L'YSER
Préparation de la nouvelle offensive allemande.
L'ennemi vaincu s'était puissamment retranche dans ses lignes fortifiées de l'Aisne. Là. il se préparait a une nouvelle offensive. Son entrée triomphale à Paris lui semblait seulement retardée.
En Allemagne, il ne garda plus dans ses dépôts que quelques hommes incapables de faire campagne. En Fiance, il porta ses masses de combat à 41) corps d'armée et renforça sans cesse son artillerie lourde qui avait fait ses preuves,
Pour. toutes ses opérations, il avait une grande supériorité matérielle. Grâce à la disposition du front qui tournait vers nous sa convexité, il déplaçait les hommes et son ravitaillement avec une rapidité extrême.
Il comptait nous paralyser dans nos mouvements et se donner libre carrière pour une nouvelle offensive, plus savamment conduite que la première, où il nous déborderait par le nord de Compiègne, envelopperait notre aile ïiauche. menacerait de nouveau Paris et. enfin, réaliserait cette menace par une stratégie mieux comprise.
Sans retard, il prétendit nous faire sentir le renouvellement de ses forces. Il multiplia ses attaques près de Verdun, ses attaques en Champagne, surtout près de Reims, ses attaques près de Soissons. Par de telles démonstrations, il masquait les déplacements des réserves qu'il accumulait vers Noyon et dans toute la région du Nord.
Le général Joflre avait deviné cette intention et peut-être même ce double but. Il envoya, au nord de Compiègnc et dans la Somme, une armée nouvellement créée, dont il centra le commandement au général de Castelnau, le vainqueur du Grand- Couronné de Nancy.
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PANORAMA DE LA BATAILLE DE L'YSER (25 Octobre 1914), par G. MALFROY
PANORAMA DE LA BATAILLE DE L'YSER (25 Octobre 1914), par G. MALFROY
1 y I 4 • LA GUERRE DU DROIT
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Le 2o septembre, Castelnau prit position en face de la XIe armée allemande, que Bulovv avait réorganisée et poussait vers Paris, du côté de Roye.
Les combats se succédèrent près de Noyon, près de Lassigny, près d'Albert près de Péronne. La nuit même n'apportait pas sa trêve habituelle aux luttes acharnées.
A l'autre extrémité de l'ancien front de la bataille de la Marne, le Kronprinz attaqua les côtes de Meuse. Il espérait forcer notre centre et, en tout cas, détourner notre attention. Un succès local fut annoncé par luicommeun triomphe.
Le 24 septembre, trois de ses corps d'armée avaient pris pied sur les côtes de Meuse.
Ils pénétre! ent à Saint-
Mihiel et formèrent ce saillant qui^ jusqu'aux derniers jours de la guerre, devait être pour nous si particulièrement insupportable. A la hauteur de Comrocrcy, notre grande voie de Paris à Strasbourg se trouvait sous le feu des canons allemands. Nos trains devaient donc, après Bar-le-Duc, faire un crochet par Gondrecourt, pour rejoindre la grande voie avant l'ouï.
TEDPMN' DE LA LITTF- SUR LYSEB.
Il'hoto M. Polak )
Foch sur le front du Nord.
L'armée du général de Caselnau, dans la Somme, eut pour prolongement l'armée du général de Maud'huy. L'ardent et noble soldat qu'est le bon Messin de Maud'huy, mit vivement en ceuvre sa cavalerie, son artillerie et son infanterie. Le 3o septembre, dans la région d'Arras, son armée arriva juste à temps pour barrer la route à plusieurs centaines de mille hommes.
Le 4 octobre, vers onze heures du matin, à Châlons-sur-Marne, le général Foch apprit par téléphone qu'il était nommé adjoint au commandant tn chef « pour coordonner'les opérations de nos armées du Nord : l'armée du général de Castelnau, 1 armée du général de Maud'huy, le- quatre divisions territoriales du général Brugère, le corps de cavalerie du général Conneau, le corps d'armée du général de Mitry ». Pas d'autre explication. Que lui aurait-on pu dire d'utile? Il devait tout d'abord tout voir de ses yeux.
A dix heures du soir, il quitta Chàlons en automobile et arriva à quatre heures du matin a Breteuil, quartier général de Castelnau. Son chef d'hier devenait aujourd'hui son' subordonné. Il le salua avec autant d'admirative sympathie et encore plus de respect qu'au quartier général de Pont-Saint-Vincent.
Casrelnau lui offrit une tasse de café noir bien chaud.- . .— Bonne idée! répondit Foch.
Q!4 — Lf GUKRRB PU CROIT.
Le canon faisait rage, A chaque instant, une nouvelle arrivait. Notre 56e division et notre 4* corps étaient attaqués furieusement par le iNe corps actil, le 18e corps de réserve et le 21e corps allemands, soutenus par le 1" corps bavarois.
— Le moral de nos troupes ?
— Parlait.
— La route de Paris ?
— Gardée.
— D'ailleurs, ce n'est peut-être pas de notre côté que l'ennemi compte percer.
— Peut-être, puisque beaucoup de ses réserves continuent à glisservers le nord.
— Ici, il veut surtout nous immobiliser, et nous tuer du monde. Je vais voir ce qui se passe à notre flanc gauche. C'est le point visé.
A six heures du matin, Foch serraavec émotion la main de Castelnau et, par la route de Saint-Pol, en longeant le formidable champ de bataille, se dirigea vers Aubignv. A neut heures, il était au poste de commandement du général de Maud'huv.
La canonnade redoublait. L'extrême gauche de notre ligne s'étendait à peine jusqu'à Lens. Notre ioe corps, notre 10e division de cavalerie et notre 70e division de réserve résistaient au choc des lorces allemandes continuellement accrues.
Ducôté de Lille, se trouvait le corps de cavalerie du général Conneau. Là, aucune action ne Photo Roi> s'était encore engagée.
Le lendemain, 6 octobre, Foch, s'étant rendu compte de la situation, établit son quartier général à 1: «ullens.
Dans son plan d'action, il avait pour premier point d'amener prés de lui, le plus rapidement possible, toutes les troupes et tout le matériel que le Haut Commandement pourrait retirerde tout le reste du Iront. 11 mit donc en mouvement tout ce qu'il put trouver de wagons, de camions, d'automobiles, de véhicules de toute espèce. D'autre part, il s'efforça de consolider le rempart humain de la France et d'en obstruer immédiatement les moindres brèches.
Mais l'exécution de ce plan, pourtant si simple, allait être rendue fort difficile par une décision de l'armée britannique.
Le maréchal French avait demandé que ses troupes fussent transportées dans la région de Lille. Il voulait ainsi être au poste de danger, tout en se rapprochant de sa base. Le général Foch connaissait l'armée anglaise pour l'avoir étudiée de près, comme chef de mission à Londres. Quelques semaines avant la guerre, au camp de Mailly, pendant la manœuvre, il s'était longuement entretenu avec des officiers anglais en mission. Certes, à cette heure-là, aucun de nos soldats ne crovait la guerre si prochaine. Mais, dans les yeux des oiriciers britanniques examinant nos soldats, et dans les yeux de Foch allant de nos soldats aux officiers britanniques, nous lisions cette pensée : « Comment, dans la prochaine guerre, entre les armées de France et de Grande-Bretagne, s'effectuera la cohésion indispensable à la victoire"' »
D'ailleurs, si Foch rendait pleine justice à la vaillance et à la ténacité de nos alliés, il savait que leurs traditions militaires se prêtaient mal aux évolutions
GÊNER M. CONNEAU.
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rapides qu'exige la guerre actuelle. 11 en eut la preuve quelques mois après. L'année britannique commandée par le maréchal French ne se trouva complètement en position, dans la région de la Lys, que le 21 octobre.
Les épreuves de l'armée belge.
Entie le nouveau secteur anglais et la mer venait de se constituer un secteur belge. Mais, de ce secteur belge, les alliés ne pouvaient pas, pour le moment, attendre un concours eificace.
Les troupes du roi Albert Ier, après avoii combattu de leui mieux dans le camp retranché d'Anvers, étaient parvenues à échapper à la tenaille allemande, grâce à l'appui d'une division anglaise et de nos fusiliers marins. Elles se retormaient derrière PYser, tandis que le gouvernement belge se reconstituait au Havre.
En vérité, ces troupes avaient supporté des épreuves qui dépassaient leurs forces.
Tandis que l'armée d'Amade manœuvrait en France sur le liane anvebs. 'Photo Roi.1
de l'ennemi, une armée
belge, forte de 60000 hommes, s'était concentrée dans le camp retranché d'Anvers, avec l'intention d'accomplir une tâche analogue. Ses communiqués ne laissaient rien ignorerde sesexcellentes intentions. .Mais l'ennemi savait qu'elles étaient irréalisables.
Le 24 août, l'armée d'Anvers avait tentéune sortie du côté de Malines, vers une ligne que son état-major détermine ainsi : Wolvverthem, Grimberghem, Pont-Brûlé, Eppeghem, Sempst, Hofstade, Boortmeerbeck, Haecht, la Demer. Terrain défavorable, munitions insuffisantes, préparation d'artillerie à peu près nulle': tout vouait à la délaite une entreprise qui d'ailleurs venait trop tard. Les Belges s'étaient d'abord emparés de Malines, de Hofstade, de Sempst, d'Eppeghem. Mais leur aile gauche, leur aile droite et leur centre avaient été successivement paralysés par les travaux de l'artillerie de l'ennemi. Leurs troupes en assez bon ordre, puis la population dans un désordre sans nom, avaient reflué vers Anvers. Un communiqué français tenta de rassurer l'opinion en répétant :« L'armée belge est prête: sa retraite sous le canon d'Anvers est une opération prévue qui ne porte aucune atteinte à son incontestable puissance ».
Les fortifications d'Anvers constituaient une ceinture d'ouvrages bétonnés et cuirassés. Leurs éléments principaux étaient établis pour résister aux chocs et explosions des obus de 210 millimètres. On croyait alors que l'obusier de 2 1 o était la pièce la plus puissante des équipages de siège, en Allemagnecomme en France. La France avait inventé une pièce de 220, mais elle n'en possédait que de très rares exemplaires. Pourtant, certaines expériences faites en Russie, en novembre 1912, auraient dû
LA OU Lit KL li U DROIT.
nous seivir d'avertissement. Trois officiers français, accompagnés du général Déguise, gouverneur d'Anvers, s'étaient rendus à Otchakofl, sur- les bords de la mer Noire. Devant eux, des tirs lurent exécutés, dans l'île de Bérézane, contre un fort bétonne et cuirassé, pour mesurei la capacité de résistance de cet ouvrage. On essaya un obusier de 280 qui venait du Creusot. Effets foudroyants! Aucun des forts construits eq Belgique et en France n'aurait pu résister. <• Considérez, ajouta le grand-duc Serge en se tournant vers ses botes, considérez, Messieurs, que l'Au-
REOCCUPAHOM DL IENMONDE.
LES BELOES L-Er.LENl DANS LES KU1NES.
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triche-Hongiie vient d'inltoduire dans ses équipages de siège des mortiers de ^20. ■■ En ce qui concerne Anvers, on sait que, au début de la guerre, ses fortifications
étaient inachevées, son matériel d'artillerie insuffisant, son armée incomplète. Pouttant, cette armée d'Anvers tenta plusieurs opérations pour retarder la marche de l'ennemi contre la ceinture des forts. Après le départ de l'armée, legénétal Déguise usa de tous les moyens pour prolonger la lutte. Après la perte des défenses les plus importantes, celle de la rive droite de l'Escaut, il résista sur la rive gauche. Mais le 10 octobre, il lut fait prisonnier au lort Sainte-Mai ie. Le surlendemain, l'ennemi entra a Anvers.
Si les épreuves de l'aimée belge dépassaient ses forces, les épreuves de la population belge dépassaient toute imagination humaine. Les noms d'un grand nombre de villes, de Termonde, de Louvain, par exemple, sont devenus des noms de martyies.
A Termonde, après un bombardement, l'ennemi entra, pillant tout, mettant le leu aux quai tiers riches, relâchant les détenus de droit commun. Un médecin militaire allemand écrivait alors dans une lettre intime: «Ici, on mange du pain bis et du lard ; on boit le vin rouge d'un curé lusillé ; les maisons belges flambent si bien. c'est un plaisir de les voir!» Quand l'armée belge revint vers Termonde, le ptembre, l'ennemi s'éloigna en renouvelant ses atrocités. Un civil lut attacheen croix à la porte de sa maison, main gauche liée à la poignée de la porte, main
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" droite à la sonnette, ventre percé de cinqs coups de baïonnette à crans. Un mois plus tard, l'ennemi rentra dans la ville: il ne laissa debout que 282 maisons sur 1400. l'n témoin, vieux soldat britannique, déclarait: «J'ai combattu en Alrique et je jure que les Zoulous et les Basoutos, comparés aux Allemands, sont des gentlemen. »
Aux yeux des Allemands, le premier crime de Louvain était de commander, avec Malir.es, la route de Liège à Anvers. Son second crime était d'être le siège de l'Université catholique, c'est-à-dire un centre d'esprit latin en belgique. Ils frappèrent à moit Louvain pour s'assurer une route commode et pour répandre en Belgique une terreur salutaire. A leur violence sans nom, ils donnèrent pour prétexte que les habitants de Louvain avaient tiré des coups de fusil, de revolver, de pistolet, et que des ecclésiastiques avaient déterminé la population à accueillir les francs-tireurs. Que s'était-il passé, en réalité? Le 25 août, un combat entre les troupes belges ec les troupes allemandes s'était engagé dans les environs. Les soldats allemands, ivres pour la plupart et en proie à la panique, ouvrirent le leu au hasard. Le Palais de Justice, le théâtre, les écoles, l'église Saint-Pierre, l'Université avec sa bibliothèque aux 200000 volumes, lurent incendiés. Pendant huit jours, la ville entière resta livrée au pillage. Ce qui n'était pas enlevé était brise ou souillé. On compta 210 civils tués, 2217 maisons brûlées, dans Louvain et dans sa banlieue.
Kn Belgique, les Allemands déployaient toute leur perfidie en même temps que toute leur ciuauté. Bs s'efforçaient d'exciter les Flamands contre les Wallons. C'était là un des stratagèmes politiques dont ils espéraient le plus. L'amiral von Tii|itz. l'homme de la piraterie sous-marine et des intrigues souterraines, allii niait: « L'issue du conflit universel est dans la sépaiation des Wallons et des flamands. »
Dans les villes, les bandits en uniforme allemand répétaient: « Les civils ont tiré ». Paitout, les enquêtes établissent qu'aucun civil n'était porteur d'armes.
Le chancelier de l'Empire allemand, Bethmann-Hollweg, affirma le 2 septembre 1914: « Des jeunes tilles belges ont crevé les yeux des blessés allemands. Des femmes belges ont tranché le eau à des soldats allemands endormis sous leur toit et à qui elles avaient offert l'hospitalité .» De ces assertions, il mesurait la monstrueuse absurdité, lui les reproduisant, il se faisait le complice des forfaits passes ei l'instigateur des forfaits nouveaux.
De son coté, Guillaume II envoyait au président Wilson cette dépêche: «Les traitements atroces infligés en Belgique par les femmes, par les enfants, par les prêtres même, aux soldats allemands blessés et aux médecins des ambulances, ont été si abominables que nos généraux se sont vus finalement obligés de semer la terreur dans la population avide de sang. Mon cœur saigne de voir que de semblables mesures sont rendues nécessaires. »
Dans la suite, pour bien montrer au président Wilson ce que peut endurer un cœur allemand même lorsqu'il saigne, Guillaume II fera noyer par ses submersibles des femmes et des enfants d'Amérique.
Après tant d'épreuves matérielles et morales, le secteur belge, de Dixmude à Nieupoit, apparut à l'ennemi comme « une part de résistance moindre ». Il s'y précipita. Les Belges furent soutenus à gauche par .la flotte britannique, à droite par nos fusiliers marins, brigade admirable de fougue, de foi et de ténacité, que commandait le contre-amiral Ronarc'h.
Guillaume M dans les Flandres.
L'ennemi, pour ne pas manquer son coup, accumula de c ;.'>tc Jes forces qui nous tirent pressentir son dessein. Le général Joftre créa, entre la mer et la Lys, un détachement d'armées que bientôt il transforma en une armée véritable. sous le commandement du général d'Urbal.
En lace du danger qui allait croissant, restait à unifier autant que possible le