BORDEAUX
(Photu Manuel.)
Sur l'Ourcq.
Pour le salut de Paris, de la Fiance et du monde, à la bataille de Charleroi, Virton, Grand-Couionné de Nancy, Sarrebourg, succéda sans interruption la bataille de la Marne.
I9M — LA ûUFRBE DU DROIT. C8l
La grande lutte, commencée, le 20 août, sur les trontières, continuéeàl'intéi ieur par des combats de repli, aboutissait donc à une magnifique reprise d'ollensive générale.
Le maréchal French raconte ainsi une nouvelle entrevue qu'il eut avec Joflre.
— Le généralissime français demanda à me voir. Il m'informa de ses intentions en ajoutant qu'il considérait les conditions comme très favorables. Son projet se formulait ainsi : faire mouvoir, sur son flanc gauche, la VIe armée pivotant sur la Marne, la porter vers l'Ourcq et attaquer la Ire armée allemande. Il me demanda d'effectuer un changement de front à droite, ma gauche s'appuyant à la Marne et ma droite, sur la Ve armée, pour remplir la brèche entre cette armée et la VIe. Je devais avancer en face de moi et participer au mouvement d'offensive générale.
Le ier septembre, l'ennemi touchait presque au camp retranché de Pans, qui en :.i se mettait en état de défense. Le général Galliéni couvrait de tranchées un périmètre de 180 kilomètres, installait des pièces de siège, assurait le ravitaillement de l'artillerie par les chemins de fera voie étroite, rassemblait des provisions de toute espèce pour une population de plus de quatre millions d'habitants.
Tout à coup, le 3 septembre, à midi et demi, les officiers de la VIe armée qui, sur la ligne des avant-postes, au nord du camp retranché de Paris, observaient l'ennemi, annoncèrent: « La VIe armée allemande, qui vient des environs de Sentis, infléchit sa marche vers le sud-est et semble vouloir éviter le camp retranché ».
Sans doute, l'ennemi voulait couper la voie ferrée de Lyon à Paris, comme il avait coupé la voie ferrée de Nancy à Paris, et la voie lerrée de Bellort à Pans. Ainsi, Paris aurait été isolé et bloqué.
Le général Galliéni eut avec le général Clergerie, chel d'état-major du gouvernement militaire de Paris, une longue conférence. Entendez : une conférence d'un peu plus de cinq minutes.
— On va leur taper dans le flanc, s'écriait le général Clergerie.
Galliéni conclut : •
— Si l'ennemi ne vient pas à nous, nous irons à lui avec toutes les forces possibles. Préparons tout, sans lui donner l'éveil. Que l'armée de manœuvre se lasse toute petite ! Qu'elle évite tout engagement n'ayant pas un caractère d'absolue nécessité !
Dans la nuit du 3 au 4 septembre, Galliéni et Clerg erie acquirent la certitude que l'ennemi ne laissait sur les rives de l'Ourcq qu'une flanc-garde. Ils décidèrent donc de marcher vers cette flanc-garde et de couper ses communications.
Le Grand Quartier Général était à l'École primaire de Bar-sur-Aube. Vers la nuit, Joffre, dans le modeste cabinet du directeur de cette école, réunit le général Belin, le général Berthelot, le colonel Pont, le colonel Gamelon. Au téléphone, on reçut les derniers renseignements de Clergerie. Le général Berthelot murmura :
— Si nous permettions à Kluck de s'enfoncer plus avant, notre victoire sur la Seine serait encore plus fructueuse.
Le général Belin répondit :
— L'occasion est bonne. Ne la laissons pas échapper. Joffre se leva et prononça :
— On se battra sur la Marne.
Ce fut le grand signal. Par le téléphone, l'ordre de bataille était donné : i° Profiter de la situation aventurée de la première armée allemande {von Kluck), pour concentrer sur elle les efforts des armées alliées d'extrême-gauche. Toutes Its dispositions seront prises le 5, pour partir à l'attaque le 6 ;
2° Le dispositif à réaliser pour le S septembre au soir sera : (a) Toutes les fut ces XLI1I.
I y I 4- — IA GUERRE DU DROIT.
disponibles de la l'P armée, au Nord-Est, prèles à franchir l'Ourcq, entre Lis^y-sur- Ourcq et May-en-Multien, en direction générale de Château-Thierry. Les éléments disponibles du 1 " corps de cavalerie, cumulandes par le général Sordet, qui sont à proximité, aux ordres du général Maunoury pour cette opération ; (b) L'armée anglaise, établie sur le front Nanqis-Coulommiers, face à l'Est, prèle à attaquer eu direction général/ de Montmirail; c La !'• armée, commandée par le général Franchet d'Espéré)', resserrant légèrement sur la gauche, s'établira sur le front général Couftacon- Esternay-Séqanne, prête à attaquer eu direction générale Sud-Nord, le a« corps de cavalerie, commandé par le général Couneau, assurant la liaison entre l'armée anglaise et la I "' armée : d La grande armée de formation nouvelle, sous les ordres du général Foch, couvrira la droite de la V" armée, eu tenant les débouchés sud des marais de Satut-Gt ud et eu postant une partie de ses forces sur le plateau au nord de Sé-anue ;
3° L'offensive sera prise par ces différentes armées, dès ce malin.
En outre, à toutes les armées, Joffre donnait un ordre magnifique dont les termes rcsteiont gravés dans l'âme de la France:
<■ Au moment où s'engage une bataille dont dépend le salut du pays, il importe de rappeler à tous que le moment n'est plus de regarder en arrière. Tous les étions doivent être employés à attaquer et à refouler l'ennemi. Une troupe qui ne peut plus avancer devra, coûte que coûte, garder le terrain conquis et se laire tuer plutôt que de reculer. Dans les circonstances actuelles, aucune défaillance ne peut être tolérée ».
Le vrai nom de la Bataille de la Marne serait Bataille Paris-Verdun.
i° Pi es de Paris, entre la rive droite de la Marne et Dammartin-en-Goële, se trouvait la VIe armée ;
i° au sud-ouest de Coulommiers, l'armée anglaise ;
3° du nord de Provins à Sézanne, la Ve armée ;
4" de Sézanne, au camp de Mailly, la IXL armée;
59 de Sompuis à Sermaize, la IVe ;
6° derrière Revigny, la IIP.
Plus loin, vers l'est, la II" armée rivée au Grand-Couronné de Nancv, et la I" armée rivée aux Vosges.
L'ennemi n'avait pas ralenti sa marche. Kluck visait la soudure, improvisée en hâte entre l'armée britannique et notre Vf armée ; Bùlow, avec la garde prussienne, s'établissait à Montmirail; Hausen, entre le sud-ouest des marais de Saint-Gond et l'Ouest de Vitry; le duc de Wurtemberg, entre le nord de Vitry et le sud de Sainte-Menehould. Enfin le kronprinz, l'homme de Verdun, arrivait au nord de Revigny, à Passavant, à Triaucourt, et marchait vers Revigny.
L'attaque commença le 5. à deux heures de l'après-midi au nord de Meaux, à Monthyon, à Penchard. Bientôt Marcilly et Chambry furent pris d'assaut. Nous perdions beaucoup de monde, mais nous gagnions du terrain.
Le 6, Kluck aperçut le péril, appela ses renforts et installa sa grosse artillerie entre Verreddes et May-en-Multien.
Le 7, l'ennemi, attaqué par notre aile gauche, menaça de la déborder. A tout prix, nous devions la reniorcer. Mais comment lui envoyer les quelques milliers d'hommes nécessaires pour le lendemain matin? On songea alors aux taxis-autos de Paris. Depuis le 26 août, ils étaient devenus beaucoup plus rares. Les personnes qui avaient émigré en province en avaient loué ou acheté un grand nombre. Paris n'en comptait guère que 2000. Déjà, ils venaient de montrer ce qu'on pouvait en attendre. Depuis le 2 septembre. 460 d'entre eux, servant au ravitaillement du camp retranché, avaient reçu l'ordre d'aider à reniorcer notre aile gauche. Cet ordre tut
T-CH.BAUDZ