‹ 1914 (volume 2)Chapitre 125 sur 161 · VON KLUCK ET SON ÉTAT-MAJOR · texte numérisé non relu

VON KLUCK ET SON ÉTAT-MAJOR

(Photo Chanut. )

I9I4. — l-A GUKRRE DU DROIT. f)S5

général capable d'assumer les plusgraves responsabilités en méconnaissant ce principe. .Mon malheur voulut quece fût le général Galliéni ».

Si, pour le malheur de Kluck, Galliéni a méconnu ce principe, Kluck en a méconnu un autre plus capital : celui de Napoléon Ier : « Ne pas laire une marche de front contre un ennemi en position, surtout lorsque cet ennemi occupe des hauteurs au pied desquelles on doit défiler ».

Galliéni se montra magistral conducteur d'hommes. Pendant la bataille de l'Ourcq, un de ses généraux lui disait : « Mes troupes sont brisées de fatigue. Depuis trois jours, elles n'ont eu ni nourriture ni sommeil. Vous voulez qu'elles marchent encore ! C'est impossible! » Galliéni posa la main sur l'épaule du général et répondit avec douceur : « Faut-il que je vous aie entendu? Alors, je vous relève tout de suite de votre commandement. Faut-il que vous n'ayez rien dit? Alors, vos troupes marcheront ». Les troupes marchèrent à fond. Dans des conditions analogues, ungénéral ayant dit à Napoléon : « Mon armée est démoralisée», l'Empereur lui avait répondu : « Lors }iie des troupes sont démoralisées, c'est aux chefs et aux officiers à rétablir leur moral ou à périr; qu'on ne m'oppose ni si ni mais, je suis un vieux soldat; vous devez vaincre ou mourir». Le général qui s'était attiré cette dure réponse de l'empereur était un Allemand, Wirde, commandant en chef des troupes bavaroises.

Sur l'Ourcq, tandis que l'invincible Allemagne allait à la défaite, l'infaillible Allemagne multipliait les fautes. D'utiles renseignements nous vinrent, le 9 septembre, d'un ra Jiotélégramme allemand, signé par le commandant de cavalerie de la [re armie, général von der Mtrwitz. Cette dépèche, captée par la Tour Eiffel, n'était pas même chiffrée. En voici la traduction littérale : Dites-moi exactement où vous êtes et ce que vous faites. Hale^-vous, parce que A'A'.Y.

Que signifiaient ces trois A'? Le général Clergerie les interpréta du premier coup d'œil : « Parce que je lève le camp ».

Interprétation parfaitement exacte. Le lendemain, sur l'emplacement des batteries abandonnées, nous trouvions des monceaux de munitions; sur les routes, des files d'automobiles. Partout, des morts, des blessés, des armes. Au butin figurait une boulangerie de campagne avec une énorme quantité de farine et de pâte à moitié pétrie dans de profonds pétrins cerclés de fer. Ces pétrins servirent de baignoires à nos éclopés.

Déjà, le général Maunoury remontait les deux rives de l'Ourtq, en balayant tout. Dans un ordre du jour, il remercia passionnément ses hommes f « Camarades, legénéralenchef vous a demandé, au nom de la patrie, de faire plus que votre devoir. Vous avez répondu au delà même de ce qui semblait possible ».

Le général Galliéni, accompagné des ministres Briand et Sembat, se rendit à Villers-Cotterets pour lui remettre les insignes de grand-croix de la Légion d'honneur. Les yeux du général Maunoury se remplirent de larmes et il murmura :

— C'est près d'ici que j'ai gagné ma croix de chevalier.

— Je sais, répondit Galliéni. C'était en 1870. L'Année terrible ! Maintenant, le jour de gloire arrive (1).

La bataille s'engageait donc sur la gauche avec un grand succès. Mais c'était

(1) A la mort de Galliéni (3o mai 1 g 1 6) , Joffie nous écrivit : « Le général Galliéni était doué de toutes les qualités de chef, conquérant et organisateur. Gouverneur de Pans, il a pris d'une main lerme le commandement du camp retranché et a préparé sa mise en état de défense. Il a lait preuve des plus hautes qualités militaires dans la préparation et l'exécution des mouvements des lorces mobiles sous ses ordres, pour les faire participer a la bataille générale livrée par les armées alliées ».

contre le centre que l'ennemi dirigeait ses plus violentes attaques. Or, au centre, il y avait la IXe armée.

Focli avait établi sa 42° division et sa division du Maroc à Villeneuve-les- Charlcville, à Mondement et à Saint-Prix; son (/corps, près de Fère-Champenoise; son 1 i° corps, près de Sommesous; sa 5e division de cavalerie au camp de Mailly.

Il avait à défendre trois importantes artères : la route d'Epernay à Sézanne; la route d'Epernay à Fère-Champenoise; la route de Châlons à Arcis-sur-Aube. Pour arrêter Sooooo hommes, de combien d'hommes disposait-il? De 70000. A peine trois hommes par mètre courant.

Le 6 septembre, pour soutenir la droite de la IVe armée, il donna à la 42e division et aux Marocains l'ordre d'attaquer vers Vauchamps.

Mais le choc des forces allemandes, particulièrement celui de la Garde prussienne, fit plier le 9e corps aux marais de Saint-Gond et le ii° près de Morains-le- Petit. L'ennemi s'organisa sur le terrain conquis, s'empara de Saint-Prix où il se fortifia et menaça la droite de la IXe armée. Ses efforts redoublèrent, le 8 septembre. Le général Foch avait dû replier son quartier général de Pleurs, à Plane}'. Ce qui était en question, c'était la ligne de crêtes qui sépare la vallée du Petit-Morin de la vallée de l'Aube. Si l'armée de Foch se trouvait forcée de se replier vers l'Aube, son repli laisserait à découvert l'armée de Franchet d'Espérey et l'armée de Langle de Cary. Aussi, pendant quatre jours, la lutte fut-elle acharnée à Saint-Prix et au château de Mondement qui passait de mains en mains.

Fère-Champenoise nous était arrachée. Que laire ? Attaquer. Pas d'autre moyen de salut.

lui quittant Pleurs, Foch avait envoyé à Jollre ce rapport si expressil : « l'ressé sur ma droite. Mon centre cède. Impossible de me mouvoir. J'attaque. Tout va bien ».

En réalité, tout allait mieux encore qu'on ne pouvait !e croire. Blilow reculait avec Kluek. Le front de l'ennemi se rompait.

Mais, pour tirer parti de cette rupture, nous devions restaurer complètement notre ligne. Sur l'ordre de Foch, l'héroïque 42e division (général Grossetti) entreprit un merveilleux mouvement de gauche à droite et délivra Fère-Champenoise où maints officiers allemands furent trouvés morts ou ivres-morts.

En même temps, la division marocaine reprenait le château de Mondement où s'entassaient 2900 cadavres. Dans les marais de Saint-Gond on en compta plus de 8000.

Après les combats des marais, le général Dubois voulut avoir quelques-uns des casques de la Garde impériale, à cause des devises qu'ils arborent au-dessus de la visière. Le champ de bataille était plein de morts. Nous îeconnaissions de très nombreux Français étendus par groupes. Cependant le général Dubois calcula que l'ennemi « avait perdu au moins 20 pour 100 de plus que l'armée française ».

C'était une victoire. C'était la victoire! Nos troupes s'élançaient h la poursuite des vaincus. Le 10e corps, qui avait donné la main à la IXe armée, avançait comme elle. Il avait pris à lui seul, dans la forêt de Gault, tout un bataillon du 10e corps de réserve allemand, avec d'innombrables caissons et toute une compagnie de mitrailleuses. Quelle joie pour lui d'entrer à Champaubert où. une (ois de plus, la France battait les plus fameuses troupes prussiennes '

La IVe armée (de Langle de Cary) et la IIIe ^Sarrail) avaient pris position, en face du duc de Wurtemberg, qui descendait des Ardennes, et du Kronprinz, qui descendait de l'Argonne.

1914- — t-A GUERRE DU DROIT. G!-';

L'ennemi cherchait à s'enfoncer entre Vitry-le-François et Bar-le-Duc. S'il enlevait Verdun, quel succès tactique! L'Allemagne entière en était galvanisée. S'il parvenait à Saint-Dizier, quel succès stratégique! Les armées, françaises étaient prises à revers.

Il se précipita sur la droite de notre IV0 armée. Après avoir pris Sermaize, il marcha vers Pargny-sur-Saulx. Notre 2e corps (IV0 armée' appela à l'aide la IIIe armée, Sarrail lui envoya le i5° corps et le 5° corps qui attaquèrent, i'un près de Contrisson, l'autre près de Laimont.

A la gauche de notre IV° armée, le 17° corps pliait sous une furieuse pression. Il lut soutenu par le 21e qui arrivait en hâte de Lorraine.

Le 9, nous reprenions l'offensive, d'une part, vers Andernay et vers Sermaize ;

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