. Millerand, Briand, ministre des Affaires étrangères, et Thomson, ministre de la Marine. Tous trois envisagèrent la situation avec la plus grande fermeté : « Bien! dit Galiiéni. Mais il faut tout prévoir; si la victoire se dérobait encore à nous, je devrai, n'est-ce pas, défendre Paris quartier par quartier? — Vous le devrez! — Et si je suis obligé de passer sur la rive gauche de la Seine ? — Vous devrez faire sauter les ponts. »

Le général Galliéni savait que, pour forcer la France à demander la paix à tout prix, l'ennemi songeait à incendier Paris, secteur par secteur. Mieux valait détruire Paris pour sauver la France ( 1 ).

La manœuvre du commandement français a eu comme point d'appui la force morale de la nation. Pour le salutde lapatrie, tous les Français s'étaient retrouvés Français, sans étiquettes et sans épithètes.

Une retraite au début d'une campagne, c'est une épreuve à laquelle n'aurait jamais résisté l'armée d'un roi ou d'un empereur. Le monarque, ayant perdu son prestige, se serait abîmé avec ses ambitions et sa dynastie. Mais l'armée de la France savait qu'elle combattait pour la vie et l'honneur de la France. Elle a supporté toutes les souffrances inouïes de la retraite, puis, au signal donné, elle s'est arrêtée net et a recommencé à attaquer sur toute la ligne.

Ce rétablissement et la victoire qui en est résultée, comme d'ailleurs la Guerre du Droit dans son ensemble, prouvent que l'histoire n'est pas l'effet mécanique du temps qui s'écoule, mais l'œuvre consciente des volontés qui se fixent.

Le 27 août 1914, à sept heures du soir, M. Millerand s'était rendu au Grand Quartier Générai. L'Etat-major travaillait. Pas de désordre, pas de bruit, pas d'agitation apparente. Un immense effort d'intelligence réfléchie et de résolution secrète. Le généralissime serra la main du ministre. Une longue année de collaboration, en 1912, leur avait permis de se bien connaître.

Heureux de voir le généralissime entièrement sur de l'avenir, le ministre lui

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