COMBAT DE TRANCHÉE A LASSIGNY
par F. Cli. Bai DE
IgM- — LA GUERRE DU DROIT.
transmis à tous par les sergents de ville. A deux heures, i ioo d'entre eux étaient en état de transpoiter cinq .soldats en armes. Les plus rapides devaient faire deux voyages. Vers huit heures et demie, en longue file, ils se rendirent à Sevran— Liviy où les attendaient 8000 soldats. À dix heures, ils se remirent en marche avec leur précieuse chaire. Officiers et soldats savaient où ils allaient et ce qu'ils devaient faire.
Ces automobiles parisiennes, nous croyons encore les voir sur les routes de la banlieue, se suivant sans interruption. On eût dit un interminable défilé de noces. Le soleil dorait la poussière qu'elles soulevaient. Les soldats assis sur les banquettes fusils entre les jambes, comme des chasseurs pour un matin d'ouverture, semblaient
REVIONY. - LES RUINES.
tranquilles et même joyeux. Une manœuvre vraiment belle a toujours un si puissant effet !
Pendant ce temps, on avait pris des gardes lépublicains dans les caséines et des gardiens de la paix, pour les joindre aux militaires de toutes aimes rassemblés en hâte à Paris. Jouis tragiques et généreux! Tous les soldats montrèrent ces trois grandes vertus françaises : courage, obstination et clairvoyance.
Vers Dammartin se rendirent 700 taxis-autos. Vers Nanteuil-le-Haudouin, 400.
Près de Nameuil, depuis le matin, le 11 5° résistait, en perdant son sang à Hots. Entie deux heures et quatie heures du matin, les taxis arrivèrent au leu. Quelquesuns d'entre eux lurent mutilés, ou abattus. Quatre-vingts gisaient sur les talus de la route, entre Villeparisis et Claye-Souilly. Les hommes avaient sauté à tene et couru au combat en disant: «Enfin, nous allons nous dégourdir les jambes.» Ainsi huit mille hommes de troupes fraîches semblaient tombes du ciel. Mais «on
LA COKDDF MI r»ROI T.
pas gratis pro Deo »,. s'écriaient nos soldats en riant. Les taxis sont des taxis. Leur compteur avait lonctionné régulièrement. Il marquait 90 fr. 7b. Serait-ce le prix de la victoire, à un centime près, pourboire non compris? Hélas! non, la victoire se paie d'une autre monnaie.
Victoire de Paris à Verdun.
Les coups que Kluck lut forcé de parer dégagèrent largement l'armée britannique Devinant le réplique l'ennemi dissimulait par un bruit furieux d'artillerie, elle marcha vers Villiers-sur-Morin et Choisy. Le lendemain, elle dépassa Coulommiers, talonna l'ennemi, le battit à Saint-Cyr et à la Trétoire, passa la Marne entre Luzancy et Nogent-l'Artaud, montra partout une superbe opiniâtreté.
Bulow, qui occupait les hauteurs illustres de Montrai rail, en face delà Ve armée, voulait la couper de la IXe. Tout à coup son avance s'arrêta. Il fut chassé d'Esternay. Le lendemai-n, il dut se replier pour rester en liaison avec Kluck.
Franchet d'Espérey s'élança vers Montmirail Mais, à ce moment même, il apprit que la gauche de la IXe armée était fortement menacée. Il la soutint avec son 10e corps. Montmirail fut repris. Le général Hache s'y installa à la fin d'une rude journée, au milieu de 6900 cadavres allemands.
Le 1 8e corps (général de Maud'huy) poussa jusqu'à Château Thierry ; le 3e corps jusqu'à Jaulgonne. La Marne était ressaisie. LaMarneétaitdépassée. Klucksemblait perdu. Pour se défendre, leg septembre, Kluck se jeta sur la VIe armée, à Étrépillysur-la-Thérociane et à Nanteuil-le-Haudouin. Il se heurta à la résistance du 4e corps
(général Boelle), arrivé à Nanteuil depuis quelques heures.
— Ne reculez plus d'une semelle, dit Maunoury à Boelle. Allez de l'avant, ou faites vous tuer sur place.
Boelle n'avait pas attendu cet ordre. Il allait de l'avant et Kluck ne se déiendait même plus.
Kluck avait eu raison d'obliquer devant Paris pour tenter de détruire les armées intactes qui tenaient la campagne. La prise de Paris n'auraitpu être que laconséquence d'une victoire. Sa seule faute fut de se méprendre sur la valeur de notre VIe armée.
A tous les reproches de l'Allemagne, il a eu le droit de répondre : « Je savais l'armée de Maunoury incapable de soutenir le combat. D'autre part, je me rappelais ce principe enseigné de tout temps dans les écoles militaires : Un général commandant uns place ou une enceinte fortifiée n'a pas le droit de prendre l'offensive, sinon contre un ennemi le menaçant de face. Assurément, il n'existait qu'un seul