‹ 1914 (volume 2)Chapitre 126 sur 161 · SERMAIZE-LES-BAINS. - LES RUINES · texte numérisé non relu

SERMAIZE-LES-BAINS. - LES RUINES

d'autre part, vers Contrisson et vers Mognéville. D'ailleurs, la droite de l'ennemi avait reculé. Nous nous mettions à sa poursuite, franchissions la Marne, rentrions à Vitry-lc-Lrancois, bousculions tout ce qui tentait de résister de Revigny à Triaucourt.

L'ennemi sotlrait une lâche et cruelle revanche en détruisant tout ce qui était sans défense. Il brûlait Saint-Lumier. Sermaize. Contrisscn, Revigny, vingt Ailles, bourgs et villages. Les deux Kronprinz allemands se disaient, dans leur fuite, que la lueur des incendies préservait leur gloire de toute éclipse.

Notre III1' armée n'avait pas été soumise à moins rude épreuve. L'ennemi lança quelques-unes de ses meilleures troupes vers les cote:-, de Meuse, du côté de Saint-Mihiel, bombardait le fort de Troyon, bombardait Génicourt. Troyon, en tombant, aurait ouvert la voie à l'invasion. Le gouverneur de Verdun, général Coutanceau, télégraphia à Troyon: « Tenir indéfiniment ». On pouvait se demander si on n'allait pas perdre, sur la Meuse, ce qu'on avait gagné sur l'Ourcq et sur la

Marne. Troyon s'écroula, mais continua à tenir. Bientôt il fut secouru par la 73e division de réserve et la 2* division de cavalerie. Ces forces lui étaient envoyées par l'armée de Castelnau qui pourtant soutenait de formidables combats au Grand Couronné de Nancy.

De son côté, le général Sarrail attaquait l'ennemi ébranlé. Bientôt, nos troupes arrivèrent, d'une part, à Laimont et à Villotte-devant-Louppy ; d'autre part, à Rancourt, à Revigny, à Brabant-le-Roi. Sur l'immense champ de bataille de plus de 200 kilomètres, qui s'étendait depuis les bois de Souilly au sud-ouest de Verdun jusqu'à la forêt de Compiègne, l'ennemi, en déroute, laissait plus de 1 5o 000 morts ou blessés.

Victoire sur tout le front. Maunoury s'avançait dans la direction de Compiègne et de Soissons ; French, dans la direction de Neuilly-Saint-Front et de Fère-en- Tardenois ; Franchet d'Espérey, qui avait traversé la Marne et l'Aisne, dans la direction de Craonne.

Nus soldats de la Ve armée avaient la joie de rentrer à Reims, le i3 septembre à midi, devant la cathédrale encore intacte.

Foch réoccupait Chàlons-sur-Marne et poussait vers Mouimelon. Langle de Cary passait de Vitry à Sainte-Menehould. Sarrail enlevait au Kronprinz affolé la voie ferrée de Clermont à Sainte-Menehould, c'est-à-dire l'artère Verdun-Chàlons- Paris

A vrai dire, l'ennemi ne s'enfuyait pas les mains vides. Il avait extorqué à Chàlons-sur-Marne ôooooo Irancs « sur la tête des otages » ; frappé Reims d'une imposition de vingt-deux millions; exigé de Sainte-Menehould 6000 bouteilles de vins fins; condamné Épernay à une amende de îytoSo francs, parce que la ville ne trouvait pas, en un seul jour, 12 000 kilogrammes de lard salé pour la Garde prussienne, alors qu'elle avait déjà livré 120 000 kilogrammes d'avoine, 21000 kilogrammes de pain, boo kilogrammes d" café grillé, 44800 rations de conserves et de légumes.

Danscette bataille sans précédentqui pourrait s'appeler la Balaille-Paris- Verdun, la France entière a été sauvée par la France entière. Plusieurs régiments qui prirent la plus grande part à cette bataille se recrutaient dans le département de Seineet-Marne. A Saint-Soupplet, par exemple, plus d'un des nôtres «omba au seuil de sa maison ou dans un champ de son patrimoine. Voici, à Montmiraii, à Vauchamps, à Champaubert, ceux du Béarn, de la Saintonge, des Flandres, de la région d'Arras, Je Lens, de Béthune, ceux du Poitou, de la Bretagne, avec des zouaves et des turcos. Voilà, entre Sézanne et Mailly, des Marocains, des Parisiens, des Tourangeaux, des Lorrains. Là, sur les tombes, nous lisons des noms amis de Saint-Mihiel, de Verdun, de Bar-le-Duc. Plus loin, au cœur même de la Champagne pouilleuse, voilà des Vosgiens, des Picards, des coloniaux. Là, sur les tombes, nous lisons des noms qui nous rappellent les combats du Tonkin, de la Chine, du Soudan. Voilà, du coté de Revigny, ceux de l'Orléanais, et, dans la vallée de l'Aire, ceux de la Lorraine, de l'Ile-de-France, du Languedoc : ils ont arrêté là les forces que le kronprinz avait lait venir des camps retranchés de Metz et de Strasbourg. Voilà, continuant à se battre autour de Nancy, ceux de la Lorraine et ceux de Paris, aidés par^ceux de la Guyenne et ceux de l'Aunis. Voilà, continuant à se battre dans les Vosges, ceux des Vosges, de la Bourgogne, du Dauphiné, de la Savoie, des Alpes, de tout le Sud- Est.

Depuis un mois, ce* soldats français n'avaient pas eu un jour de repos. Beau-

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