OPÉRATIONS MILITAIRES
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coupd'entie eux marchaient les pieds en sang Cependant leur belle vaillance ne fléchissait pas. Parfois même, leur belle humeur jaillissait il résistible. Des employés du réseau de l'Est qui travaillaient dans la région de Provins, nous disaient : « Les Allemands sont arrivés tout près de chez nous. Nous le savions, mais nous ne pouvions désespérer de rien. Nos soldats restaient si pleins de courage et degaité! Un jour, quelques-uns d'entre eux venaient d'échapper, par miracle, a un déluge d'obus. Le convoi de ravitaillement qu'ils escortaient avait été entièrement détruit. Ils arrivaient tout sanglants, vêtus de laml-eaux, tète nue. Et cependant, ils riaient. Jamais nous n'oublierons le bien que leur rire nous a fait ».
Que de choses splendides, et qui seraient si nécessaires à l'explication complète de la bataille, demeureront toujours ignorées! Celui qui écrit ces lignes a pu s'entretenir avec presque tous les généraux qui ont participé au commandement. Mais combien d'officiers qui ont pris part à l'action sont tombés sur la Marne, ou, bientôt après, sur l'Aisne, sur l'Yser, sans avoir communiqué à personne ce dont leur cœur débordait!
Notre communiqué du i 5 septembre disait avec une admirable réseive: » La bataille, commencée le 6, s'achève par une victoire incontestable ».
— Faut-il pavoiser? demanda la ville de Paris. Le général Joflre répondit :
— La victoire nous a coûté trop de sang.
Et pendant ce temps-là, que disait l'ennemi? Il continuait à se proclamer vainqueur et à annoncer sans trêve des captures d hommes, de canons, de matériel de guene. Le général Bernhardi lui-même, avec son autorité de théoricien militaire, venait à la rescousse. Il écrivait à l'adresse des neutres, surtout des Américains : « Des avant-gardes allemandes s'étaient avancées jusqu'à la Marne. Mais, ayant reconnu que l'armée irançaise était en force, elles se sont, sans pertes valant la peine d'être mentionnées, retirées sur les positions voulues. Au contraire, l'armée française a échoué dans le mouvement qu'elle essayait contre l'aile droite allemande. »
Faut-il rappeler que les prétendues « avant-gardes allemandes » de Bernhardi formaient une masse de i 600000 hommes, dont 1 200 000 fonçaient sur Paris par tous les chemins, et qu'elles traînaient avec elles 4 5oo pièces de campagne, 1 700 pièces d'artillerie lourde, 717 énormes mortiers!
La bataille sans précédent lut gagnée telle qu'elle avait été conçue. Les chefs savaient ce qu'ils voulaient faire, et qu'ils pouvaient le (aire grâce à l'héroïsme de leurs soldats.
Un mois avait suffi à la France pour se ressaisir, barrer la route à l'ennemi et remporter sur lui la plus significative victoire. La guerre avait débuté le 4 août ; la bataille de la Marne débuta le 6 septembre.
Mais l'Allemagne s'était préparée à la guerre avec tant de méthode et depuis si longtemps, qu'elle garda l'espoir de prendre une revanche et que, en attendant, elle réussit à se terrer dans le sol français.
Et ce fut ainsi qu'elle se perdit. Mieux valut pour la France que la bataille de la Marne ne terminât pas la guerre. Si la guerre avait été finie en un ou deux mois, elle eût été si vite à recommencer! Le monde serait resté dans l'incertitude. Il ne voyait pas encore clairement, dans l'Allemagne, l'ennemie de l'humanité. De longues années de tortures étaient nécessaires pour qu'il comprît que le triomphe de l'Allemagne eût été l'abolition de toute justice, de toute loyauté, de toute pitié.
Un à un, tous les États du monde, grands ou petits, entrèrent en lice. La Guerre du Droit apparut comme le couronnement de la libération universelle, inaugurée par la Révolution française.